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Etats-Unis

Etats-Unis: les détenus demandent la «fin de l'esclavage en prison»

Des prisonniers américains photographiés près de Yucaipa en Californie (illustration).
Des prisonniers américains photographiés près de Yucaipa en Californie (illustration). DAVID MCNEW / AFP

Aux Etats-Unis, s'achève ce dimanche 9 septembre une grève dans les prisons américaines qui a débuté le 21 août dernier. Les détenus mobilisés ont arrêté de travailler, certains ont engagé des grèves de la faim et des sit-in pacifiques. A l’extérieur des pénitenciers, des associations dénonçant les conditions de vie et de travail des prisonniers, ont également organisé des manifestations.

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« Les détenus comprennent qu'ils sont traités comme des animaux (...) Les prisons américaines sont des zones de guerre (...) C'est, pour certains d'entre nous, comme si nous étions déjà morts. Qu'avons-nous donc à perdre ? », dénonçait dans son communiqué du 21 août le collectif de détenus Jailhouse Lawyers Speak, à l'origine du mouvement.

Soutenu par plusieurs associations de défense des droits civiques, le collectif a établi une liste de dix demandes dont « l'amélioration immédiate des conditions » de détention, le droit de vote pour l'ensemble des détenus ou « la fin de l'esclavage en prison ».

Salaire de misère

De nombreux détenus américains sont contraints de travailler en prison - cuisine, ménage, tonte de la pelouse, etc- pour des salaires dérisoires. Un enjeu central du mouvement, explique Joël Charbit, docteur en sociologie de l’Université Lille 1 dont les travaux actuels portent sur l’histoire comparée des systèmes carcéraux français et américains.

« Les organisateurs de la grève ont à plusieurs reprises avancé l’exemple de la Californie, où durant les feux de forêt, il y avait une partie des pompiers sur place qui étaient des détenus payés un dollar de l’heure », rappelle le chercheur. « En 2017, le salaire moyen des personnes incarcérées aux États-Unis était de 86 cents de l’heure ». Alors que certaines entreprises, notamment McDonald’s ou les opérateurs téléphoniques comme AT&T, « bénéficient très largement du travail carcéral », explique Joël Charbit. Il souligne par ailleurs que, « dans certains Etats, comme l’Alabama ou le Texas, le travail en prison n’est pas payé ».

Le retour de la stratégie syndicale

La mobilisation, particulièrement suivie dans les prisons de Californie et de Caroline du Sud, n'est pas inédite, mais cette grève actuelle reflète un renouveau du syndicalisme dans l'univers carcéral américain.

« Le recours à ce qu’on appelle la stratégie syndicale a commencé aux États-Unis au tournant des années 70 avec un important travail juridique de ces organisations pour être reconnues comme interlocuteurs légitimes, avec des procès, des actions en justice qui visaient à la légalisation des syndicats de prisonniers », indique le sociologue Joël Charbit.

Sauf que dans les années 80, la Cour suprême en a décidé autrement. « Saisie de cette question, elle a jugé que les syndicats de prisonniers de pouvaient pas être reconnus comme tels et protégés par le premier amendement. » Un coup dur pour le mouvement. « À ce moment-là, beaucoup de syndicats de prisonniers américains qui avaient investi une bonne partie de leurs ressources dans la lutte juridique ont perdu la bataille, en quelque sorte, et ces organisations ont énormément refluées. »

Aujourd’hui, la nature du mouvement est différente, explique le chercheur. « Là, ce qu’il se passe aujourd’hui est différent puisque c’est un syndicat internationaliste, qui a lui-même créé une branche visant à syndiquer les prisonniers. C’est donc différent mais ça témoigne d’un retour de l’idée syndicale dans les luttes des prisonniers. »

2,2 millions de détenus en 2016

Les États-Unis ont le taux d'incarcération le plus élevé au monde : près de 2,2 millions de personnes y étaient derrière les barreaux fin 2016, selon des chiffres du ministère de la Justice.

Des détenus avaient déjà protesté de façon similaire en 2016 dans plusieurs prisons américaines, dont certaines avaient été placées en confinement à la suite de « troubles ».

Les dates choisies pour ce nouveau mouvement sont symboliques : le 21 août marque le 47e anniversaire de la mort du militant des Black Panthers George Jackson, tué par un surveillant de la prison d'Attica, où avait éclaté le 9 septembre 1971 une mutinerie historique, matée quatre jours plus tard dans une répression sanglante.

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