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DROITS DE L'HOMME

Prix Nobel de la paix 2014: des réactions entre fierté et critiques

L'Indien Kailash Satyarthi et la Pakistanaise Malala Yousoufzai, prix Nobel de la paix 2014.
L'Indien Kailash Satyarthi et la Pakistanaise Malala Yousoufzai, prix Nobel de la paix 2014. REUTERS/Darren Staples/Adnan Abidi/Montage RFI

La fierté est le sentiment qui domine en Inde et au Pakistan, au lendemain de l'attribution du Nobel de la paix à un duo de militants, à savoir l'Indien Kailash Satyarthi et la Pakistanaise Malala Yousafzai. Tous deux ont réagi à leur prix publiquement. Des voix discordantes se font néanmoins entendre dans les deux pays rivaux.

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Le concert d’éloges pour Malala se poursuit dans une bonne partie des médias pakistanais ce samedi, comme a pu le constater notre correspondante à Islamabad, Gaëlle Luciaa Berdou. On y rapporte les manifestations de joie qui ont eu lieu dans la région d’origine de la jeune lauréate, dans le nord-ouest du pays, où la nouvelle a été célébrée en chantant et en distribuant des sucreries.

Le Pakistan est donc fier de son premier Nobel de la paix. Selon l’un des principaux quotidiens en langue anglaise du pays, ce prix « donne à une nation avide de bonnes nouvelles et habituée aux crises une raison de célébrer ».

Des voix critiques malgré le prix

Pour plusieurs observateurs, cette consécration internationale pour le combat de Malala ne suffira néanmoins pas à faire taire les voix discordantes au Pakistan. Ils sont encore nombreux, ceux pour qui la cause de la jeune fille a été récupérée par l’Occident. Et puis, il y a les talibans, qui continuent de la menacer. A nous désormais, écrit donc un quotidien, de faire en sorte qu’elle puisse revenir au Pakistan en toute sécurité.

Si Malala fait la Une des quotidiens anglophones, dans les journaux en ourdou, la langue nationale, le sujet est généralement relégué en seconde place, derrière un grand rassemblement politique qui avait lieu vendredi soir au centre du pays, où sept personnes sont mortes dans une bousculade.

Malala Yousafzai lors de son intervention à Birmingham après l'annonce de sa victoire du prix Nobel de la paix 2014 conjointement avec l'indien Kailash Satyarthi. 10/10/14
Malala Yousafzai lors de son intervention à Birmingham après l'annonce de sa victoire du prix Nobel de la paix 2014 conjointement avec l'indien Kailash Satyarthi. 10/10/14 REUTERS/Darren Staples

Réaction émue de Malala à Londres

Malala Yousoufzai a réagi publiquement à la récompense qu’elle a reçue conjointement avec Kailash Satyarthi. La jeune fille de 17 ans s’est exprimée dans la bibliothèque de Birmingham, où elle habite. Elle était à l’école lorsqu'elle a appris la nouvelle.

Notre correspondant à Londres, Eric Albert, raconte que Malala Yousoufzai était en cours de chimie, en train d’apprendre l’électrolyse, quand sa directrice l’a appelée pour lui révéler qu’elle avait reçu le prix Nobel de la paix. Elle est ensuite restée en cours toute la journée, avant de finalement faire une déclaration étonnante de maturité et de calme.

