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Bangladesh

BRAC, l'ONG du Bangladesh aussi puissante qu'un État

Dans la «cabane des naissances», située en pleine coeur du grand bidonville de Korail, à Dacca. Une auxiliaire obstétricienne de BRAC donne les derniers conseils à ces femmes enceintes du quartier, qui vont accoucher ici dans quelques jours.
Dans la «cabane des naissances», située en pleine coeur du grand bidonville de Korail, à Dacca. Une auxiliaire obstétricienne de BRAC donne les derniers conseils à ces femmes enceintes du quartier, qui vont accoucher ici dans quelques jours. LUC SANTI

Son nom est relativement inconnu et pourtant, elle est la plus grande ONG du monde. BRAC emploie plus de 120 000 employés, dans 11 pays d'Afrique ou d'Asie. Mais à la grande différence des autres organisations de cette taille, elle n'est pas occidentale. BRAC est née au Bangladesh. Depuis 40 ans, elle a ainsi offert une éducation primaire à près de 5 millions d'enfants bangladais et fait chuter la mortalité maternelle en ouvrant des centres d'accouchement dans les bidonvilles. Récompense de ces efforts : le magazine spécialisé Global Journal vient de la classer comme la meilleure ONG du monde.

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A première vue, la maison ne paie pas de mine : elle se compose de deux petites pièces simplement meublées, aux murs extérieurs en tôle ondulée. Sa petite porte d'entrée est perdue dans les allées du gigantesque bidonville de 50 000 habitants de Korail, à Dacca. Mais celles qui en ont besoin, les femmes enceintes, trouvent sans problème cette porte d'entrée.

Ce matin, onze d'entre elles, le ventre rond et mûr, sont assises par terre et reçoivent les conseils d'une auxiliaire en obstétrique. Toutes sont enceintes d'environ neuf mois et ont suivi le programme « Manoshi » d'accompagnement de la grossesse de BRAC. Ces femmes de milieu pauvre et souvent illettrées ont ainsi été guidées pendant cette période délicate, depuis les restrictions alimentaires à respecter jusqu'aux suivis médicaux essentiels. Mises ainsi en confiance, elles reviendront dans quelques jours accoucher dans de bonnes conditions sous le toit de cette petite maison appelée « la cabane des naissances ».

Le succès de ce programme, destiné à réduire le nombre d'accouchements risqués à domicile, réside dans le fait qu'il se fond dans la communauté de ce bidonville : « Ces femmes ne vont en général pas accoucher à l'hôpital car elles ont peur d'y perdre leurs repères et parce qu'elles n'ont pas confiance dans les médecins modernes comme moi », explique le docteur Rumel, obstétricien et superviseur du projet pour BRAC. « Nous avons donc décidé d'amener les maternités dans leur quartier et de les créer dans des maisons qui ressemblent à celles où elles vivent. Et là, nous employons des sages-femmes traditionnelles ».

Une formule efficace

Ces dernières reçoivent pour cela une formation de six à dix jours pour perfectionner leur savoir traditionnel, qui consiste surtout à corriger leurs mauvais gestes. Ces sages-femmes, recrutées comme semi-bénévoles sur recommandation de la communauté, servent également de « vigiles de santé » et sont incitées à le faire car elles reçoivent une rémunération pour chaque femme enceinte qu'elles font entrer dans le programme ou qu'elles font accoucher dans cette maternité.

La formule se révèle efficace : depuis 2007, BRAC a ouvert 389 « cabanes de naissance » au Bangladesh, et dans les quartiers concernés, seulement 15% des accouchements sont à présent réalisés à domicile, contre 80% auparavant. Ces femmes se rendent aujourd'hui soit dans les maternités de BRAC, soit à l'hôpital pour les cas les plus sensibles. Enfin, la mortalité maternelle dans ces quartiers a été divisée par deux en cinq ans.

Ce programme n'est que l'un des derniers mis en place par BRAC, une ONG devenue un Etat dans l'Etat depuis sa création au Bangladesh en 1972. Son empreinte se fait sentir à chaque étape de la vie de ses habitants les plus défavorisés, depuis la crèche jusqu'aux premiers emprunts de microcrédit, en passant par l'installation de toilettes dans les villages ou l'assistance juridique.

« La meilleure ONG du monde »

L'impact de son action donne le vertige : dans ce pays de 150 millions d'habitants, BRAC forme 1,1 million d'enfants par an dans 38 000 écoles et emploie 100 000 auxiliaires de santé dans les villages. Le tout génère 3% du produit national brut du Bangladesh, et les profits engendrés à travers les prêts ou la vente de produits artisanaux alimentent les autres programmes : 70% de l'activité de BRAC est autofinancée. Une approche révolutionnaire du développement qui a été récompensée en janvier par le magazine suisse Global Journal, qui a désigné BRAC comme la meilleure ONG du monde.

« L'innovation est essentielle pour nous. Donc nous faisons remonter toutes les idées que nous pouvons du terrain et ensuite nous les améliorons grâce à un centre de recherches avancées », explique Mushtaque Chowdhuri, le vice-président de BRAC, depuis les hauteurs de la tour de 20 étages, surplombant Dacca, qui sert de siège à l'ONG. Cet ancien coordinateur de l'ONU pour une partie des objectifs du Millénaire cite comme exemple la mise en place du plus grand programme de réhydratation orale lancé par BRAC dans le années 80 et qui a permis de réduire drastiquement les cas de diarrhées au Bangladesh. Le secret fut alors simplement d'enseigner aux familles à réaliser des boissons hydratantes à partir de sel ménager.

Le défi de BRAC sera maintenant de renouveler ce même succès en dehors de son Bangladesh natal. Depuis 2006, cette multinationale du développement s'est étendue dans cinq pays d'Afrique – en Tanzanie, Ouganda, Sierra Leone, Liberia et Soudan du Sud – avec des programmes de formation agricole et de micro-crédit. « En Afrique, nous avons dû prouver que de grandes ONG du Sud peuvent faire du bon travail. Et nous sommes en train d'y arriver, conclut M. Chowdhury. Aujourd'hui, BRAC détient le plus grand programme de microcrédit en Ouganda. 

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