Accéder au contenu principal

Le journal militaire «Stars and Stripes» menacé par le Pentagone

Sur cette image publiée par la marine américaine le 7 avril 2003, le sergent-chef John Sparks livre des copies de Stars and Stripes aux marines américains du peloton d'armes de la 3-2 India Company.
Sur cette image publiée par la marine américaine le 7 avril 2003, le sergent-chef John Sparks livre des copies de Stars and Stripes aux marines américains du peloton d'armes de la 3-2 India Company. DAVID K. DISMUKES / US NAVY / AFP

Aux États-Unis, ce journal est une institution. Sa mission : informer les soldats pour qu’ils comprennent les raisons de leur engagement. Mais le « Stars and Stripes » est aujourd’hui menacé par le projet de budget de la Maison Blanche.

Publicité

« Mon premier tour en Allemagne, en 1976, j’ai acheté le Stars and Stripes au snack du coin, comme la plupart des soldats là-bas, se souvient James Burgin, qui a servi pendant vingt ans comme soldat, puis encore vingt ans comme civil, au sein de l’armée américaine. Je le lisais tous les jours, sauf quand j’étais sur le terrain. J’adorais le lire avec mon petit déjeuner ou un café, au bar ou au Burger King. » Comme lui, de nombreux militaires, mais aussi leurs familles, ont suivi les soubresauts du monde grâce au Stars and Stripes distribué dans leurs garnisons.

Le Stars and Stripes, qui porte le même nom que le drapeau des États-Unis, est une curiosité : en partie financé par le département de la défense américain, il a pour mission d’informer les hommes et les femmes qui portent l’uniforme. Son histoire remonte à loin : une première version est née pendant la Guerre de Sécession, en 1861, alors que des soldats relancent un journal abandonné. Pendant la Première Guerre mondiale, il réapparaît à Paris, pour alimenter les troupes sur le front en nouvelles fraîches. Il sortira de manière régulière à partir de 1942, jusqu’à aujourd’hui, sous forme papier et numérique.

Le 10 février dernier, l’équipe du journal et ses lecteurs ont pourtant appris une mauvaise nouvelle : le projet de budget fédéral proposé par Donald Trump pour 2021 prévoit de supprimer les 15 millions de dollars destinés au fonctionnement du Stars and Stripes.

À lire aussi : Donald Trump s’attribue les succès économiques des États-Unis

Indispensable pour les troupes

Aux États-Unis, la communauté des gens suivant les questions militaires est colossale : 1,4 million de militaires actifs, dont des dizaines de milliers à l’étranger, auxquels s’ajoutent 800 000 réservistes, des millions d’anciens combattants et leurs familles. Il existe de nombreux médias dédiés à cette population, dont le Stars and Stripes qui voit son rôle garanti par le Congrès américain. Dans ses colonnes, les sujets sont variés : les doutes sur les capacités du dernier avion de combat, les progrès de la guerre en Syrie, les débats budgétaires… Ou encore les meilleures baraques à saucisses lorsque l’on est affecté en Allemagne.

Avec la suppression des 15 millions du Pentagone, le journal perd la moitié de son budget. « Nous ne pourrons plus remplir notre mission, regrette son éditeur, Max Lederer. Le budget de la Défense, pour 2021, est prévu à 740 milliards de dollars. Qu’est-ce qu’ils vont faire de ces 15 millions ? »

Le secrétaire à la Défense, Mark Esper, avait promis de réduire les dépenses non directement liées aux opérations militaires. Le Pentagone, tout en saluant le rôle du journal, suggère qu’il trouve d’autres recettes. Pour Max Lederer, même si les abonnements et la publicité apportent une partie des ressources, impossible d’être viable sans ces financements publics : « Un soldat en opération en Irak ne se promène pas avec son quart de dollars dans son gilet par balles pour acheter son journal. Souvent, ils n’ont ni téléphone ni Internet, pour des raisons de sécurité. Et de leur côté, les annonceurs ne voient pas l’intérêt de s’adresser à des gens qui passent des mois à patrouiller à l’autre bout du monde. »

Indépendance éditoriale

La centaine de journalistes du Stars and Stripe sont des employés du département de la Défense. Parmi eux, 13 sont même des « reporters militaires ». L’indépendance éditoriale est garantie par le Premier amendement de la Constitution, mais il existe une limite, explique Max Lederer : « Nous n’écrivons pas d’éditoriaux. Nous ne pouvons pas soutenir un candidat ou un parti politique. Mais pour le reste, si quelqu’un commet une fraude, nous écrivons que c’est une fraude. Et si ça ne fait pas plaisir à certains lecteurs, nous n’y sommes pour rien. » Chez les supporters de Donald Trump, on reproche régulièrement au journal de rapporter les approximations, les mensonges et les manipulations du président.

C’est à cause de ces principes que les journalistes du Stars and Stripes ont été particulièrement agacés par la justification officielle de cette coupe budgétaire. « Nous avons surtout décidé qu’à l’âge moderne, les journaux ne sont probablement plus le meilleur moyen de communiquer », a expliqué Elaine McCusker, contrôleuse aux comptes du Pentagone, en conférence de presse le 10 février.

Ernie Gates, médiateur du journal et représentant de ses lecteurs, a immédiatement riposté sur les réseaux sociaux en rappelant la différence entre le rôle d’information de ce média et la communication des armées : « Merci de faire passer le mot : la mission du Stars and Stripes n’est pas de communiquer le message du département de la Défense ou du commandement, mais d’être une publication indépendante, protégée par le 1er Amendement, qui sert les troupes, en particulier déployées. »

Dans le passé, le journal avait déjà été menacé à cinq reprises de coupes financières. C’est la première fois que ce projet est officialisé dans un budget, au-delà de discussions informelles. En 2016, plusieurs parlementaires, dont certains sont d’anciens combattants, s’étaient mobilisés pour préserver le Stars and Stripes. C’est aujourd’hui là-dessus que reposent les espoirs de ce dernier : les élus ont jusqu’à l’automne pour proposer leur propre version du budget pour 2021, qui pourrait estimer que les 15 millions du journal doivent être maintenus.

À lire aussi : Le Pentagone débloque 3,8 milliards pour le mur anti-migrants de Trump

NewsletterAvec la Newsletter Quotidienne, retrouvez les infos à la une directement dans votre boite mail

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.