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Bangladesh

Bangladesh: l'industrie textile forcée de se réformer

Une manifestation en soutien aux travailleurs textiles du Bangladesh, à Manille, aux Philippines, le 9 mai dernier.
Une manifestation en soutien aux travailleurs textiles du Bangladesh, à Manille, aux Philippines, le 9 mai dernier. REUTERS/Romeo Ranoco

Un mois après l'effondrement du bâtiment du Rana Plaza, qui a coûté la vie 1127 personnes, les travailleurs du textile de dizaines d'usines continuent à manifester pour demander de meilleures conditions de travail. Le pays est devenu, en quelques années, le deuxième atelier textile du monde, en partie grâce à ses salaires extrêmement bas et son laxisme sur les conditions de sécurité. Une situation dénoncée aujourd'hui de par le monde, et qui devra changer si le Bangladesh veut sauver une industrie qui représente 15% de son PIB.

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Une camionnette jaune surgit bruyamment dans une petite allée du quartier de Motijheel, au centre de Dacca. Elle s'arrête devant le local de la Fédération nationale des syndicats du textile. De la remorque descendent une vingtaine d'ouvriers en colère. Mohammed , un jeune homme, mène le groupe.

Il sort son téléphone portable et commence à faire défiler plusieurs photos qu'il commente d'une voix furieuse : « Regardez ces fissures ! Elles se trouvent sur le plafond de la salle des machines de notre usine, ou près de l'ascenseur. Il y en a au moins neuf comme celles-là. J'ai demandé au patron de faire quelque chose, mais il m'a proposé beaucoup d'argent pour me faire taire. Mais je ne pouvais pas accepter, car je dois aussi penser à la vie des autres. »

Tous ces couturiers travaillent dans l'usine Stitchwell, qui emploie 1200 ouvriers, et produit des milliers de vêtements par mois pour de grandes marques, comme Zara (filiale du groupe Inditex). Leur direction affirme que ces failles ne sont pas dangereuses, mais depuis l'écroulement du Rana Plaza, dont quatre des neuf étages avaient été construits illégalement, les ouvriers du textile n'ont plus confiance. Au Rana Plaza aussi, les patrons avaient assuré que les failles du bâtiment n'étaient pas importantes.

Dix à quatorze heures par jour, six à sept jours par semaine

Cette tension révèle surtout que ces ouvriers ne supportent plus leurs conditions misérables de travail. Nina, une couturière de 30 ans, a l'air complètement exténuée. Comme la plupart de ses collègues, elle doit rester courbée sur sa machine pendant dix à quatorze heures par jour, de six à sept jours par semaine, pour un salaire de 49 euros par mois - un revenu inférieur à celui d'un pédaleur de vélo-taxi à Dacca.

« Nous n'avons pas le droit de nous lever en dehors de la pause-déjeuner, et on m'a même retiré une journée de salaire pour avoir parlé à une collègue », confie-t-elle. « Dernièrement, j'ai de très fortes migraines, et je ne peux plus supporter le bruit des machines. Mon docteur m'a dit de me reposer pendant un mois, mais la direction est venue me chercher au bout d'une semaine ».

La direction de Stitchwell ne nous a pas laissé entrer dans l'usine pour constater la gravité des failles, mais, au bout de deux jours d'appels répétés, Mr Taher, directeur adjoint de la société mère Patriot, a accepté de nous répondre : « Des ingénieurs sont venus et ils ont confirmé qu'il n'y avait pas de risque majeur. Il n'y a aucun problème et le travail n'a pas été interrompu », affirme M. Taher, alors que les ouvriers ont passé deux jours assis dans l'usine à faire grève.

Accord sur la sécurité des bâtiments

Depuis l'effondrement du Rana Plaza, des dizaines d'usines similaires, aux structures douteuses, ont été fermées par le gouvernement et une inspection générale a également été lancée par l'Association des producteurs et exportateurs de vêtements (BGMEA). Mais le vrai progrès devrait venir de l'accord sur la sécurité des bâtiments et contre les incendies, que 38 marques occidentales se sont engagées à signer.

Ce texte prévoit, pour la première fois, la mise en place d'inspections indépendantes des usines, contrôlées par les syndicats, et obligera les firmes occidentales à contribuer à toute réparation ou amélioration nécessaire. Enfin, ces marques seront légalement responsables en cas d'accident.

Une nouvelle culture sociale 

Ce nouveau système devrait également améliorer les conditions de travail dans les ateliers, car les ouvriers seront à présent libres de s'exprimer. « C'est une nouvelle culture sociale qui voit le jour », s'enthousiasme Kalpona Akter, directrice du Centre bangladais pour la solidarité des travailleurs, qui lutte pour l'adoption de cet accord depuis deux ans. « Le principe de ce texte est clair : étant donné que ces marques font des profits sur cette main-d'œuvre bon marché, elles doivent aussi être responsables de leur sécurité. Et si ce texte avait été signé il y a deux ans, le drame du Rana Plaza aurait pu être évité ».

Le salaire minimum dans l'industrie du textile du Bangladesh est de 30 euros par mois, pour 48 heures de travail, soit le salaire le plus bas du monde dans ce secteur. Ce revenu correspond au seuil international de pauvreté, établi à environ un euro par jour et par personne. Selon l'Institut de Nutrition de l'université de Dacca, il ne permettrait même pas à un ouvrier de se nourrir convenablement, sans parler d'entretenir sa famille.

Grâce aux heures supplémentaires et aux légères augmentations, le salaire moyen avoisinerait aujourd'hui les 40 euros. Suite aux violentes manifestations qui ont secoué le pays après l'effondrement du Rana Plaza, le gouvernement a ordonné la tenue de négociations entre les différentes parties, afin d'augmenter ce salaire de base d'ici à environ trois mois.

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