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Chili

Chili: les victimes de la secte nazie «Colonia Dignidad» indemnisés

La Colonia Dignidad a été transformé en un centre touristique et agricole, sous le nom de Villa Baviera.
La Colonia Dignidad a été transformé en un centre touristique et agricole, sous le nom de Villa Baviera. Getty Images

Le Parlement allemand a approuvé la semaine dernière un plan de 3,5 millions d'euros pour indemniser les victimes de la secte chilienne « Colonia Dignidad ». Fondée dans les années 1960 par un ancien sous-officier nazi, la secte a fonctionné pendant une trentaine d'années comme une enclave en territoire chilien, où son directeur a violé des dizaines d'enfants. Elle a aussi servi de centre clandestin de détention et de torture sous la dictature du général Pinochet.

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De notre correspondante à Santiago,

Les victimes pourront recevoir chacune jusqu'à 10 000 euros d'indemnisation de la part de l'Allemagne. Le pays reconnaît ainsi une « responsabilité morale » dans cette affaire, notamment car les diplomates allemands ont longtemps fermé les yeux sur les activités de Paul Schaefer qui dirigeait la secte jusqu'à la fin des années 1990.

Cet ancien brancardier de la Wehrmacht, les forces armées nazies, avait déjà été accusé de pédophilie en Allemagne après la guerre. Pourtant, il a pu s'installer au Chili en toute tranquillité dans les années 60, avec plus de deux cents autres colons allemands, sur une gigantesque propriété située 350km au sud de Santiago. Le lieu est rapidement baptisé « Colonia Dignidad », la « Colonie de la Dignité ».

Une secte nazie au pays de Pinochet

Officiellement, c'est une œuvre de bienfaisance, avec par exemple un hôpital à l'intérieur. Mais en réalité, les colons allemands y travaillent gratuitement, sans aucun contact avec l'extérieur. Et Paul Schaefer y agresse sexuellement et viole des dizaines d'enfants, chiliens et allemands. Pendant des années, il agit en toute impunité, protégé par l'armée et les membres du régime d'Augusto Pinochet.

Malgré les témoignages et dénonciations qui apparaissent déjà, Paul Schaefer et ses proches ne sont pas inquiétés avant les années 1990, c'est-à-dire après le retour à la démocratie au Chili. Il faut dire que la dictature de Pinochet a aussi utilisé la propriété comme centre clandestin de torture et de détention. Certains opposants au régime ont été enterrés sur place, dans des fosses communes, et les liens entre Paul Schaefer et les services secrets chiliens étaient réguliers à l'époque. Après le retour à la démocratie, le vieil homme a continué de bénéficier de soutiens parmi les services de sécurité, et il n'a finalement été arrêté qu'en 2005, après avoir fui en Argentine. Il est mort en prison cinq ans plus tard, condamné pour plusieurs cas de pédophilie.

Une reconnaissance tardive

Environ cinquante victimes devraient bénéficier de l'indemnisation dans un premier temps. Des vérifications sont en cours pour d'autres personnes, des victimes qui auraient pu participer par la suite à des agressions contre d'autres membres de la secte. Une organisation de défense des droits de l'homme a salué ce plan d'indemnisation, mais un ancien colon allemand qui a fui la secte à la fin des années 1960 a dit son indignation au journal espagnol El Pais : pour lui, c'est une honte que ces indemnisations arrivent tant d'années après les faits, et que l'Allemagne refuse toute responsabilité légale dans cette affaire.

Enfin, il faut rappeler que plusieurs membres importants de la secte sont toujours en liberté, notamment à cause des délais de prescription des crimes et délits qu'ils auraient commis, ou bien parce qu'ils ont fui le Chili pour échapper à la justice.

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