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Cuba

Cuba: le marché du travail utilisé pour museler toute opposition, selon Amnesty

La pauvreté gangrène Cuba depuis de longues décennies. Et malgré «l'ouverture» de l'île et la fin de l'embargo américain, le marché du travail ne tolère aucune forme de critique ou contestation politique, souligne un rapport d'Amnesty.
La pauvreté gangrène Cuba depuis de longues décennies. Et malgré «l'ouverture» de l'île et la fin de l'embargo américain, le marché du travail ne tolère aucune forme de critique ou contestation politique, souligne un rapport d'Amnesty. YAMIL LAGE / AFP

Amnesty International a publié jeudi 16 novembre un rapport sur la manière dont le régime communiste de l'île utilise le marché de l’emploi comme moyen de répression. Selon cette étude, les citoyens cubains soupçonnés de critiquer de quelque manière que ce soit les conditions de vie dans le pays risquent d’être victimes de harcèlement au travail ou même de se retrouver sans emploi, les autorités utilisant leur contrôle du marché du travail comme un moyen de pression supplémentaire.

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Le rapport Your mind is in prison démontre que des décennies d’utilisation arbitraire des lois pénales et d’autres pratiques illégales, comme des licenciements discriminatoires et abusifs de postes de la fonction publique et d’autres actes de harcèlement dans le secteur privé naissant, ont mené à un système, où, même les Cubains qui ne sont pas engagés politiquement doivent éviter de critiquer le gouvernement s’ils souhaitent garder leur emploi.

Cuba est régulièrement critiqué pour des violations des droits de l’homme. Mais ces pratiques-là, précisément, sont rarement dénoncées. Cuba est le seul pays de la région des Amériques où Amnesty International ne peut pas se rendre, précise l'organisation. Les chercheurs de l’organisation se sont donc entretenus avec plus de 60 migrants cubains dans plusieurs villes du Mexique, afin de recueillir leurs témoignages sur la vie quotidienne dans un pays où la liberté d’expression est depuis longtemps restreinte.

« L'enquête nous a révélé à quel point la situation actuelle était dramatique, que ce soit d’un point de vue économique ou que ce soit au niveau de la liberté d’expression sur l’ensemble de la population et notamment comment finalement le travail est utilisé comme un moyen de pression, d’une part en limitant considérablement les libertés syndicales, mais aussi en privant les personnes de leurs emplois tout simplement parce que ceux qui expriment une opinion contestent le gouvernement », résume la spécialiste, Geneviève Garrigos, responsable de la région Amériques pour Amnesty International France.

« Tu n'es pas fiable »

Il s'avère pourtant, conclut l'étude, que la majorité des personnes rencontrées « n’avaient jamais ouvertement critiqué le système politique et économique de Cuba et n’avaient participé à aucune forme de militantisme ou d’opposition politique ». Mais la moitié a connu au moins une fois l'emprisonnement.

Amnesty cite en exemple l'histoire récente de Jorge Luis. Ce sportif médaillé a confié à l'ONG qu’après avoir dit lors d’un entretien à la télévision publique que le gouvernement cubain ne finançait pas le sport, il a été progressivement exclu de son sport et a été licencié de son emploi dans la fonction publique. Il a simplement été informé qu’il ne remplissait plus les conditions nécessaires à son travail.

Il a déclaré qu’on lui a donné 20 jours pour trouver un autre emploi, faute de quoi la police a indiqué qu’il serait inculpé de « dangerosité ». Il lui a été impossible de trouver un autre emploi, car partout où il allait, les employeurs lui disaient qu’il était « contre-révolutionnaire ». L'expression d'usage du régime castriste est : « tu n'es pas fiable », autrement dit, tu ne sieds pas à l'idéologie révolutionnaire.

Pour beaucoup, la seule solution reste la fuite

« Ces pratiques sont utilisées très largement ce qui amène les personnes [qui parlent trop librement] à perdre leurs emplois », poursuit Geneviève Garrigos. Les Cubains concernés « se retrouvent alors dans des situations dramatiques, sachant qu'aujourd’hui, le salaire de base est de 25 dollars, ce qui ne leur permet pas de vivre. »

« Le secrétaire général du syndicat des travailleurs, reconnu par le gouvernement cubain, a reconnu lui-même que, dans le contexte dans lequel sont les personnes, que ce soit au niveau des conditions de travail du harcèlement ou du niveau de leur salaire, il y a une apathie totale, les gens n’ont même plus envie de travailler. Une raison pour laquelle ils sont des milliers à fuir le pays encore aujourd’hui », déplore la responsable d'Amnesty. Comme le champion Jorge Luis.

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