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Brésil: Dilma Rousseff obligée au grand écart pour disposer d’une majorité au Parlement

Des partisans de Dilma Rousseff à Brasilia, le 1er janvier 2015.
Des partisans de Dilma Rousseff à Brasilia, le 1er janvier 2015. REUTERS/Sergio Moraes

La présidente Dilma Rousseff est investie ce jeudi 1er janvier 2015 pour un second mandat à la tête du Brésil dans un climat d'ajustement budgétaire avec une croissance en berne, et sous pression d'un scandale de corruption au sein de Petrobras, la compagnie phare du pays. Stéphane Monclaire, spécialiste du Brésil, maître de conférences à Paris 1 Panthéon-Sorbonne, est l'invité de RFI.

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RFI : Enorme effervescence pour cette cérémonie d'investiture avec 32 000 militants du Parti des travailleurs, dans 800 autocars, des milliers d'agents de sécurité pour éviter d'éventuelles manifestations contestataires... Le Brésil plus que jamais divisé entre les pro et les anti-Rousseff ?

Stéphane Monclaire : Les militants qui viennent ont été commandités par la direction du parti, ce n’est pas très spontané et quelle différence y a-t-il avec la cérémonie d’investiture du président Lula en janvier 2003, il y a donc 12 ans de cela ? Dilma Rousseff c’est la dauphine du président Lula, elle débute un second mandat dans un contexte extrêmement difficile, l’économie brésilienne va mal, je rappelle que l’économie du Brésil en matière de Produit intérieur brut est l’équivalent de la France, mais la croissance en 2014 est encore plus faible que celle de la France, c’est dire…

Et on prévoit pour 2015 une croissance au ralenti encore...

Tout à fait, et le gouvernement prévoit des mesures d’austérité, un ajustement fiscal très douloureux et que va subir de plein fouet, les personnes qui n’imaginaient pas que le Brésil allait si mal, c'est-à-dire essentiellement les couches populaires et les couches moyennes basses. On s’apprête à avoir des vagues de licenciement importantes, le secteur industriel a un taux de croissance extrêmement faible, il y a un déficit très grave de la balance commerciale pour les produits industriels, donc il faut faire des réformes de structure et puis essayer de lutter contre tout un ensemble d’effets nocifs. Ça va se traduire par environ 20 milliards d’euros d’économies sur le budget.

Le nouveau ministre des Finances a même annoncé une réduction de l'assurance chômage, cela doit choquer au Brésil ?

Ça choque, mais les textes permettaient beaucoup d’excès, il y avait beaucoup de gens qui bénéficiaient d’assurance alors qu’ils n’en avaient pas véritablement le droit, ces mesures ne vont pas vraiment dans le sens de l’austérité, ça va aussi dans le sens d’une justice sociale.

Il y a eu de nombreux programmes sociaux ces dernières années, la misère est encore bien présente, ça veut dire que l’on a un constat d’échec pour Dilma Rousseff et pour son gouvernement ?

Vous êtes trop sévère. Disons que les programmes de lutte contre les inégalités sociales ont atteint leur maximum d’effet, je pense notamment au programme Bolsa Familia qui est extrêmement populaire au Brésil, en tout cas parmi les gens qui en reçoivent les bénéfices ou les gens qui sont liés à ces bénéficiaires. Il y a d’autres programmes qui ont été lancés, tout ça va dans le bon sens, les inégalités sociales ont été réduites.

Seulement, simultanément, les riches sont devenus toujours plus riches, donc les pauvres sont devenus moins pauvres, il y avait des dizaines de millions de Brésiliens qui dans les années Lula et Dilma Rousseff sont sortis de la pauvreté sauf que tous ces programmes tenaient leur efficacité essentiellement dans la croissance économique du pays, or cette croissance n’est plus là, elle n’a pas été au rendez-vous en 2014 et 2015 ne sera pas une bonne année non plus, ainsi que 2016, si on en croit les prévisions.

Dilma Roussef est sous pression, il y a ce scandale Petrobras, la compagnie pétrolière, des soupçons de corruption sur des membres du Parti des travailleurs et sur ses alliés. Est-ce que la présidente va pouvoir faire le ménage ?

Ça va lui être difficile, elle a eu beaucoup de mal à composer son gouvernement, tant il lui fallait trouver des personnalités qui ne soient pas impliquées dans des scandales de corruption, notamment celui de Petrobras qui atteint tous les dirigeants des principaux partis qui soutiennent sa politique, le Parti des travailleurs évidemment.

Le scandale est énorme, ce sont vraiment des sommes faramineuses qui ont été redistribuées aux partis politiques et qui ont permis parfois des enrichissements personnels. Donc la justice va devoir faire un travail énorme, les choses ont commencé et ça réorganise la vie politique brésilienne. Maintenant, il n’est pas sûr que les propos anticorruptions de Dilma Rousseff arrivent à convaincre l’opinion publique…

Et des investisseurs aussi ?

Tout à fait, Petrobras a perdu beaucoup de sa valeur, or Petrobras s’est engagé avec Total dans l’exploration de pétrole en eau profonde sur les côtes brésiliennes. Le Brésil attendait beaucoup de ça, et la baisse de Petrobras sur les marchés mondiaux, qui n’est pas due uniquement à la baisse du prix du baril dans le marché mondial, est très préoccupante à la fois pour l’entreprise Petrobras et puis pour les programmes de développement du Brésil.

Il y a aussi la ministre de l'Agriculture qui s'appelle Katia Abreu, c'est une représentante de l’agroalimentaire, elle est détestée des écologistes, les indigènes se sentent même trahis au nom de l’agriculture familiale ?

Il y a deux ministères au Brésil traditionnellement pour traiter des questions agraires. Il y a le ministère de la Réforme agraire, celui qui occupe ce poste est une personnalité de gauche connue pour son engagement sauf que ce ministère-là a peu de subventions. Contrairement au ministère de l’Agriculture qui lui en a considérablement et qui est dirigé par Katia Abreu surtout connue pour ses propositions en faveur non seulement de l’agrobusiness, mais aussi de la déforestation, en faveur aussi de la suppression de la limitation des droits des zones protégées en faveur des Indiens.

Il y a beaucoup d’ONG qui sont mobilisées. Sa nomination à ce poste montre que Dilma Rousseff est obligée en permanence de faire le grand écart pour essayer de disposer d’une majorité au Parlement, c'est-à-dire qu’il lui faut à la fois satisfaire l’aile gauche et puis des partis très conservateurs qui la soutiennent.

La perspective des Jeux olympiques à Rio en 2016 peut-elle rassembler les Brésiliens?

Non, parce qu’ils ont pris une douche froide avec le Mondial de football. Cette fois-ci, les JO comme toujours, c’est plus une ville qu’un pays. Dans un pays fédéral où l’identité brésilienne n’est pas forcément celle d’un pays, mais d’abord celle de la ville ou de la région, je ne pense pas que les JO puissent beaucoup rassembler surtout que c’est des JO qui vont coûter très cher.

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