« A travers mon histoire, je veux dire aux enfants du monde entier qu’ils doivent se battre pour leurs droits. Ils ne doivent pas attendre quelqu’un d’autre. Leur voix est puissante. C’est mon message aux enfants du monde entier : battez-vous pour vos droits. Ce prix est pour tous les enfants qui n’ont pas de voix, et dont il faut écouter la voix. Je parle pour eux et je suis à leurs côtés. Ils ont des droits. Ils ont le droit de recevoir une éducation de qualité. Ils ont le droit de ne pas souffrir du travail des enfants, de ne pas souffrir du trafic des enfants. Ils ont le droit de vivre heureux. »

« Qui est Kailash Satyarthi ? »

Cette question est posée vendredi par le Times of India, et reflète le sentiment de nombreux Indiens, relate notre correspondant à New Delhi Antoine Guignard. Le premier quotidien anglophone d'Inde soulignait en effet l'anonymat relatif du militant pour les droits de l'enfant, en comparaison à Malala Yousoufzai, dont l'histoire incroyable avait déjà fait le tour du monde. L'Indian Express a relevé de son côté que le comité Nobel avait décrit le travail de Kailash Satyarthi comme s'inscrivant dans « la tradition de Gandhi », notamment par les nombreuses manifestations pacifiques qu'il a menées ces 30 dernières années contre le travail des enfants.

Kailash Satyarthi en entretien avec la presse après l'annonce de son prix Nobel de la paix, le 10/10/14
Kailash Satyarthi en entretien avec la presse après l'annonce de son prix Nobel de la paix, le 10/10/14

Pour le Hindustan Times, « le prix Nobel unit l'Inde et le Pakistan ». Le quotidien et plusieurs autres notent ce samedi que l'attribution du prix à un Indien hindou, et à une Pakistanaise musulmane, est opportune, d'autant plus en ce moment, puisque l'on assiste à une escalade de la violence à la frontière indo-pakistanaise.

Pour l'Indian Express, le comité Nobel norvégien a voulu souligner une lutte commune contre l'extrémisme et pour l'éducation dans la région. Dans un entretien publié sur le site d'information indien First Post ce samedi, Kailash Satyarthi dit lui-même « espérer que le prix Nobel contribuera au rapprochement entre l'Inde et le Pakistan ».

D'ailleurs, Malala Yousoufzai et son co-lauréat ont choisi de lancer une invitation aussi politique que symbolique. Elle invitera le président pakistanais à la remise de son Nobel. Il en fera de même avec le Premier ministre indien. Ainsi, les représentants des deux pays ennemis accepteront-ils, peut-être, de se retrouver à Oslo, au nom de la paix dans le monde et des droits de l'enfant.


Le message le comité Nobel

Au-delà des deux récipiendaires, qui le Nobel de la paix récompense-t-il cette année ? Notre correspondant à Oslo, Grégory Tervel, donne quelques éléments de réponses.

« Un prix pour les enfants et les jeunes du monde entier », résume le message qu’a voulu adresser le comité Nobel norvégien. Son président, Thorbjorn Jagland, le confirme lui-même : « Nous avons voulu adresser un message d'espoir à tous les jeunes. Dans beaucoup de régions du monde, c'est le manque d'espoir dans l'avenir qui est à la base de l'extrémisme. Quand des jeunes gens sont exclus de la société, n'ont pas accès à l'éducation ou à l'emploi, sont exploités, alors ils peuvent trouver dans les réseaux terroristes un moyen de s'exprimer. »

Le président se réjouit surtout d’avoir pu associer la personnalité qui a le plus compté dans la lutte contre le travail des enfants, l’Indien Kailash Satyarthi, avec celle qui a éveillé les consciences sur leur accès à l’éducation, la Pakistanaise Malala Yousafzai.

« On a deux personnalités provenant de deux pays en conflit l’un contre l’autre, avec deux religions différentes qui ont souvent engendré de l’extrémisme. Dans le monde actuel, c’est un message très fort que ces deux personnes-là puissent travailler sur une même cause humanitaire. »

Jagland confirme également que le très jeune âge de Malala, 17 ans, a été un sujet de réflexion pour le comité. « Nous avons attendu de voir comment elle supporterait le fait d'être une star mondiale malgré son jeune âge. Nous avons vu cette année qu'elle s'en tirait très bien, ça nous a rendus plus confiants dans l’idée qu'elle pourrait supporter le poids du prix Nobel de la paix. »

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