Accéder au contenu principal
REPORTAGE

Cuba: entreprendre dans un pays socialiste

Dans une rue passante et touristique de la vieille Havane, deux jeunes femmes ont ouvert une petite boutique de mode et créé la marque Clandestina, devenue un succès de vente et même d’exportation.
Dans une rue passante et touristique de la vieille Havane, deux jeunes femmes ont ouvert une petite boutique de mode et créé la marque Clandestina, devenue un succès de vente et même d’exportation. Domitille Piron/ RFI

À Cuba, l’économie se privatise et le secteur privé s’élargit, attirant toujours plus de jeunes. L’entreprise privée est de plus en plus perçue comme une solution à la sortie de crise économique que traverse le pays socialiste, qui vit avec toujours plus de difficultés d’approvisionnement et une entreprise étatique de moins en moins productive.

Publicité

De notre correspondante à La Havane,

C’est à la vieille Havane que se concentre le plus grand nombre de « cuenta-propistas », comme on appelle ici les entrepreneurs qui travaillent à leur compte, pour ne pas dire « entreprise privée ».

Entre les rues animées et odorantes, aux trottoirs éventrés et aux façades rapiécées de tôle et de bois, derrière un grand portail, on ne soupçonne pas ce havre de paix qu’est l’atelier de Yunairy Estrada. La trentenaire s’est lancée il y a trois ans dans la confection de papier recyclé. Enceinte, elle a quitté son travail de comptable pour l’État et a créé, petit à petit, sa propre entreprise. « Ce qui me plaît, explique-t-elle, c’est d’avoir beaucoup d’indépendance, de pouvoir faire ce que je veux, et d’avoir aussi une indépendance économique, c’est-à-dire une amélioration de ma situation économique par rapport à un salaire que peut payer l’État, qui est très faible. »

Yunairy Estrada fait partie des plus de 600 000 travailleurs du secteur privé cubain, soit 13% de la population active. Pour se lancer, elle s’est entourée de sa famille, pour tester son processus de fabrication. Mais le plus compliqué a sans doute été de trouver, parmi les 178 activités autorisées à Cuba à être exercées comme auto-entrepreneur, laquelle lui correspondrait le mieux. « D’abord, il y a beaucoup de paperasse à faire en amont quand on commence son entreprise. Il y a aussi une crainte vis-à-vis des impôts, qui sont assez élevés parce que l’État ne reconnaît pas tous les frais que l’on peut avoir. C’est très compliqué. »

Et pour que le secteur privé se développe, les entrepreneurs demandent également aujourd’hui la création d’un marché de gros et l’autorisation d’importations commerciales sur l’île.

S’insérer dans le paysage économique cubain, une gageure pour les entrepreneurs

À quelques mètres de là, dans une rue passante et touristique de la vieille Havane, deux jeunes femmes ont ouvert une petite boutique de mode et créé la marque Clandestina, devenue un succès de vente et même d’exportation. Après deux ans de bataille administrative, les deux créatrices de Clandestina ont prouvé que les mots « entreprendre », « mode » et « marque » n’étaient pas incompatibles avec Cuba. « La seule manière dont une marque puisse avoir du sens, ici, c’est qu’elle soit très enracinée dans l’héritage socialiste de l’île, analyse Leire Fernandez. Je ne dis pas “socialiste” dans un sens politique, mais plutôt dans le sens de l’humain et de la pratique, que la consommation et le marché ne soient pas maîtres de ta propre vie. »

Pour les deux créatrices de mode, s’insérer dans le paysage économique a été un véritable défi. Mais le pouvoir d’achat extrêmement faible des Cubains leur retire de fait une clientèle locale.

Ce genre de succès d’entreprises privées est encore rare ici. Dans un rapport relatif aux libertés économiques, établi par la Heritage Foundation, Cuba occupe la 178e place sur 180. Le pays socialiste ouvre lentement son économie, mais reste encore prudent, alors que de plus en plus de jeunes refusent de travailler pour l’État et s’en détournent.

À lire aussi : Reportage international: Hausse des salaires à Cuba

Pour Marta Deus, qui a fondé le magazine Negolution, spécialisé dans l'entrepreneuriat cubain, le climat est plus favorable aux entrepreneurs aujourd’hui. Et cela n’affectera en rien le caractère socialiste du pays, selon elle. « Je crois que cela n’a rien à voir, mais il faudrait en finir avec ce tabou de l’entreprise privée, et que l’on commence à collaborer plus. Que cette rupture entre l’entreprise d’État et l’entreprise privée cesse. Parce qu’au final, nous contribuons et travaillons tous pour un même pays, et nous voulons des bénéfices et de la croissance pour un même pays. »

Mais pour la mise en place d’une loi des entreprises, ces jeunes entrepreneures cubaines devront rester patientes.

À lire aussi : Cuba: les espoirs déçus, 5 ans après l'annonce du rapprochement avec Washington

NewsletterAvec la Newsletter Quotidienne, retrouvez les infos à la une directement dans votre boite mail

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.