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Mexique

Bilan annuel de RSF: le Mexique, un pays meurtrier pour les journalistes

Manifestation de rédacteurs et de photographes à la suite du meurtre de Javier Valdez. A Mexico, le 16 mai 2017. Son nom résonne toujours chez les journalistes (photo d'illustration).
Manifestation de rédacteurs et de photographes à la suite du meurtre de Javier Valdez. A Mexico, le 16 mai 2017. Son nom résonne toujours chez les journalistes (photo d'illustration). REUTERS/Henry Romero

Les zones de conflit ont été moins meurtrières pour les journalistes cette année, selon RSF. Le nombre de nos confrères tués dans l'exercice de leur métier est tombé à 49 en 2019, contre 80 en 2018. Vingt-neuf confrères ont été tués dans des zones de paix, dont un tiers au Mexique, où les médias se battent pour continuer d'informer.

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Comme l'an passé, dix journalistes ont été assassinés en 2019 au Mexique, un pays dit « en paix ». À l'échelle de l'Amérique latine, ils sont 14. C’est le dramatique constat que fait l'ONG Reporters sans frontières (RSF) dans son bilan annuel sur les dangers liés à l’exercice de notre profession dans le monde. Le Mexique est actuellement le pays le plus meurtrier au monde pour les journalistes, à égalité avec la Syrie, un pays en guerre.

« Pour les journalistes, la frontière entre les pays en guerre et en paix est en train de disparaître », déplore d'ailleurs le secrétaire général de RSF, Christophe Deloire, cité dans un communiqué. Et d'ajouter que « globalement, le nombre de morts dans les pays dits en paix reste aussi élevé d'une année sur l'autre ».

90% de crimes contre les journalistes non résolus

Sur place au Mexique, les médias se battent pour continuer à informer malgré les risques, rappelle notre correspondante à Mexico, Alix Hardy. Cette dernière s'est rendue dernièrement à Culiacan, dans le nord-ouest, où le nom de Javier Valdez résonne encore. Ce journaliste qui enquêtait sur le narcotrafic a été assassiné en 2017 ; depuis, sa rédaction continue à informer malgré le danger.

Ismael Bohorquez est le rédacteur en chef de cette revue d’investigation, Riodoce. Il explique : « Nous n’avons jamais cessé de travailler sur la corruption, le narcotrafic. On a essayé de gérer la peur, l’autocensure, car ici, même un titre peut poser problème. Quand on écrit sur ces sujets, on est obligés de penser en premier, non pas au lecteur, mais au narcotrafiquant concerné. »

Plus de 90% des crimes perpétrés contre les journalistes n’ont jamais été résolus au Mexique. Selon Balbina Flores, représentante de RSF sur place, « les plus visés sont ceux qui traitent de sujets qui touchent à la police, à la politique et à la corruption. Nous savons clairement d’où ça vient : en général, les responsables sont des fonctionnaires publics, parfois en lien avec le crime organisé. »

La situation mexicaine conduit ainsi la zone Amérique latine toute entière à venir concurrencer le Moyen-Orient et ses guerres fratricides au palmarès des régions les plus dangereuses du monde pour le journalisme. « Ici, ajoute Balbina Flores, la frontière politique-criminalité est souvent brouillée, surtout dans les zones les plus reculées. Le Mexique cède peu à peu du terrain au crime organisé. Certaines zones sont devenues des trous noirs de l'information. »

Rapport RSF journalistes assassinés: le Mexique épinglé


■ Bilan 2019 de RSF : les données clés de l'année

Dans le monde, le nombre de journalistes tués a quasiment chuté de moitié en 2019, selon le bilan annuel de RSF, qui évoque un niveau « historiquement bas », lié à des zones de conflit moins meurtrières qu'en 2018.

Quelque 46 confrères et trois consœurs ont été tués cette année, selon l'ONG, contre 80 en 2018. Dans le détail, on dénombre 36 journalistes professionnels, 10 non professionnels et trois collaborateurs. Plus de 60% ont été sciemment visés.

À noter qu'aucun journaliste n'a perdu la vie lors d'un reportage à l'étranger, l'ensemble des tués l'ayant été dans leur propre pays, comme le fait remarquer l'Agence France-Presse sur la base du rapport annuel de RSF.

389 journalistes détenus

Concernant le nombre de journalistes emprisonnés dans le monde pour avoir exercé leur fonction, ils étaient 389 en 2019 (+12%). La proportion des femmes sur l'ensemble des journalistes détenus reste la même qu'en 2018, à savoir 8%.

Ce chiffre « ne comprend pas les journalistes interpellés arbitrairement pendant quelques heures, quelques jours, voire plusieurs semaines », pointe RSF, qui note « une multiplication de ce type d'interpellation » cette année.

En cause : « Des manifestations et des mouvements de contestation qui éclatent un peu partout dans le monde, notamment en Algérie, à Hong Kong, où les agressions de journalistes se multiplient, tout comme au Chili et en Bolivie. »

Près de la moitié des journalistes prisonniers, soit 186 sur 389, sont détenus dans seulement trois pays : la Chine, l'Égypte, l'Arabie saoudite. La Chine, à elle seule, détient un tiers des prisonniers dans le monde, regrette l'ONG.

Enfin, selon RSF, au moins 57 journalistes sont détenus en otage dans le monde, un nombre quasi identique à celui de 2018. Les otages se concentrent toujours dans les quatre mêmes pays : la Syrie, le Yémen, l'Irak et l'Ukraine.

Il n'y a eu aucune libération notable cette année malgré d'importants changements en Syrie, ce qui fait craindre le pire pour nombre d'entre eux, souligne RSF. Aucun journaliste n'a en revanche été porté disparu au cours de l'année 2019.

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