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Etats-Unis - France

Jeux de mains, jeux de vilains: le langage corporel de Donald Trump interpelle

La poignée de mains entre Donald Trump (g) et Emmanuel Macron (d) décortiquée en quatre photos.
La poignée de mains entre Donald Trump (g) et Emmanuel Macron (d) décortiquée en quatre photos. REUTERS/Jonathan Ernst

Le premier voyage officiel de Donald Trump en tant que président des États-Unis a été marqué par une succession de maladresses et de faux pas qui n’ont pas amélioré son image. Sa poignée de main tendue avec le nouveau président français Emmanuel Macron jeudi à Bruxelles a fait le tour du monde et des réseaux sociaux.

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On connaissait la politique de la main tendue, mais avec Donald Trump il va falloir s’habituer à celle de la poigne de fer. Chacun avait déjà pu s’en rendre compte lors des débats télévisés auxquels il avait participé durant sa campagne électorale : le nouveau locataire de la Maison Blanche aime jouer du rapport de force, y compris physiquement et parfois au-delà du raisonnable. C’est à la fois dans ses gènes et dans sa culture. Élevé à la dure dans une école militaire durant son adolescence, une caserne où l’avait envoyé son père pour le punir et où il a dû apprendre, durant cinq ans, à se faire respecter, Trump a toujours su jouer des coudes dans l’univers impitoyable des affaires et des médias pour asseoir son empire.

Durant sa course à l’investiture, il ne s’était pas gêné pour humilier les autres concurrents républicains et lors du deuxième de ses trois débats face à Hillary Clinton – celui de Saint-Louis où les deux candidats étaient debout devant un public – on l’avait vu tourner en rond comme un ours en cage et venir empiéter sur le « territoire » de son adversaire, comme pour la déstabiliser. À présent qu’il est élu, il semble ne toujours pas pouvoir se défaire de sa gestuelle particulièrement démonstrative, comme quand il s’est complu à montrer aux caméras les premiers décrets qu’il a signé dans le Bureau ovale. Ou lorsqu’il a commencé à accueillir des dignitaires américains puis des chefs d’État étrangers dans le cadre de ses fonctions de façon tantôt familière, tantôt dominatrice, voire les deux.

L’impression d’une épreuve de force

En chaque occasion ou presque, il a serré la main de son hôte de manière appuyée, voire extrêmement appuyée, un geste parfois suivi de ce qui est devenu le Trump pump, une sorte de tir à la corde, mais sans la corde, durant lequel il tire vers lui le bras de son interlocuteur. C’est arrivé notamment le 10 février avec Shinzo Abe, le Premier ministre japonais (une poignée de main de 19 secondes), et le 14 février avec Justin Trudeau, à cette nuance près que le Premier ministre canadien a résisté avec succès à l’épreuve de force.

Avec les femmes, en revanche, c’est parfois plus inattendu : beaucoup s’étaient étonnés de lui voir prendre la main de la Britannique Teresa May alors qu’il l’accompagnait dans le patio de la Maison Blanche le 27 janvier ou encore lorsqu’il n’avait pas répondu à la demande de poignée de main d’Angela Merkel, faux pas réparé plus tard dans la journée à l’occasion d’une conférence de presse commune, le 17 mars.

Avantage Emmanuel Macrion

Sur la base de ces enseignements, le premier voyage à l’étranger du 45e président des États-Unis (Arabie saoudite, Israël, Territoires palestiniens, Italie, Vatican, sommets de l’Otan à Bruxelles et du G7 à Taormine) allait forcément être scruté à travers le prisme de son comportement personnel et de son langage corporel. Le moins que l’on puisse écrire, c’est que Donald Trump ne s’est pas distingué par sa finesse, commettant pratiquement une bourde ou une faute de goût à chacune de ses étapes, voir par exemple son pouce levé à sa sortie de l’avion présidentiel à Riyad (un geste considéré comme déplacé en Arabie saoudite) ou encore la vacuité du message qu’il a laissé sur le livre d’or du Mémorial de la Shoah à Jérusalem… sans oublier les fois où on l’a vu se faire plus ou moins discrètement rabrouer en public par son épouse Melania.

