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Corée du Sud

La Corée du Sud inaugure un «pont anti-suicides»

Le parapet anti-suicides du pont de Mapo, doté de capteurs et recouvert de photos qui évoquent «les petits bonheurs de la vie quotidienne». En arrière-plan, le quartier financier de Yeouido.
Le parapet anti-suicides du pont de Mapo, doté de capteurs et recouvert de photos qui évoquent «les petits bonheurs de la vie quotidienne». En arrière-plan, le quartier financier de Yeouido. RFI / Frédéric Ojardias

La Corée du Sud est le pays où le taux de suicide est le plus important au monde. Désemparées face à cette tendance récente qui frappe surtout les personnes âgées qui se considèrent comme un fardeau pour leur famille, les autorités tentent de mettre en place plusieurs dispositifs de dernier recours. Un « pont anti-suicides » a ainsi été inauguré dans la capitale Séoul.

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De notre correspondant à Séoul,

« Il y a une décennie, le taux de suicide en Corée du Sud était similaire à celui des autres pays industrialisés. En dix ans, il a plus que doublé », s’alarme le psychiatre Ha Kyoo-seob, président de l'Association coréenne de prévention du suicide. En 2010, 31,2 Sud-Coréens sur 100 000 ont mis fin à leurs jours. C’est un taux 2,6 fois plus élevé que la moyenne des pays de l’OCDE, très loin devant le Japon (19,7) ou la France (13,8).

Première cause de mortalité des moins de 40 ans, le fléau frappe particulièrement les personnes âgées : le taux de suicide des plus de 70 ans est près de trois fois plus élevé que chez les 20-30 ans. Dans les campagnes frappées par l’exode rural, ce taux explose. Il a même poussé les autorités à rendre illégale la production et la possession de Gramoxone, un désherbant utilisé comme poison.

Le développement économique spectaculaire du pays, l’un des plus pauvres de la planète devenu en quelques décennies la 13e économie mondiale, s’est accompagné d’un bouleversement du modèle familial traditionnel et des valeurs sociales. L’obsession nationale pour la réussite matérielle impose à chaque individu, dès l’enfance, une intense pression scolaire puis professionnelle. « Depuis la crise financière asiatique de 1997, la polarisation économique et la précarisation sociale se sont accrues. Le stress psychologique aussi. Mais parmi ceux qui souffrent de dépression, très peu viennent consulter, de crainte d’être stigmatisés », regrette Ha Kyoo-seob.

Des conseils pratiques pour mettre fin à ses jours

Signe de cette désespérance croissante, selon le quotidien Chosun Ilbo, le nombre de sites internet qui donnent des conseils pratiques pour mettre fin à ses jours a été multiplié par dix en trois ans. Il y en aurait plus de 10 000. « Les Coréens sont hypersensibles au regard des autres, ajoute Shim Hana, doctorante sud-coréenne à l’Ecole des hautes études en sciences sociales à Paris. Les critères de réussite sont très stricts et sont intégrés en profondeur par chaque individu. La société - ce qui inclut famille et amis - fait clairement comprendre à ceux qui ne les remplissent pas qu’ils sont des 'loosers' ».

Quant aux générations les plus âgées, elles souffrent de la quasi-absence de système de protection sociale. Conséquence de l’éclatement du modèle familial, les seniors autrefois pris en charge par leurs enfants sont de plus en plus perçus comme des fardeaux. « Par exemple, même les publicités pour les assurances-vie soulignent que ce qui compte, c’est l’argent, remarque Shim Hana. Ces pubs font nettement sentir aux seniors qu’ils coûtent très cher à leur famille ».

Coïncidence, c’est justement une grande compagnie d’assurance qui a financé la totalité des dispositifs d’un « pont anti-suicides », un projet inauguré fin septembre par la municipalité de Séoul. Le pont de Mapo, situé près du quartier financier de la capitale, détient un sordide record : de ses balustrades ont sauté dans le fleuve le plus grand nombre de Séouliens.

Capteurs et mots de réconfort

Le parapet anti-suicide du pont de Mapo. Le téléphone est directement relié à un centre d’appel et de prévention. Sur la balustrade, on peut lire : «essaie encore un peu».
Le parapet anti-suicide du pont de Mapo. Le téléphone est directement relié à un centre d’appel et de prévention. Sur la balustrade, on peut lire : «essaie encore un peu». RFI / Frédéric Ojardias

Ses deux parapets ont donc été équipés de capteurs. Quand un candidat au suicide s’approche, ils s’illuminent, mettant en valeur des mots de réconforts ainsi que des photos censées évoquer les petits bonheurs de la vie quotidienne. Des téléphones reliés à un centre d’appel anti-suicides ont été installés. Deux statues, qui montrent un homme en train d’en réconforter un autre, ont été posées.

« Si nous installions des murs suffisamment hauts pour empêcher les suicides, les gens iraient juste sauter à partir d’un autre endroit », explique Lee Ducky, responsable de la gestion des ponts de Séoul. « Nous cherchons plutôt à les faire changer d’avis, en leur montrant des photos et des textes touchants qui font appel à leurs émotions ». En cas de succès, ces dispositifs seront étendus l’année prochaine à tous les ponts de la capitale.

La municipalité a déjà fait installer des portes anti-suicides dans toutes ses stations de métro. Quant au gouvernement, il a adopté fin 2011 une législation qui prévoit des enquêtes nationales sur le sujet et de nombreuses activités de prévention. Mais au Centre coréen de prévention du suicide, on regrette que le budget alloué à ces efforts reste famélique : « Il sera de 1,6 millions d’euros l’année prochaine, alors que le Japon consacre annuellement 200 millions d’euros au problème ».

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