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Etats-Unis

Washington annonce d'importantes taxes douanières sur l'acier et l'aluminium

Le secrétaire américain au Commerce Wilbur Ross, ici à Washington le 10 mai 2018.
Le secrétaire américain au Commerce Wilbur Ross, ici à Washington le 10 mai 2018. REUTERS/Yuri Gripas

L'Union européenne, le Mexique et le Canada devront désormais payer de lourdes taxes douanières américaines sur l'acier et l'aluminium. Le secrétaire américain au Commerce Wilbur Ross a annoncé ce jeudi 31 mai que les Etats-Unis allaient les appliquer dès vendredi.

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La décision était attendue. Les Etats-Unis ont donc décidé de ne pas prolonger l'exemption temporaire de taxes douanières sur l'acier et l'aluminium accordée à l'Union européenne jusqu'à ce jeudi minuit. Conséquence, de nouvelles taxes vont entrer en vigueur dès ce vendredi. L'addition s'annonce salée pour l'UE, car Washington prévoit de taxer l'acier à hauteur de 25% et 10% pour l'aluminium.

Le sursis sur ces taxes est également levé pour le Mexique et le Canada, ses deux partenaires de l'accord de libre-échange nord-américain (Alena), dont la renégociation, entamée il y a dix mois, peine à aboutir.

Wilbur Ross, qui s'exprimait lors d'une conférence de presse téléphonique alors qu'il était à Paris pour une réunion de l'OCDE, a précisé que les Etats-Unis ne voulaient pas accorder aux 28 pays membres de l'Union européenne (UE) « une exemption permanente et inconditionnelle sur les taxes ».

« Nous avons eu des discussions avec la Commission européenne et même si nous avons fait des progrès, ils ne sont pas allés jusqu'au point où il aurait été justifié soit de prolonger l'exemption temporaire, soit d'accorder une exemption permanente », a expliqué le secrétaire américain au Commerce.

Sécurité nationale

Dans son communiqué la Maison Blanche rappelle pour sa part qu’il s’agit de lutter contre les importations massives de ces métaux qui « constituent une menace pour la sécurité nationale », rapporte notre correspondante à Washington, Anne Corpet.

Un argument rejeté avec vigueur depuis des semaines par l’Union européenne et le Canada qui n’ont cessé de rappeler leur alliance historique avec les Etats-Unis, notamment sur le plan de la défense. Ce mercredi encore, la ministre canadienne des Affaires étrangères qualifiait d’absurde l’idée que les importations d’acier pouvaient être une menace pour la sécurité de son grand voisin.

Pour Donald Trump, « un pays qui ne produit pas lui-même son acier et son aluminum n’est pas un pays ». Avec cette mesure, il espère relancer l’industrie américaine de l’acier et de l’aluminium. Le président américain estime que les Etats-Unis doivent pouvoir abriquer des navires des avions ou des tanks sans avoir recours à de l’acier produit à l’étranger. C’est donc pour relancer l’industrie sidérurgique qu’il a pris cette mesure. Elle correspond aussi à une promesse électorale. Le président entend soutenir les travailleurs d’un secteur sinistré qui l’ont porté au pouvoir.

Il risque surtout d’engager une guerre commerciale avec ses alliés qui risque de faire des dégâts, y compris aux Etats-Unis, puisque l’Union européenne a toujours dit qu’elle prendrait des mesures de rétorsion. Mais cela n’effraie pas le président américain qui a déjà déclaré contre l’avis de la majorité des experts qu’une guerre commerciale pouvait être bonne pour l’économie. « Les guerres commerciales sont bonnes et faciles à gagner », avait-il tweeté en mars dernier. Ce 31 mai, Wilbur Ross, le secrétaire au Commerce, a lui aussi minimisé l’impact de la riposte annoncée en estimant qu’elle n’allait peser que de manière marginale sur l’économie américaine.

Représailles

Peu après l'annonce de Washington, qui était pressentie ces derniers jours – même si certains Européens espéraient encore l'imposition de quotas à l'exportation plutôt que des tarifs douaniers – le président de la Commission européenne a réagi à Bruxelles. « L'Union européenne ne peut pas rester sans réagir (...) Ce qu'ils peuvent faire, nous sommes capables de faire exactement la même chose », a déclaré Jean-Claude Juncker, ajoutant que des « contre-mesures » seront annoncées « dans les prochaines heures ».

Bruxelles avait exigé l'exemption définitive de ces taxes douanières comme tout préalable aux négociations. Les Européens, France en tête, ont insisté sur le fait qu'ils ne pouvaient discuter en ayant une épée de Damoclès au-dessus de leur tête, qui plus est de la part d'un allié.

Mexico a pour sa part immédiatement riposté. « Le Mexique imposera des mesures équivalentes sur divers produits » dont certains aciers, des fruits et des fromages, a annoncé dans un communiqué le ministère de l'Economie, et celles-ci « seront en vigueur tant que le gouvernement américain n'éliminera pas les taxes imposées ».

Inquiétude et critique aux Etats-Unis

Les entreprises américaines qui produisent de l’acier et de l’aluminium ont bien sûr applaudi cette mesure protectionniste. Mais les industries qui ont besoin d’acier ou d’aluminium elles sont inquiètes. Le secteur du bâtiment par exemple va voir ses coûts augmenter et les fabricants de machines-outils ont aussi fait part de leur préoccupation.

D’autres branches craignent les mesures de rétorsion annoncées par l’Union européenne, le Canada et le Mexique, notamment l’agriculture. L’Association des fermiers américains a dénoncé une mesure qui allait « entraîner l’imposition de milliards de dollars de nouvelles taxes sur les produit agricoles américains ».

Sur le plan politique, quelques voix se sont élevées au sein même du Parti républicain pour dénoncer l’imposition de ces nouvelles taxes. Dans un communiqué, Ben Sasse, sénateur du Nebraska les a ainsi qualifié de « stupides ». Il écrit : « L’Europe, le Canada et le Mexique ne sont pas la chine, on ne traite ses alliés de la même façon que ses ennemis ».

(avec AFP)

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