Une poignée de main qui a fait le tour du monde

Ces à-côtés du voyage officiel n’étaient rien cependant comparés au comportement qu’il a affiché jeudi 25 mai à Bruxelles. En haut de la liste, son premier tête-à-tête avec le président français Emmanuel Macron et cette poignée de main qui a été débattue dans les médias des deux hémisphères et des cinq continents. Poussant l’analyse à l’extrême, certains organes de presse ont même analysé les 6 secondes qu’a duré cette poignée de main comme ils l’auraient fait pour un combat de Mike Tyson, quand ce dernier mettait ses adversaires K.O. dès le 1er round et qu’il fallait quand même noircir de la copie.

On ne résiste pas à l’envie de vous livrer, in extenso, le compte-rendu de la séquence publiée – avec pas mal d’ironie - par le webzine américain Paste avec d’un côté Donald Trump (71 ans, 1,88 m pour 110 kg) et de l’autre Emmanuel Macron (39 ans, 1,73 m pour 72 kg environ). 

Six secondes qui ont fait beaucoup parler

« La poignée de main démarre, comme la plupart du temps, par un rapport de force. Trump et Macron commencent à se serrer la main en se regardant droit dans les yeux. À ce moment-là, aucun n’a l’avantage mais il est évident, à voir l’expression sur le visage de Trump, qu’il est un peu surpris par la force du Français. Les deux hommes esquissent une grimace et essaient de transformer cette grimace en sourire. Mais il est clair qu’une épreuve de force est entamée. Au bout de 2 secondes, Trump tente son mouvement breveté, le « Trump pump », une traction énergique vers lui-même qui a déjà détruit plusieurs chefs d’État. Mais cette fois-ci, ce n’est pas le même film car Macron le contre si vite, et avec une telle force brute, que Trump ne gagne pas plus de 2 cm d’avantage et qu’il finit par le perdre en raison de l’étourdissante défense de Macron. (…) 

Il est clair que Macron a visionné la séquence de la poignée de main entre (Justin) Trudeau et Trump et qu’il décide, à ce moment-là, de prendre le risque d’aller un peu plus loin encore et de jouer pour la victoire. Et cela va payer. Après cette audacieuse manœuvre, Trump, sidéré, ne parvient pas à s’en remettre. Le sourire de plus en plus large, Macron continue de lui tirer sur le bras et il amplifie sa prise sur la main de Trump, en augmentant la pression sur les phalanges du président américain. A la 5e seconde, ne souriant pratiquement plus, Trump détourne le regard – une rareté – et se tourne vers les photographes, l’air désemparé.

Il reste une demi-seconde dans cette position quand survient le moment critique qui va tourner le monde de la poignée de main sens dessus dessous : il essaie de retirer sa main. Si vous regardez attentivement, vous pouvez voir qu’il relâche ses doigts. La prise de Macron est clairement trop forte pour lui : 5 secondes, c’est tout le temps qu’il pouvait tenir. Il s’agit là d’une concession surprenante, venant d’un homme aussi fier que lui. Et là, de façon incroyable, Macron ne le lâche pas. Comme pour mieux affirmer sa victoire, et mettre un peu plus la honte à Trump, Macron continue de serrer. Les doigts de Trump s’animent une première fois dans une tentative de reprendre la main, et ils se relâchent à nouveau.

C’est une manœuvre rouée de la part du Français et, sans aucun doute, des experts de la discipline vont débattre à l’infini pour savoir si cela n’enfreint pas les règles du jeu de la poignée de main. Finalement, Macron fait montre d’un peu de pitié et relâche la main de Trump tout en lui disant « thank you » en anglais, une allusion subtile pour lui signifier qu’il l’a dominé devant tout le monde et qu’il peut désormais utiliser le langage de l’adversaire vaincu pour asseoir sa victoire.

