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Entretien

«La rhétorique de Donald Trump est tout à fait incendiaire», dénonce Human Rights Watch

Manifestant brandissant une pancarte en l'honneur de George Floyd, à Washington, le 2 juin.
Manifestant brandissant une pancarte en l'honneur de George Floyd, à Washington, le 2 juin. REUTERS/Jonathan Ernst

Les manifestations se poursuivent aux États-Unis, neuf jours après la mort de George Floyd, un Afro-Américain dont l’autopsie a révélé qu’il avait été asphyxié lors de son arrestation par la police. Pour Human Rights Watch, la rhétorique partisane qui émane de la Maison Blanche ne fait qu’empirer les choses. Entretien avec Kenneth Roth, le directeur exécutif de l'ONG.

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RFI : Dans son communiqué après la mort de George Floyd, Human Rights Watch soutient que le système de maintien de l’ordre aux États-Unis « ne traite pas tous les citoyens de manière égalitaire », ce qui permet que des vies d’Afro-Américains soient « sacrifiées ». Sur quels chiffres vous appuyez-vous ?

Kenneth Roth : Tout d’abord, le meurtre de George Floyd était absolument atroce. C’est l’utilisation épouvantable et brutale de la force à l’encontre, encore une fois, d’un Afro-Américain. Aux États-Unis, la police tue environ 1 000 personnes par an, ce qui fait beaucoup. Mais il faut aussi observer cela sous l’angle racial. Ces trois dernières années, on voit que même si les Afro-Américains ne représentent qu’environ 13% de la population aux États-Unis, ils représentent 25% des personnes tuées par la police, soit près du double. C’est même pire si l’on ne prend que les personnes qui n’étaient pas armées : environ 37% de Noirs. L’impunité avec laquelle les policiers opèrent doit être examinée. Il y a très peu de poursuites. Cette impunité encourage la police à continuer à tuer.

►À lire aussi : Contre le coronavirus et le racisme, la double guerre des Afro-Américains

Mais le traitement réservé aux Afro-Américains par la police n’est qu’une partie du problème, une partie du traitement que leur réserve la société, le système politique américain. D’énormes ressources sont consacrées au maintien de l’ordre, mais le gouvernement et les États font des économies ou sous-financent plusieurs programmes sociaux qui permettraient à ces communautés de sortir de la pauvreté. Par exemple, l’accès aux soins basiques de santé est négligé. C’est l’un des facteurs qui expliquent pourquoi le taux de mortalité lié à la pandémie de coronavirus a été si élevé parmi les Afro-Américains. Et c’est pourquoi le meurtre de George Floyd a déclenché une telle animosité à travers le monde : il reflète vraiment la maltraitance d’un système plus large.

Comment réagissez-vous au fait que plusieurs dizaines de journalistes, qui couvraient les manifestations, aient été directement pris à partie par les forces de l’ordre ces derniers jours ?

K. R. : Human Rights Watch n’a pas été en mesure de vérifier ces informations de façon méthodique. Mais j’ai vu beaucoup de récits émerger des médias, où des journalistes semblent avoir été visés par la police, ou arrêtés, alors qu’ils faisaient leur travail et s‘étaient clairement identifiés comme journalistes. Je crois que cette façon qu’a le président Trump de blâmer les médias, de dire que d’une certaine façon, tout cela est de leur faute, a semblé donner le feu vert aux forces de l'ordre pour essayer de les faire taire.

La rhétorique de Donald Trump est tout à fait incendiaire, c’est l’exact inverse de ce que vous attendriez d’un président faisant œuvre d’autorité morale. C’est le même homme qui qualifie de « gens très bien » les manifestants d’extrême droite de Charlottesville, il y a quelques années, ou plus récemment les manifestants armés qui s’opposaient aux mesures de confinement dans le Michigan. C’est le genre de rhétorique hautement partisane qui émane de la Maison Blanche. Ça ne fait qu’empirer les choses. Ce n’est pas rassembleur du tout et cela incite même à des réactions extrêmes de la part de la police ou des soutiens armés de Trump.

Kenneth Roth, directeur exécutif de Human Rights Watch, au siège de l'ONU, le 14 janvier.
Kenneth Roth, directeur exécutif de Human Rights Watch, au siège de l'ONU, le 14 janvier. REUTERS/Carlo Allegri

Le président américain menace de déployer l'armée pour faire cesser les violences. Votre réaction ?

K. R. : Encore une fois, cela relève d’abord de la même exagération rhétorique. Plutôt que de parler aux manifestants et de leur dire : « Je comprends votre peine, je vois les injustices, je suis à vos côtés, nous allons tenter de combattre ces injustices » - ce qu’on pourrait attendre d’une autorité morale -, il se focalise sur la poignée de personnes qui se livrent à des violences et dirige toute la puissance de sa rhétorique contre eux. Cette crise est juste le dernier exemple du total abandon des droits de l’homme par l’administration Trump. Vous le voyez aussi dans leur manière de traiter les demandeurs d’asile.

Je pourrais continuer comme ça encore et encore et trouver de multiples exemples de violations des droits de l’homme commises par l’administration Trump aux États-Unis. Si ensuite, on regarde sa politique étrangère, Donald Trump semble se lier d’amitié avec tout un ensemble d’autocrates : Poutine en Russie, Erdogan en Turquie, Sissi en Égypte… Bien sûr, cela prive les États-Unis de toute autorité morale pour promouvoir les droits de l’homme à travers le monde. Je ne sais pas si cela va être un problème pour toujours, mais cela va rester un problème tant que Donald Trump sera à la Maison Blanche.

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