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Etats-Unis

Mort de M. Brown: «Les clivages recoupent les clivages raciaux»

Dès l'annonce de la décision du grand jury à Ferguson, les manifestations se sont multipliées sur le territoire américain, le 25 novembre 2014.
Dès l'annonce de la décision du grand jury à Ferguson, les manifestations se sont multipliées sur le territoire américain, le 25 novembre 2014. REUTERS/Stephen Lam

Aux Etats-Unis, des manifestations et des incidents ont eu lieu à Ferguson après la décision d’un grand jury, de ne pas poursuivre un policier blanc, celui qui au mois d’août dernier avait abattu Michaël Brown, jeune Noir de 18 ans qui lui, n’était pas armé. François Durpaire, historien des Etats-Unis, auteur d’une histoire des Etats-Unis et de plusieurs ouvrages sur les identités et sur le racisme, répond aux questions de RFI.

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RFI : Comment en est-on arrivé là ? Comment expliquer cette décision du grand jury qui coupe court à l’enquête, alors qu’il y a quand même pas mal de doutes ?

François Durpaire : Vous avez deux camps. Vous avez ceux qui considèrent que le grand jury a fait son travail. Le grand jury a auditionné 60 témoins, le grand jury s’est réuni vingt-cinq fois et le grand jury avait des éléments devant les yeux et a pris cette décision. Et puis vous avez ceux qui considèrent que le grand jury est partial. Vous avez ceux qui disent que McCulloch, le procureur du comté de Saint-Louis avait un papa qui était officier de police et qui a été abattu par un Afro-Américain. Ceux qui soulignent aussi  que ce grand jury est à majorité blanc dans un comté à majorité noire.

Oui, il y a neuf Blancs et trois Noirs dans ce jury...

Effectivement. Donc vous avez deux camps qui s’affrontent et ces camps recoupent les différences raciales aux Etats-Unis, puisqu’il y a un sondage intéressant qui montrait il y a quelques jours que vous aviez 54 % des Noirs américains qui estimaient que ces policiers devaient être inculpés contre seulement 23 % des Blancs. Vous voyez, des clivages qui recoupent des clivages raciaux.

Pourquoi ne pas inculper le policier simplement d’homicide involontaire ? On n’est pas sûr que ce soit volontaire. Mais pourquoi pas involontaire ?

La décision de ce grand jury ce n’est pas de se dire : « est-ce que ce policier est irréprochable ou pas ». Ce n’est même pas de se dire : « est-ce que ce policier est innocent ou pas ! » C’est de se dire : « est-ce qu’il y a suffisamment de preuves pour aller devant un jury et pour mener un procès ». Et c’est ça que le grand jury a dû déterminer. En même temps, à l’heure où l’on parle, il est très difficile d'avoir « un jugement » sur ce jugement, parce que nous n’avons pas les éléments. Et ce qui va être très intéressant c’est d’avoir, et le plus rapidement possible, l’ensemble des données, puisque cela va être publié. Tout va être public et on aura les éléments.

Je vous donne un exemple plus précis : le policier Darren Wilson dit qu'il y a eu une confrontation, il y a eu une agression. On ne le savait pas jusqu’à maintenant. On a eu le témoignage de Darren Wilson. Est-ce qu’effectivement, les certificats médicaux l’attestent ? Est-ce que Darren Wilson, ce policier, avait des contusions, des marques sur le visage ? Est-ce que le sang de Brown a été retrouvé à l’intérieur du véhicule du policier ?

C’est ce qui est en train de filtrer aujourd’hui. Mais peut-être que ces éléments nous donneront plus de choses dans les heures et dans les jours qui viennent. En attendant, une partie des Etats-Unis se pose beaucoup de questions. Il y a eu quatre minutes de silence hier soir. C’est la famille qui a demandé quatre minutes de silence. Et pourquoi quatre minutes de silence ? Les quatre minutes, ça correspond aux quatre heures. Parce que vous savez que le corps de Michaël Brown est resté dans la rue. Et donc la famille a dit : quatre minutes pour quatre heures, notre fils est resté dans la rue. Et c’est aussi un scandale.

Ce qui est sûr c’est que cette décision tombe assez mal, puisque le week-end dernier un adolescent de 12 ans a été abattu par un policier à Cleveland alors qu’il jouait avec un pistolet à billes, un adolescent noir aussi. Ce n’est pas vraiment un bon calendrier là ?

Oui, c’est-à-dire que le calendrier depuis quelques années, c’est qu’on appelle le profilage ethnique, le profilage racial aux Etats-Unis. C'est-à-dire que les Noirs ont, à tort ou à raison, le sentiment d’être menacés par la police de leur pays, d’être menacés par les forces de l’ordre. Et le ministre de la Justice, Eric Holder – ce n’est pas l’extrême gauche américaine ou les associations noires qui disent ça – , puisque Eric Holder, le ministre de la Justice, l’a dit il y a quelques heures, « il y a un problème de confiance entre la communauté noire et nos forces de police ». Alors cette phrase est habile, parce que quand il dit : il y a un problème de confiance, il ne dit pas si les Noirs ont raison ou tort de ne pas avoir confiance dans la police de leur pays. Et ça, c’est très important…

Même Barack Obama a appelé au calme bien sûr, mais il a dit aussi qu’il comprenait les personnes qui voulaient remettre en cause cette décision ?

Oui, il a même été plus loin puisqu’il a dit qu’il faut mener des politiques. Alors qu’est-ce que ça veut dire ? Il n’en a pas dit beaucoup plus, mais il a dit : il y a des politiques qui ont marché dans un certain nombre de territoires aux Etats-Unis et qui devraient être appliquées dans ce cas-là. Qu’est-ce que ça veut dire ? Il pense probablement à ce qu’on appelle aux Etats-Unis « affirmative action ». C'est-à-dire le fait de promouvoir la diversité, les minorités à l’intérieur des institutions et notamment de la police. Vous savez, la police de Ferguson avec 56 Blancs pour un Noir, elle n’est pas à l’image de la police de la plupart des villes américaines.

C’est-à-dire que les villes américaines ont eu cette démarche d’intégration des Noirs notamment. Ferguson c’est un petit peu l’exception qui confirme la règle. Et Barack Obama là, s’interroge sur ce point-là. Et c’est très important parce qu’il y a eu une enquête importante du Pew Research Center qui montrait cet été que vous avez aujourd’hui 18 % des Noirs seulement qui ont confiance dans la justice de leur pays. C’est quand même très, très faible.

Il y a une enquête fédérale qui doit se poursuivre. A quoi peut-elle mener ?

Exactement. Il y a une enquête fédérale qui est parallèle à l’enquête qui là, s'est refermée. Il y a aussi une enquête au civil. Vous savez, vous avez deux enquêtes encore. Alors c’est très difficile au fédéral, parce que c’est les droits civiques. Il faut prouver que ce policier a compromis les droits civiques. Donc il y a eu une connotation raciale dans son geste. C’est très difficile à prouver, mais en tout cas le ministre de la Justice a tenu à souligner que tout n’était pas fini et qu’il y avait une enquête fédérale. Il n’y aura aucun procès civil.

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