En tout, la poignée de main n’a duré que six secondes, beaucoup plus courte qu’à l’accoutumée pour Trump, plus courte d’1 seconde par rapport à celle avec Trudeau. Macron est le type d’adversaire auquel il n’avait jamais été confronté auparavant et franchement face auquel il n’était pas préparé. Ce fut une victoire brutale en faveur du président français, ponctuée d’une dose d’humiliation. Et cela va clairement ternir l’image de Trump dont l‘aura d’invincibilité vient d’être transpercée. Par un Français ».

Donald Trump prend sa revanche

Pour un peu, ce compte-rendu archi-détaillé au point d’en paraître ridicule (mais c’était le but recherché) aurait pu être publié dans les pages sportives des quotidiens américains, d’autant qu’il y a eu un « match retour » un peu plus tard. On a vu en effet un Emmanuel Macron arrivé en retard (une habitude paraît-il) au sommet de l’Otan et se diriger vers le groupe des chefs d’État étranger, puis bifurquer ostensiblement de sa route – qui le menait tout droit vers le président américain – pour venir embrasser Angela Merkel, puis se tourner vers le secrétaire général de l’Otan Jens Stoltenberg et vers le Premier ministre belge Charles Michel pour leur serrer la main et, enfin celle de Donald Trump.

Comme s’il voulait prendre sa revanche, le président américain gratifia alors son homologue français d’un nouveau Trump pump, usant cette fois de son avantage de poids et de taille. Un partout, balle au centre. Et comme si cela ne suffisait pas, on le vit un peu plus tard écarter sans ménagement le Premier ministre monténégrin Dusan Markovic pour se faire de la place et s’installer au premier rang et réajuster sa veste au passage, comme s’il voulait signifier « alors, c’est qui le patron ? ».

Mâle dominant

Cette attitude de mâle dominant a hérissé le poil de beaucoup et semble être à la fois le reflet d’un ego surdimensionné ajouté à un mélange de manque de confiance en soi et de besoin de domination. Selon la psychologue américaine Lillian Glass, une spécialiste du comportement, Donald Trump est un expert en communication aux États-Unis mais, en tant que chef de l’État, il lui faudrait désormais faire montre d’humilité, particulièrement à l’étranger, une qualité qu’elle décrit comme « la règle universelle de communication ». D’après elle, n’est cependant peut-être pas aussi arrogant qu’il en donne l’impression. « Donald Trump est quelqu’un de très démonstratif et expansif en terme d’affection, expliquait-elle sur son blog la semaine dernière. Il a même embrassé Mike Pence quand il l’a nommé son vice-président ».

Il écarte le Premier ministre montenegrin Dusan Markovic

« En réalité, poursuit-elle, il se comporte comme on se comporte à Hollywood. Trump est très ‘hollywoodien’ dans sa façon de saluer et d’accueillir le gens. À Hollywood, explique-t-elle, les gens ont tendance à être moins sur la réserve, à être plus expansifs et plus affectueux qu’ils le sont dans d’autres cercles sociaux ». « Si vous observez bien son attitude avec Justin Trudeau, pointe-t-elle, ils ne se sont pas seulement serré la main, ils se sont aussi donné une étreinte, c’est un signe d’affection appuyé et en aucun cas un rapport de force quand c’est mutuel ».

Le raisonnement peut se tenir mais il a ses limites. Issu de Hollywood, Ronald Reagan par exemple – auteur lui-même de quelques bourdes mémorables – avait habitué le monde à son style décontracté mais sans jamais provoquer de malaise. La tentative d’assassinat dont il avait été victime en mars 1981 l’avait certes laissé diminué mais, en huit ans de présidence, on ne l’a jamais vu tenter d’intimider ses homologues ni ses subalternes. Les Américains avaient fini par le surnommer affectueusement Ronnie. On doute fort qu’ils appellent un jour Trump Donnie.

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