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Brésil / Etats-Unis

[Analyse] Trump et Bolsonaro «sont idéologiquement proches»

Alfredo Valladão (photo d'archives).
Alfredo Valladão (photo d'archives). © RFI

Le président brésilien d’extrême droite Jair Bolsonaro est arrivé dimanche 17 mars à Washington pour une visite de trois jours. C’est son premier voyage à l’étranger pour une rencontre bilatérale d’habitude réservée à l’Argentine. Jair Bolsonaro n’a jamais caché son admiration pour Donald Trump. Dimanche soir, il a d’ailleurs dîné avec plusieurs invités, dont Steve Bannon, l’ancien conseiller du président américain. Que peut-on attendre de cette visite ? RFI en a parlé avec Alfredo Valladao, professeur à Sciences-Po Paris et spécialiste du Brésil.

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RFI : Selon Jair Bolsonaro, l’objectif de cette visite est de sceller une « alliance pour la liberté » avec Donald Trump. En quoi pourrait consister cette alliance ?

Alfredo Valladao : Ce n’est pas encore une alliance. C’est le premier pas vers une alliance de ce type. Pendant sa campagne électorale, Jair Bolsonaro a déjà dit qu’il donnerait la priorité aux Etats-Unis. Cette visite n’est donc pas une surprise, c’est la première grande visite à l’étranger qu’il fait. C’est un vrai changement de cap par rapport à ses deux prédécesseurs, Dilma Rousseff et Lula (tous les deux du Parti des travailleurs NDLR). Mais il faut faire attention : le Brésil n’a jamais été véritablement antiaméricain. Le président Lula par exemple s’entendait très bien avec George W. Bush. Ce qui change surtout par rapport à Lula, c’est que l’ancien président favorisait les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) alors que Jair Bolsonaro se tourne vers les Etats-Unis.

Les deux hommes ne se sont pas encore rencontrés, mais ont échangé des tweets très courtois. Est-ce Jair Bolsonaro et Donald Trump sont idéologiquement proches ?

Oui, ils sont idéologiquement proches. Mais il faut rester prudent : quand on dit que Bolsonaro est un Trump tropical, il ignore qu’il n’a pas du tout les mêmes pouvoirs que Trump. Ce qui est vrai, c’est qu’il y a une proximité idéologique entre les deux présidents. Tous les deux pensent à l’extrême droite. Mais il ne faut pas oublier que ce qui compte dans ce genre de visite, ce sont les intérêts. Pour rappel : les Etats-Unis sont le deuxième marché d’exportation pour les produits industriels, le premier est la Chine.

Parmi les sujets évoqués, le Venezuela. Les Etats-Unis comptent sur le Brésil pour faire pression sur le président Maduro. Le Brésil qui ne veut surtout pas d’une intervention militaire américaine dans le pays voisin. Est-ce que ce rejet affaiblit la position américaine ? 

Non, car je ne pense pas que les Américains ont la moindre intention de faire une intervention au Venezuela. C’est une manière de faire pression tout simplement. Ce qu’il faut comprendre, c’est que les relations entre le Brésil et les Etats-Unis suscitent des divergences à Brasilia. On peut parler de contradictions internes assez fortes. D’un côté vous avez les « idéologues » du gouvernement, proches de Trump, comme le ministre des Affaires étrangères, Ernesto Araujo, qui pensent que la mondialisation est un complot communiste. De l’autre côté, vous avez les militaires brésiliens qui eux sont extrêmement pragmatiques. Ils veulent maintenir un minimum de souveraineté stratégique. Ils sont contre toute intervention militaire au Venezuela depuis le territoire brésilien. Mais il est vrai qu’il y a un consensus entre les deux pays sur un renforcement de la pression sur le président vénézuélien Nicolas Maduro.

Dimanche soir, Jair Bolsonaro a dîné à la résidence de l'ambassadeur du Brésil à Washington avec des invités, entre autres Steve Bannon, ex-conseiller de Donald Trump et proche de l’un de ses fils Eduardo Bolsonaro. En quoi les ultraconservateurs américains ont-ils influencé les positions de Jair Bolsonaro ?

La réponse à cette question n’est pas facile. Quand on dit par exemple que Bolsonaro est d’extrême droite ou fasciste, cela ne veut rien dire. Au Brésil il n’y pas de parti d’extrême droite. Le parti de Bolsonaro, le PSL, est un tout petit parti qui n’a que 11% de sièges au Congrès. Et la plupart de ses membres sont des opportunistes plutôt que des idéologues. Il y a effectivement une influence de la pensée de l’extrême droite américaine, elle s’exerce surtout sur ce que j’appelle les «  idéologues du gouvernement », comme le ministre des Affaires étrangères ou certains de ses collègues proches des églises évangéliques. Mais on ne peut pas dire qu’il y ait une idéologie unifiée, un vrai projet d’extrême droite au sein du gouvernement brésilien. Ce sont des opinions individuelles sur des questions sociétales.

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