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Chine / France

Marie Holzman: «La dictature, en Chine, est une dictature assumée»

Pour sa première visite d’Etat en Chine, François Hollande a axé sa visite principalement sur l’économie, écartant, de fait, les aspects plus politiques et les questions des droits de l’homme. Marie Holzman, spécialiste de la Chine contemporaine et présidente de l’association Solidarité Chine, plaide pour un abord franc de ces questions : « Il faut engager la Chine et, en même temps, dire les choses comme elles sont. »

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RFI : Le président français a choisi de placer sa visite en Chine sous l’axe économique. En tant que spécialiste de la Chine, cela vous semble être une bonne stratégie, de ne pas froisser d’entrée de jeu les autorités chinoises avec des dossiers qui fâchent ?

Marie Holzman : Oui, évidemment. Nos relations économiques entre la Chine et la France sont très importantes. Entre l’Europe et la Chine encore plus. Donc il ne faut pas se leurrer, la base de cette relation franco-chinoise, c’est quand même l’économie. Nous avons énormément à leur proposer, que ce soit le nucléaire, la gestion de l’eau, les vins de luxe, les parfums, etc.

Donc, nous cherchons des marchés et des débouchés. Les Chinois, eux, cherchent des endroits où s’investir et où vendre leurs produits. C’est ce qui fait la trame de la relation. Cela ne devrait pas empêcher, évidemment, le gouvernement, le président François Hollande et toute sa suite, d’évoquer les problèmes des droits de l’homme, mais je crois qu’aujourd’hui il faut les évoquer en tant que vision du monde.

Qu’est-ce que nous souhaitons pour nos populations ? Qu’est-ce que nous souhaitons en termes de santé alimentaire ? Un air pur ? Une sécurité des citoyens ? Ou acceptons-nous les principes de la violence et de la dictature ? Je crois que c’est en ces termes-là qu’il faut voir les choses.

Sur cette question des droits de l’homme, quel dossier doit, selon vous, aborder François Hollande en priorité ?

Je crois que, fondamentalement, c’est celui de la société civile chinoise. Pour le moment, cette société civile est constamment muselée, massacrée, réprimée, et empêchée de s’exprimer dans sa diversité. C’est aussi dans ce contexte-là que le problème tibétain a pris des proportions épouvantables. Nous avons encore eu trois immolations par le feu dans cette seule semaine.

Cette société civile, et ceux qui luttent pour la démocratie, comment perçoit-elle cette visite, selon vous ?

Je crois que les Chinois ont maintenant assez peu d’illusions par rapport à la France. Je crois qu’ils ont été déçus successivement par Jacques Chirac - qui a reconnu l’existence de « valeurs asiatiques » qui seraient différentes des valeurs universelles - et par Nicolas Sarkozy, qui a un petit peu dit tout et le contraire. Et maintenant, j’ai l’impression que l’on n’attend plus grand-chose de François Hollande. Il faut donc qu’il les surprenne.

Il y a Liu Xiaobo, le Prix Nobel de la Paix, toujours emprisonné. Il y a l’artiste Ai Weiwei, privé de passeport. Comment, selon vous, François Hollande peut-il manœuvrer, sans être accusé d’ingérence ?

Dans ce cas de figure, je crois qu’il faut adopter une attitude relativement naïve. Il faut dire : nous avons beaucoup d’amateurs d’Ai Weiwei dans notre pays. Nous aimerions l’inviter pour une exposition. Voilà. Il faut poser la question comme ça, avec beaucoup de simplicité. Et je crois que ça, ça peut, peut-être, marcher.

Dans le cas de Liu Xiaobo, là, je crois, hélas, qu’il faut faire honte à la Chine. Dire que ce n’est pas en son honneur de garder en prison le seul Prix Nobel du monde emprisonné à l’heure actuelle. Il n’y a pas un seul Prix Nobel nulle part, sauf en Chine, qui soit en prison.

Parmi les autres dossiers qui pèsent également sur la bonne entente bilatérale, il y a la question des visas, et la lenteur dans les procédures pour les étudiants chinois qui souhaitent venir en France. Là-dessus quelle est votre position ?

La question des visas est assez douloureuse, parce qu’effectivement, les étudiants chinois viennent en masse en France. Un grand nombre d’entre eux sont tout à fait légitimes et doivent pouvoir venir. Un petit nombre trichent sur les diplômes, sur l’achat des passe-droits, etc. Je crois que c’est cela qui a rendu, justement, ce processus pénible. Du coup, il y a eu délocalisation de la délivrance des visas, en dehors des consulats. Tout cela donne lieu à des négociations de type plutôt commerciales, qui me paraissent inquiétantes.

Vous parliez tout à l’heure de la répression au Tibet, qui se poursuit. Nicolas Sarkozy, en son temps, avait pris position là-dessus. Finalement, cela n’avait pas été si productif que cela...

Non, parce que je crois que lorsqu’on lance un ultimatum à quelqu’un, en fait on lance un boomerang. Si vous dites : je n’irai pas en Chine avant que vous repreniez les négociations avec le Dalaï Lama – ce qu’avait fait Nicolas Sarkozy - et que vous allez quand même en Chine, alors que les négociations n’ont pas repris, c’est vous qui vous prenez le boomerang dans la tête. C’est un très mauvais langage. Il faut engager la Chine et en même temps dire les choses comme elles sont, sans mettre d’ultimatum.

Le fait que François Hollande arrive peu après un changement d’équipe à la tête du Parti communiste et de l’Etat chinois, cela peut être un atout pour les relations futures entre les deux pays ?

Peut-être. On dit que François Hollande est le premier grand président que rencontre Xi Jinping. C’est peut-être bon signe. C’est qu’effectivement, on accorde quand même à la France une position respectable. Il faut espérer qu’il n’en sorte que de bonnes choses.

Que les questions de droit de l’homme soient abordées ou non, on a un peu l’impression que les autorités chinoises ne bougent pas d’un iota. Comment faire ?

J’avoue que c’est ce qui nous désespère. Malheureusement, cela désespère aussi tous les observateurs chinois qui sont condamnés à l’exil et vivent parmi nous en France, en Allemagne, en Amérique, et qui se posent exactement cette question.

La dictature, en Chine, est une dictature assumée. En quelque sorte, ils nous disent : « Oui, nous matraquons, nous tuons, nous emprisonnons. Et alors ! » Et effectivement, quand ils nous disent : « Et alors ! » Qu’est-ce que l’on répond ?

Je crois que la seule réponse qu’on puisse apporter, systématiquement, c’est que les valeurs universelles restent universelles. A partir du moment où ils ont accepté d’entrer dans l’Organisation du mondial du commerce (OMC), dans l’Onu et qu’ils font partie de cette planète, ils doivent œuvrer avec nous au bien-être du monde entier. Et pas seulement au bien-être de l’élite dirigeante de la Chine.

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