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Chine

Année du serpent dans une Chine en transition

La Chine et une grande partie de l’Asie fêteront le week-end des 9 et 10 février 2013 l’entrée dans l’année du serpent.
La Chine et une grande partie de l’Asie fêteront le week-end des 9 et 10 février 2013 l’entrée dans l’année du serpent. REUTERS/Bobby Yip

La Chine et une grande partie de l’Asie fêtent, les 9 et 10 février 2013, leur entrée dans l’année du serpent. Après le dragon extraverti et menaçant, la Chine va-t-elle muer, se faire discrète et œuvrer dans l’ombre pour mettre en place les réformes promises par son nouvel éxécutif ? Comme Mao, Xi Jinping est né sous le signe du serpent, insiste la presse. Le futur président annonce déjà des changements et un nouveau style.

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De notre correspondant à Pékin,

Les haut-parleurs crachotent les chants traditionnels de chunjie (« fête du printemps »), célébrant le changement d’année lunaire. Mais les vendeurs n’ont pas le cœur à sourire. Sur les étals du marché aux fleurs de Madian au nord de Pékin, le rouge carmin des pruniers du nouvel an et les grandes orchidées papillon ne trouvent pas preneurs. En cause : la nouvelle Chine de Xi Jinping ! Parmi les bonnes résolutions pour la nouvelle année, le nouveau secrétaire général du Parti communiste chinois - qui deviendra président en mars - s’est lancé dans une chasse aux fastes inutiles et aux gaspillages.

Timbre du serpent.
Timbre du serpent. DR

Le serpent et les requins

Parmi les mesures annoncées lors d’une réunion du comité de développement et de la réforme : une limitation des traditionnels cadeaux de nouvel an offerts officiellement dans chaque danwei, les « unités de travail » en Chine. « Ca ne marche pas très bien cette année, affirme Li Junan. A la même époque l’an passé, il y avait beaucoup plus de monde sur le marché, poursuit cette vendeuse. Xi Jinping a demandé aux gens de moins dépenser pour les cadeaux, donc même les ventes de fleurs fraîches ont diminué. »

Finies les compositions florales démesurées. Finis aussi la soupe au requin et les menus gargantuesques lors des dîners officiels. Les cadres ainsi que les dirigeants sont désormais invités à donner l’exemple. On a vu l’année dernière le futur Premier ministre chinois Li Keqiang partager un bol de nouilles instantanées avec des travailleurs migrants. La semaine dernière, lors de son déplacement dans la province du Gansu, Xi Jinping s’est contenté de quatre plats et d’une soupe pour le déjeuner, rapporte la télévision centrale de Chine. Selon le Quotidien du Peuple, 200 milliards de yuan de nourriture (plus de 24 milliards d’euros) seraient gaspillés chaque année en Chine, dont 80% lors des repas officiels.

Changement d’image

Samedi, les Chinois diront donc adieu au tempétueux dragon. Dimanche, ils fêteront en famille le changement de lune et l’entrée dans l’année du serpent. Depuis déjà une semaine, bus, trains et avions font le plein. Ce vendredi, la capitale s’est vidée d’une grande partie de ses habitants. Adieu les bouchons et la pollution, au moins pour quelques jours !

Les couloirs du métro de la station Wudakou, desservant les universités au nord de la capitale, débordaient il y a encore trois jours d’usagers transformés en bonhommes culbuto, doudoune et gros anorak de mise pour affronter les -8° au thermomètre. Mais les étudiants ont été les premiers à partir et désormais les allées de Tsinghua ressemblent à un cimetière de vélos. Les bicyclettes ont été fauchées par le vent de l’hiver et personne n’est là pour les relever, nous explique Wu Guanying.

Wu Guanying.
Wu Guanying. Stéphane Lagarde/RFI

Monsieur Wu est professeur à l’Institut des arts de Tsinghua. C’est généralement lui qu’on appelle quand il s’agit de donner une image gentille de la Chine. Wu Guangying a été choisi parmi une dizaine de dessinateurs pour réaliser le timbre du zodiac, tradition de la poste chinoise. On est, là encore, loin du dragon fumant et fumace de l’année dernière. Le serpent 2013 est rouge et tatoué avec des fleurs : « Chez nous, le serpent est gentil, explique l’artiste, et dans le nord du pays, il représente la richesse. L’astrologie en Chine est aussi une représentation des relations entre l’homme et la nature. Les fleurs symbolisent les saisons : la fleur du pêcher pour le printemps, le lotus pour l’été, la chrysanthème pour l’automne et la fleur du prunier pour l’hiver. »

Le professeur Wu à visiblement le croquis débordant. Ses dessins sont accrochés partout sur les murs de son atelier. Tour Eiffel miniature, puzzle de 5 000 pièces, ours en peluche… De ce véritable bric-à-brac sont sorties les fuwa, les mascottes rigolotes des Jeux olympiques de 2008. Monsieur Wu a aussi été appelé pour réaliser le timbre de l’année du lapin. Son bébé tigre aux bras croisés a en revanche été refusé. Ce timbre du zodiac, premier de l’année, est aussi l’un des plus prisé par les fidèles amateurs. Entre 80 et 100 millions de serpents rouges à fleurs devraient ainsi fleurir sur le dos des cartes de vœux et sur les enveloppes cette année, selon la poste chinoise.

Promesses de réformes

Le futur président Xi Jinping.
Le futur président Xi Jinping. 路透社

L’heure est donc aux bons vœux et aux promesses. Le régime soigne son image. Comme Mao, le futur président Xi Jinping est né sous le signe du serpent, souligne la presse officielle ce vendredi, manière de marquer l’évidence de l’entrée en fonction d’un dirigeant qui n’a pas l’appui du suffrage universel. Selon L’Almanach pratique du siècle de Lv Yingzhong, « les personnes du signe du serpent ont l’air très calmes en apparence, mais elles sont pleines de passion à l’intérieur. Elles aiment les défis et rempliront bien leurs tâches », ajoute ce chercheur taïwanais repris par les sites d’information en ligne. Promesses de mutation ? Depuis sa nomination au poste de secrétaire général du PC, Xi Jinping a multiplié les signes. Il a notamment choisi Shenzhen, dans le Sud, pour son premier déplacement. C'est de là qu'a été lancée la politique de réforme et d’ouverture, il y a plus de trente ans.

Un homme qui parle de « renaissance chinoise » dans ces discours affirme vouloir s’appuyer davantage sur la Constitution et promet de frapper « les mouches et les tigres », autrement dit les petits cadres corrompus mais aussi les dirigeants. La volonté sera-t-elle suffisante face aux groupes d’intérêts (institutions, entreprises publiques et grandes familles rouges des anciens révolutionnaires qui ont acquis un patrimoine et un pouvoir considérable dans la société chinoise) ? La justice, la presse et plus généralement la société civile pourront-elles enfin jouer le rôle de contre-pouvoir qui leur a été confisqué par l’appareil d’Etat ?

Il est clair que Xi Jinping agit en rupture avec l'ère de Hu Jintao.

2013, année de transition et de réformes pour la Chine ? Les historiens rappelleront que le Printemps de Pékin, en 1989, est tombé en pleine année du serpent.

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