Accéder au contenu principal
Venezuela

Au Venezuela, deux présidents pour un Parlement

L'opposant Juan Guaido a été réélu président du Parlement vénézuélien par les députés de l'opposition, le 5 janvier 2020.
L'opposant Juan Guaido a été réélu président du Parlement vénézuélien par les députés de l'opposition, le 5 janvier 2020. REUTERS/Fausto Torrealba

L'opposant au président vénézuélien Nicolas Maduro, Juan Guaido, a été réélu ce dimanche 5 janvier président du Parlement par les députés de l'opposition, quelques heures après qu'un autre élu de l'opposition, Luis Parra, s'en soit autoproclamé président. 

Publicité

C'est dans les locaux du journal El Nacional que Juan Guaido a été réélu président du Parlement. « Je jure devant Dieu et le peuple du Venezuela de faire respecter » la Constitution en tant que « président du Parlement et président par intérim », a déclaré l'opposant après que 100 élus lui ont apporté leurs suffrages lors d'un scrutin auquel ont participé plusieurs députés poursuivis par la justice dans le cadre de ce que l'opposition qualifie de « persécution politique ».

Voilà donc le Parlement vénézuélien avec deux présidents. Quelques heures plus tôt, en effet, c'est un autre opposant, Luis Parra, qui s'est unilatéralement proclamé nouveau chef de l'hémicycle à l'issue d'une séance mouvementée à laquelle Juan Guaido et de nombreux députés de l'opposition n'ont pas pu assister, retenus à l'extérieur du bâtiment par de longs contrôles policiers.

Le député Luis Parra au Parlement vénézuélien, le 5 janvier 2020.
Le député Luis Parra au Parlement vénézuélien, le 5 janvier 2020. REUTERS/Manaure Quintero

L'opposition fidèle à Juan Guaido, qu'une cinquantaine de pays reconnaissent comme président par intérim du Venezuela, a affirmé dans un communiqué que l'élu avait effectué ce geste « sans vote, ni quorum » et évoqué un « coup d'État parlementaire ». « Il s’agit d’un nouveau piège politique du gouvernement soutenu par des criminels, car c’est ce qu’ils sont. Quelqu’un qui ne respecte ni les normes, ni la Constitution est un complice de la dictature », a lancé Juan Guaido.  Le président Nicolas Maduro, lui, a reconnu Luis Parra comme nouveau président du Parlement.

Luis Parra avait été exclu du parti d'opposition Primero Justicia après qu'un site internet d'informations l'a accusé en décembre d'avoir reçu des pots-de-vin en échange de son soutien à un entrepreneur colombien qui aurait trempé dans une affaire de corruption liée à des importations de nourriture. Malgré son exclusion, Luis Parra affirme être toujours dans l'opposition à Nicolas Maduro.

Mégaphone en main, il a même déclaré incarner une troisième voie entre l’opposition traditionnelle et le président. « Aucun des deux ne mérite d’être au Parlement ! Il y a eu 21 ans de confrontation, 21 ans de disputes, et quel est le résultat ? Tout est pire qu’avant ! »

Chaos au Parlement

En préambule à la séance tumultueuse de dimanche, Juan Guaido avait affirmé disposer des votes nécessaires pour être réélu à la tête du Parlement, la seule institution contrôlée par l'opposition, et donc continuer à se prévaloir du statut de président par intérim.

Mais dès le début de la matinée, le quartier autour du palais législatif a été bouclé par les forces de l'ordre. Quelques députés et journalistes ont pu rentrer au compte-gouttes, ce qui ne fut pas le cas de plusieurs dizaines d'élus, dont Juan Guaido. À l'intérieur du bâtiment, la minorité chaviste, qui a pu entrer sans difficulté, a demandé que la séance s'ouvre sans attendre et qu'un nouveau président soit élu, détaille notre correspondant à Caracas, Benjamin Delille.

Ils ont été rapidement rejoints par toute une faction dissidente de l'opposition, qui a proposé le député Luis Parra comme alternative à Juan Guaido qu'ils accusent d'avoir échoué à renverser le gouvernement. Des députés d'opposition pro et anti-Guaido en sont alors venus aux mains et c'est au milieu de ce chaos qu'un vote à main levée a été lancé pour élire Luis Parra.

Dehors, Juan Guaido a tenté de forcer les barrages policiers avant d'être violemment repoussé. « Aujourd'hui, ceux qui empêchent la légitime installation du Parlement vénézuélien se rendent complices de la dictature et de ceux qui oppriment le peuple vénézuélien », a-t-il déclaré sur Twitter. 

« Les actions désespérées de l'ancien régime de Maduro, empêchant illégalement par la force Juan Guaido et les députés de la majorité de l'Assemblée nationale du Venezuela d'entrer dans le bâtiment, font du "vote" de ce matin (...) une mascarade », a dénoncé dans un tweet le secrétaire d'État adjoint américain chargé de l'Amérique latine, Michael Kozak.

Juan Guaido s'est autoproclamé président par intérim le 23 janvier 2019, qualifiant Nicolas Maduro d'« usurpateur » en raison de la présidentielle de 2018 qui lui avait permis de se maintenir au pouvoir. En un an, Juan Guaido n'a toutefois pas atteint son objectif de « mettre fin à l'usurpation » et d'organiser une présidentielle « libre et transparente ».

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.