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Etats-Unis

Barack Obama réclame de la persévérance pour lutter contre le racisme

Barack Obama lors de son intervention, le 8 décembre, sur la chaîne de télévision Black Entertainment Television (BET).
Barack Obama lors de son intervention, le 8 décembre, sur la chaîne de télévision Black Entertainment Television (BET). Captura vídeo

Barack Obama s’est exprimé sur la télévision communautaire Black entertainement television (BET), une chaîne qui s’adresse surtout à un public afro-américain. Message diffusé hier alors que les manifestations se poursuivent pour dénoncer la discrimination dont sont victimes les suspects noirs aux Etats-Unis, des violences policières perpétrées sur des critères raciaux. Et le président américain Barack Obama a estimé que l’éradication du racisme aux Etats-Unis justement ne serait pas résolue du jour au lendemain. André Kaspi, directeur du Centre de recherches d'histoire nord-américaine (CRHNA).

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RFI : Barack Obama a voulu adresser un message d’abord aux jeunes. C’est important ?

André Kaspi : C’est important pour deux raisons. La première raison tout d’abord, c’est que depuis qu’il est président des Etats-Unis, Barack Obama a toujours voulu être le président de tous les Américains. Et bien qu’il soit noir, il ne considère pas qu’il s’adresse aux seuls Noirs. Mais c’est important également dans les circonstances actuelles parce que, comme vous l’avez rappelé, il y a des tensions raciales dans un certain nombre de villes et d’Etat et cela déclenche des émeutes, de l’incompréhension. En tout cas, il est nécessaire que le président intervienne. C’est donc extraordinaire que le président prenne la peine de donner son avis sur cette question. Jusqu’à maintenant, il n’a pas dit grand-chose. Il s’était exprimé au moment de l’affaire de Floride, quand un jeune Noir avait été tué par un gardien d’une cité fermée. Et il avait dit à ce moment-là : « au fond, ce jeune Noir qui a été tué, ça aurait pu être mon fils et même ça aurait pu être moi ». Mais à part cette intervention, Barack Obama a quand même été très discret sur cette question, à cause précisément de sa volonté de ne pas apparaître comme le président des Noirs.

Et parce que aussi, l’homme qui avait tiré à ce moment-là n’était pas un représentant de la force publique ?

Oui, c’est vrai. Mais c’est un autre argument. Ce sont des représentants de la force publique. Mais d’un autre côté, il ne faut pas oublier que les polices américaines ne sont pas centralisées comme peut l’être la police française. Donc il y a des polices de ville, des polices de comtés, des polices d’Etat, sans parler de l’Etat fédéral. Donc tout cela constitue une véritable pyramide et il est très compliqué, à partir de là, de tirer des conclusions générales.

Vous soulignez justement cet exercice d’équilibriste de la part du président américain : s’adresser à tous sans oublier non plus d’où on vient...

C’est sa grande difficulté. Ça n’a pas empêché bien sûr le gouvernement fédéral d’intervenir. L’Attorney General, c’est-à-dire l’équivalent de notre ministre de la Justice, a donné son opinion, est allé sur place, est intervenu à différentes reprises pour juger si oui ou non dans ces affaires criminelles, il y avait eu violation des droits civiques des Noirs. C’est la manière dont le gouvernement fédéral peut intervenir. Ça veut donc dire qu’il y a déjà une intervention du gouvernement fédéral. Mais l’intervention du président, c’est encore quelque chose de plus, c’est un étage supérieur qui est atteint et, de ce fait-là, cela revête une grande importance.

Est-ce que ce grand débat avec toutes ces manifestations, qui vont peut-être culminer en fin de semaine avec un rassemblement à Washington, donne lieu à une polarisation comme on a l’habitude de le voir en Europe ? Est-ce que les républicains se prononcent en tant que républicains, les démocrates en tant que démocrates ?

Non pas tout à fait. Cela varie d’une région à l’autre. Vous avez sans doute remarqué qu’il n’y a eu pratiquement aucun incident pour l’instant dans les Etats du Sud. C’est-à-dire que dans les Etats du Sud, il y a un Etat de fait entre des relations qui sont établies entre Noirs et Blancs et on n’en est plus, semble-t-il, à ces tensions qui peuvent exister dans d’autres villes. Ce que l’on peut dire, c’est qu’en général, les républicains sont plutôt favorables à une certaine bienveillance à l’égard des polices, mais les démocrates ne sont pas nécessairement tous du côté des émeutiers ou du côté des manifestants, loin de là. Ça veut donc dire qu’il n’y a pas une division entre les partis comme on pourrait l’imaginer. Et cela est d’autant plus visible que les démocrates ont perdu la majorité au Congrès. Ça veut donc dire que les démocrates font attention à ce qu’ils disent et à ce qu’ils font. Pour la bonne raison que sur le plan électoral, cela a des répercussions.

Quand Barack Obama dit « patience, persévérance », il veut dire par là qu’il ne peut pas y avoir de mesures gouvernementales qui changeraient les choses radicalement ?

Il veut d’abord calmer les émeutiers. Il veut d’abord leur faire comprendre que la situation ne va pas changer du jour au lendemain. C’est évident. Et d’un autre côté ce qu’il veut dire, c’est que même s’il y a encore des traces de racisme, et il ne faut pas le nier, on ne peut pas dire que la situation de 2014 soit identique à la situation de 1964. Il y a eu beaucoup de changements depuis, beaucoup de progrès dans les relations interraciales. Mais il n’empêche qu’il y a encore des traces de racisme. Ce qu’il veut dire, c’est que ces traces disparaîtront petit à petit et on ne peut pas du jour au lendemain passer à une situation qui soit idéale, parfaite, dans les relations entre les communautés. N’oubliez pas que la société américaine, c’est une société multiculturelle.

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