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Cinéma / 65e Festival de Cannes / Compétition officielle

Avec «Mud», Cannes clôt sa série sur les rêves et mythes américains

Tye Sheridan (Ellis), Jacob Lofland (Neckbone) et Matthew McConaughey (Mud) dans «Mud», de Jeff Nichols.
Tye Sheridan (Ellis), Jacob Lofland (Neckbone) et Matthew McConaughey (Mud) dans «Mud», de Jeff Nichols. Festival de Cannes 2012

Mud, le dernier film de la compétition, a eu droit aux applaudissements les plus longs de tous les films de la compétition projetés en séance de presse à Cannes. Ce qui dit long sur le festival – avec des films qui ont laissé beaucoup de critiques sur leur faim - mais aussi sur Mud de Jeff Nichols, le sixième film très américain qui aspire cette année à la Palme d’or. Cette histoire, située au bord du Mississipi, est une sorte mini-version contemporaine des légendaires Aventures de Tom Sawyer.

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Le plus grand mérite de Mud, c’est d’être arrivé pile-poil au bon moment pour souffler un peu. Au 22e et dernier film de la compétition, il est compréhensible de préférer Lucky Luke à Eurydice. Mud est une belle histoire, bien racontée, avec des acteurs sans prétention qui nous entraînent par leur jeu simple dans l’histoire. Et il y a un triple happy end, ce qui impressionne et rassure le spectateur, beaucoup moins le critique.

Mud, c’est le nom d’un mec plutôt louche, découvert par deux garçons de 14 ans sur une île au milieu du Mississipi. Il campe sur un bateau perché dans les arbres. Bien joué, c’est poétique sans limites et on reste jusqu’à la fin scotché comme les gosses pour savoir comment cela finira. Mud est en fuite après un meurtre, commis par amour pour une femme dont il est fou amoureux depuis son enfance.

C’est aussi l’histoire de ces deux garçons Ellis et Neckbone, qui nouent une amitié avec cette personne si curieuse, habillée en chemise protectrice, munie d’un revolver et qui a survécu après une morsure de serpent. Il agit par amour, ce qui intrigue Ellis qui se tape tous les jours les disputes de ses parents et aussi Neckbone qui n’a jamais connu ses parents. L’histoire se transforme en conte pour enfant en apprentissage d’amour et de la vie, du Bien et du Mal. Il y a l’éducation par la nature sauvage et par les hommes : « La possession fait loi », « Je suis dure avec toi, parce que la vie est dure », « L’amour n’existe pas », « Tu as fait de moi un voleur ».

Le Mississipi, la métaphore absolue de l’histoire, prend souvent toute la largeur de l’écran. Le majestueux et puissant fleuve qui passe, qu’on traverse, qui protège, qui nourrit et inspire son homme, qui emmène les vies et les souffrances avec lui et qui donne l’espoir.

Cannes a déroule le tapis rouge pour le rêve américain

C’est un film américain, Moonrise Kingdom de Wes Anderson, qui avait ouvert le bal de la compétition et c’est un film américain qui la clôt. La boucle est bouclée. On se rend compte que le Festival de Cannes a déroulé le tapis rouge à une série de films sur les rêves et mythes américains. Dans Lawless, les trois frères Bondurant se fraient leur chemin avec des scènes ultraviolentes au temps de la prohibition dans l’Amérique profonde et sans loi des années 1930. On vit l’avènement de la beat generation à la fin des années 1940 dans Sur la route. Le réalisateur texan Wes Anderson nous fait partager les valeurs et malheurs des scouts sur une petite île dans les années 1960 dans Moonrise Kingdom. The Paperboy dresse un sublime portrait de l’Amérique ségrégationniste en Floride pendant des années 1960. Brad Pitt qui incarne Cogan, la mort en douce, sort son flingue en Nouvelle-Orléans. Un décryptage d’une Amérique obsédée par l’argent et le sexe, et fatiguée par l’hypocrisie du duel politique entre George W. Bush et Barack Obama. Enfin Cosmopolis parle de la folie destructrice et contemporaine de Wall Street.

Mud partage avec tous les autres films la puissance du récit linéaire, basé sur une vision américaine du monde : la violence et l’argent font la loi, chacun est responsable de son bonheur, il y a des difficultés, mais avec beaucoup de volonté on peut les surmonter, la souffrance fait partie de vie, il ne sert à rien de se plaindre, il faut agir. Et il faut se bagarrer pour les femmes.

Ces films dénoncent tant d’abus, d’injustices, de violences et cynismes, mais toujours avec une sortie de secours très américaine : la valeur absolue est que chacun reste libre dans sa lutte de survie. Ces (anti-)héros ne tuent pas vraiment, ils se défendent pour assurer la poursuite de leur bonheur, garanti par la Constitution américaine. Visiblement, le Festival de Cannes avait cette année envie de rejoindre et partager ce mythe. 

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