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Reportage

À Rio, le carnaval comme remède aux maladies mentales

Le bloco de l’Institut Pinel «—Tá pirando, pirado, pirou—»
Le bloco de l’Institut Pinel «—Tá pirando, pirado, pirou—» Pâmela Perez

Le carnaval de Rio de Janeiro commence ce vendredi 21 février. Pendant plusieurs jours, des centaines de « blocos » - des groupes de musiciens - défileront dans les rues, drainant dans leur sillage des milliers de fêtards. Parmi ces blocos, celui de l’Institut Pinel, grand hôpital psychiatrique de Rio, se joue de la frontière entre folie et normalité. Patients, thérapeutes et public se mélangent au rythme de la samba.

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De notre correspondante à Rio,

Hamilton de Jesus a les yeux qui brillent quand il nous chante une de ses compositions sur la vie à l’hôpital psychiatrique. Comme chaque année, il a présenté un morceau de samba pour le concours de l’hymne que jouera le bloco de l’Institut Pinel pendant le carnaval. « Ça nous fait travailler l’esprit, l’exercer, pour ne pas qu’il soit trop vide. Comme ça on réfléchit et on écrit quelque chose. Peu importe si c’est bien, très bien, ou nul… L’important c’est de participer », nous explique-t-il.

Hamilton a été diagnostiqué schizophrène à la suite de traumatismes subis alors qu’il était soldat pendant la dictature militaire. Il ne sait plus exactement depuis combien de temps il fait partie du bloco, mais il sait qu’il a un vrai talent. Selon la thérapeute Alexandre Wanderley,  « La folie a à la fois l’aspect d’une souffrance excessive, qu’on essaie de minimiser par tous les moyens… Mais elle a aussi l’aspect d’une imagination libre, d’une forme d’irrévérence, de créativité très intéressante. »

La samba comme remède

Alexandre Wanderley est psychanalyste et coordonne le bloco de l’Institut Pinel appelé « Tá pirando, pirado, pirou » un jeu de mot en portugais sur les différentes phases de la folie. Depuis 16 ans, le groupe lutte contre une vision archaïque des asiles psychiatriques et prône un message d’inclusion des patients dans la société. « L’objectif est de transformer l’imaginaire social de la folie, qui est toujours associée à une idée d’incapacité, que ce soit de vivre ensemble, de travailler, de produire, de créer… Avec un initiative comme celle-ci on montre que tout ça, ce sont des préjugés », raconte le médecin.

Sur scène, Monique Mattos rayonne. Elle a gagné le concours de l’hymne cette année, avec un texte sur le thème des fake news. « Les thérapeutes n’aiment pas nous étiqueter en fonction d’un diagnostic. Ici, je suis considérée davantage comme une artiste que comme une patiente », se réjouit la jeune femme. Faire partie du bloco l’a aidé à reprendre confiance en elle. « C’est très important pour chacun de nous. C’est un processus d’humanisation, un remède. Le bloco nous injecte des doses de Dona Ivone [Lara], une compositrice de samba, des doses de Cartola. On s’enivre de samba, de la folie et des déguisements pour vivre ce monde de façon plus intéressante et moins enfermée », explique-t-elle.

Un joyeux mélange

Thérapeutes et infirmières chantent en coeur avec les patients et leurs familles. Un mélange qui a d’abord étonné Lotus Dutra, 73 ans, grande amatrice du carnaval. « On n’aurait jamais imaginé que puisse sortir, de la part de personnes avec des problèmes mentaux, cette chose merveilleuse ! Ce sont eux qui composent, qui participent. Ils sont tous ici ! Alors on voit des personnes avec plus ou moins de problèmes. Mais ils sont tous merveilleux ». 

Lotus est si enthousiaste qu’elle a acheté le t-shirt, le verre et le badge du groupe, illustrés par les patients. Une manière de le soutenir alors qu’il a de plus en plus de difficultés à exister. Privé de financements publics cette année, le bloco a lancé une campagne de financement participatif.

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