Accéder au contenu principal
Inde-Pakistan/Diplomatie/Terrorisme

Reprise du dialogue entre l’Inde et le Pakistan

Hina Rabbani Khar, la ministre pakistanaise des Affaires étrangères, au forum de l'Asean, à Bali, le 23 juillet 2011.
Hina Rabbani Khar, la ministre pakistanaise des Affaires étrangères, au forum de l'Asean, à Bali, le 23 juillet 2011. Reuters/Murdani Usman

Hina Rabbani Khar, la nouvelle chef de la diplomatie pakistanaise, se rend à New Delhi pour la reprise des discussions après un refroidissement dû à l'attentat de Bombay, en 2008. Le départ des soldats étrangers d’Afghanistan, la dégradation des relations entre les Etats-Unis et le Pakistan suite à l’exécution d’Oussama ben Laden et l’excellent climat des relations Washington-New Delhi, donnent le contexte géostratégique de cette visite.

Publicité

Hina Rabbani Khar, la nouvelle chef de la diplomatie pakistanaise, vient d’être nommée dans ses nouvelles fonctions cinq mois après la démission de son prédécesseur Shah Mehmood Qureshi. Pour des raisons protocolaires, il fallait absolument pourvoir le poste afin d’honorer ce rendez-vous de New Delhi et y envoyer un émissaire du même niveau de représentation que l’interlocuteur indien, S. M. Krishna, chef de la diplomatie indienne.

Hina Rabbani Khar n’est pas une débutante, ni dans la fonction, ni en politique. C’est une diplomate : elle occupait jusqu’alors la fonction de secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères. Et c’est une femme politique dont l’engagement remonte à l’époque du règne du général-président Pervez Musharraf qu’elle soutient avant de rejoindre le Parti du peuple du Pakistan lorsque cette formation politique accède au pouvoir, en 2008.

Une femme désignée à un poste capital, c’est bon pour l’image d’un pays, surtout lorsqu’il a, comme le Pakistan, une réputation sulfureuse. Sauf qu’au Pakistan, non seulement une femme politique ce n’est pas exceptionnel mais, homme ou femme, il n’est pas sûr que ce soit le titulaire du poste qui assume véritablement la fonction.

D’ailleurs l’anthropologue Georges Lefeuvre, spécialiste de la société pakistanaise, note que la presse pakistanaise qualifie Madame Khar de « poids plume ». Selon cet expert, la nouvelle et jeune ministre (elle a 34 ans) est très encadrée par le pouvoir exécutif ; sans compter le poids de l’administration militaire qui reste considérable dans l’activité diplomatique pakistanaise en raison de son caractère hautement stratégique dans le contexte de guerre aux frontières. Georges Lefeuvre rappelle à cet égard qu’en son temps, la Première ministre Benazir Buttho, assassinée en décembre 2007, n’avait pas pu visiter les installations nucléaires de son pays. Aucun acte de la diplomatie pakistanaise, explique-t-il encore, n’échappe à la vigilance du chef d’état-major des armées, le puissant général Ashfaq Parvez Kayani.

Islamabad-Washington : l’ambiguïté

Le Pakistan est en effet un pays plongé dans une situation compliquée et dangereuse, entre les guerres qu’il mène à ses frontières, le terrorisme qui continue de tuer plusieurs milliers de personnes chaque année et la complexité de ses relations avec ses propres amis. En l’occurrence, entre Islamabad et Washington, les rapports se sont profondément dégradés au cours de ces derniers mois, en particulier depuis l’exécution du chef d’al-Qaïda Oussama ben Laden, au mois de mai 2011. Et on s’interroge donc sur la question de savoir si Hina Rabbani Khar sera à la hauteur de la situation, malgré ses qualités et celles des diplomates pakistanais, même si, en dernière analyse, c’est le général Kayani qui prend la décision, comme le confirme le chercheur du CNRS Jean-Luc Racine.
 

Wiki Commons

En réalité, entre Pakistanais et Américains, la relation est bien plus forte qu’il n’y paraît. Leur alliance a été forgée du temps de l’invasion soviétique (1979-1989). Il y avait alors la nécessité d’armer des miliciens islamistes capables d’entraver la marche de l’armée Rouge sur les « mers chaudes ».

Cependant, malgré le rapprochement spectaculaire de Washington avec l’Inde, malgré les doutes américains sur la loyauté de leur allié pakistanais, malgré le soutien de l’Inde à la guerre américaine contre le terrorisme (et en particulier son aide économique et financière au gouvernement afghan d’Hamid Karzaï, qui produit évidemment chez les Pakistanais le sentiment d’une volonté de les encercler), ni Washington ni Islamabad ne veulent renoncer à ce partenariat bancal de l’un avec l’autre. Ce qui offre, au final, un spectacle marqué par une profonde ambiguïté.

Jean-Luc Racine souligne à la fois la rhétorique antiaméricaine et l’étroitesse des liens entre Washington et Islamabad attestée par les consultations bilatérales permanentes entre les deux capitales, tant au niveau politique et militaire, qu’au niveau des services de renseignement. Jean-Luc Racine estime que tant qu’Islamabad ne sortira pas du « paradigme qui fait de l’Inde l’ennemi intime du Pakistan », aucune évolution ne sera possible et Islamabad demeurera dans une position inconfortable.

Pacifier le « Pashtounistan »

On en revient donc toujours à cet axe central de la politique régionale : la géopolitique de l’Asie du Sud est déterminée par le conflit indo-pakistanais.

Oui, mais pas seulement. Le Pakistan est en effet un pays assiégé sur deux fronts : d’une part le front Est, bien connu (Inde-Cachemire) et d’autre part un front Ouest ; il est formé par les zones tribales et la frontière avec l’Afghanistan qui ne reconnaît pas ce tracé de frontière issu de l’éclatement de l’Empire des Indes britanniques : c’est la fameuse « ligne Durand ». Elle sépare en deux entités territoriales une nation peuplée par un seul et même peuple - les Pashtouns - qui n’acceptent toujours pas la division arbitraire conçue par l’ex-pouvoir colonial.

Et selon l’anthropologue Georges Lefeuvre, c’est l’un des enjeux des discussions qui vont reprendre mercredi 27 juillet à New Delhi : soulager le front Est, pour renforcer sa profondeur stratégique à l’Ouest, avec pour objectif lointain de pacifier le « Pashtounistan ». C’est donc une rencontre formelle qui est sur le point de se tenir ce 27 juillet à New Delhi. Petite rencontre ardemment souhaitée par les protagonistes, comme l’a montré la prudence des commentaires qui, tant à New Delhi qu’à Islamabad, ont accompagné ces dernières semaines les nouveaux attentats de Bombay.

Archives :
Attentats de Bombay en 20008 : l'Inde accuse les services de renseignement du Pakistan
http://www.rfi.fr/asie-pacifique/20100714-attentats-bombay-inde-accuse-services-renseignement-pakistan

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.