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Argentine: le débat sur le droit à l'avortement relancé

Une marée de foulards verts a déferlé dans les rues de Buenos Aires, mardi 28 mai 2019, pour réclamer le droit à l'avortement.
Une marée de foulards verts a déferlé dans les rues de Buenos Aires, mardi 28 mai 2019, pour réclamer le droit à l'avortement. REUTERS/Agustin Marcarian

Le nouveau gouvernement d’Alberto Fernandez va présenter dans les prochaines semaines un projet de loi pour légaliser l’interruption volontaire de grossesse. Il y a deux ans, la Chambre des députés avait voté en faveur de la légalisation, mais le texte avait ensuite été rejeté de justesse au Sénat.

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De notre correspondante en Argentine,

Le 19 février est une date symbolique. Il y a deux ans jour pour jour, un grand rassemblement avait été organisé, devant le Congrès déjà, pour défendre l’accès à l’interruption volontaire de grossesse (IVG) en Argentine, et c’est justement cette manifestation du 19 février 2018 qui avait marqué le début d’une mobilisation sans précédent dans le pays. Durant les mois qui ont suivi, des centaines de milliers de femmes, et surtout de jeunes femmes, ont manifesté en faveur de l’accès à l’IVG.

Il faut savoir qu’actuellement en Argentine, l’avortement n’est permis qu’en cas de viol ou si la grossesse présente un danger pour la santé de la femme enceinte. Deux ans plus tard, et après le rejet de la proposition de loi au Sénat, les militantes veulent aujourd’hui relancer la mobilisation avec un pañuelazo, une action qui consiste à agiter en l’air des pañuelos, des foulards de couleur verte, le symbole de la campagne pour le droit à l’avortement légal, sans risques et gratuit.

Alberto Fernández, premier président argentin à défendre le droit à l’IVG

Une mobilisation relancée alors que dans quelques semaines, le Congrès va de nouveau s’emparer de cette question. Avec une différence importante par rapport à 2018 : cette fois-ci, le gouvernement soutient la légalisation. Le nouveau président Alberto Fernández, en fonction depuis deux mois, défend ouvertement le droit à l’IVG. C’est le premier président argentin à le faire. Son gouvernement va même présenter un projet de loi sur le sujet au Congrès. On n’en connaît pas encore les détails, il viendra s’ajouter à la proposition de loi déjà rédigée par la Campagne pour le droit à l’avortement, et les deux textes seront bien sûr comparés et débattus par les parlementaires. Le Congrès a d’ailleurs été partiellement renouvelé en octobre. Ce changement, ainsi que la volonté politique de l’exécutif de faire passer cette loi, font espérer à beaucoup de militantes que l’Argentine franchisse enfin ce cap.

Dépénalisation ou légalisation ?

La recomposition des deux chambres à la suite des élections pourrait jouer en faveur de la légalisation de l'avortement, et pas uniquement de sa dépénalisation. C'est ce qu'espère l'écrivaine et militante pro-avortement Claudia Piñeiro, au micro d'Alejo Schapire. « La dépénalisation ne serait pas suffisante, explique-t-elle. Si on dépénalise l'avortement, sans le légaliser, la femme n'ira pas en prison mais elle n'aura pas accès à l'acte médical. Ceci va au détriment des femmes les plus vulnérables qui ne peuvent pas aller à la pharmacie et s'acheter une pilule abortive, mais qui devraient pouvoir accéder à un hôpital public pour se faire avorter. »

« Si on ne s'en tient qu'à la dépénalisation, cela amènera à des procès pour demander que l'État garantisse l'accès à la pratique de l'avortement, et in fine on arrivera à la légalisation. Mais cette voie est bien plus longue, et pendant ce temps des femmes vont continuer à mourir. Donc la dépénalisation seule ne suffit pas. Lorsque les politiques, y compris le président, parlent de dépénalisation, ils le font par calcul politique, pour ne pas se mettre à dos certains secteurs de la société. Mais lors de sa dernière déclaration, le président Alberto Fernandez a parlé de dépénaliser et de permettre à toute femme d'accéder à un hôpital public pour un avortement, ce qui revient en fait à annoncer qu'il va le légaliser. »

Un cap qui n’a pas été franchi par beaucoup de pays en Amérique latine

Les pays de la région sont pour la plupart d’entre eux fermement opposés à l’IVG. Il n’y a qu’à Cuba, au Guyana, en Uruguay, et dans quelques régions mexicaines, que l’avortement est légal. En Argentine, les associations féministes estiment tout de même que près de 500 000 femmes avortent clandestinement chaque année, et qu’une cinquantaine en meurt.

Malgré ces chiffres alarmants, une grande partie de la population reste toujours fortement mobilisée contre l’avortement. Comme dans beaucoup de pays latino-américains, la religion catholique a un poids important en Argentine, pays d’origine du pape François. La mobilisation de ceux qui se disent provida, pro-vie en espagnol, s’annonce très intense cette année. Face aux foulards verts des défenseurs du droit à l’IVG, les anti-avortement ont adopté, eux, le foulard bleu ciel comme symbole.

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