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Venezuela

Venezuela: l’opposition dépose un projet de loi d’amnistie

L’Assemblée nationale vénézuélienne va devoir débattre d’un projet de loi déposé par l'opposition sur l’« amnistie » envers les « prisonniers politiques »,
L’Assemblée nationale vénézuélienne va devoir débattre d’un projet de loi déposé par l'opposition sur l’« amnistie » envers les « prisonniers politiques », REUTERS/Carlos Garcia Rawlins

Au Venezuela, presque un mois après l’investiture de la nouvelle Assemblée nationale, des membres de l’opposition ont déposé jeudi dernier le projet de loi « d’amnistie et de réconciliation nationale ». Un texte qui vise notamment la libération d'étudiants et de dirigeants politiques suite par exemple aux protestations en 2014 contre le gouvernement de Nicolas Maduro. Le projet de loi devrait être débattu pendant plusieurs semaines et le sujet, très délicat, devrait cristalliser au maximum les tensions entre les deux camps.

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De notre correspondant au Venezuela,

Dans l'avant-projet de loi, il était question de « prisonniers politiques » au Venezuela ; le projet de loi, plus lisse, n'évoque pas directement le terme. Mais il fait état de personnes condamnées ou poursuivies « pour des motifs politiques, pour avoir exercé [par exemple] leur droit à la liberté d'expression dans des manifestations », et qui doivent donc bénéficier du droit d'amnistie.

C’est sur ce point que le bras de fer entre les deux camps politiques risque de s'engager. L’exemple le plus marquant est celui de Leopoldo Lopez. Si pour le gouvernement, c'est l'ennemi numéro 1 du pays, le responsable des violences de 2014 et des 43 morts, il correspond pour l'opposition exactement à ces personnes qui doivent être amnistiées.

La loi d'amnistie devrait faire baisser les tensions

Pour la MUD, la coalition de l'opposition, cette loi d'amnistie est une priorité parce qu'elle permettra de baisser les tensions dans le pays, de parler d'adversaires politiques et non de criminels, bref de permettre selon elle la paix et « la réconciliation nationale ».

Il faut noter que dans ce texte, l'empreinte de Voluntad Popular, le parti de Leopoldo Lopez, semble très importante. En coulisses, de véritables rapports de forces se jouent actuellement au sein de l'opposition. Car même si dans le projet de loi, il n'y a aucun nom précis de ces personnes qui bénéficieraient de l'amnistie, tout le monde pense bien sûr à la libération de Leopoldo Lopez. Pourquoi ? Parce qu'il est aujourd'hui l'un des potentiels candidats les plus en vue pour reprendre le flambeau de l'opposition dans le pays.

Une « loi d’impunité », selon les chavistes

Pour le camp d’en face, cette loi d’amnistie ne correspond en rien aux priorités du pays. Surtout, c’est selon les chavistes « une loi d’impunité » qui « fera des bourreaux des héros ».

Mais quand on voit la situation de blocage institutionnel qui semble exister dans le pays depuis la rentrée, on peut se demander si ce texte verra effectivement le jour, même s’il est définitivement approuvé par l’Assemblée nationale. Le décret d’urgence économique présenté par le président Nicolas Maduro a été refusé dans l’hémicycle il y a peu. Et pourtant, on voit de nombreux ténors chavistes qui continuent de faire campagne pour ce projet et affirment que « le peuple approuve ce décret ».

Un précédent historique

Et puis plus globalement, l'Histoire peut apporter un élément de réflexion sur la situation actuelle : après sa tentative de coup d'Etat en 1992, Hugo Chavez avait été emprisonné. L'un de ses adversaires politiques, le président Rafael Caldera, l'avait lui-même fait libérer 2 ans plus tard. C'est entre autres ce qui avait permis à Hugo Chavez de se présenter à la présidentielle de 1998... et de devenir président.

Cette fois-ci, il s'agit dans ce projet de loi « d'amnistie », « attribution [selon le texte] de l'Assemblée nationale », et non du président. Mais il est difficile d'imaginer tout de même que Nicolas Maduro autorise l'hémicycle à libérer Leopoldo Lopez. S'il s'avérait être le candidat de l'opposition lors de la prochaine présidentielle, l'Histoire pourrait se répéter, mais cette fois-ci le chavisme pourrait alors être le grand vaincu !

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