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Afghanistan

La députée féministe afghane Shukria Barakzai échappe à un attentat

Les forces de l'ordre sécurisent la rue de Kaboul où s'est produite l'attaque-suicide contre la députée Shukria Barakzai, le 16 novembre 2014.
Les forces de l'ordre sécurisent la rue de Kaboul où s'est produite l'attaque-suicide contre la députée Shukria Barakzai, le 16 novembre 2014. REUTERS/Omar Sobhani

Shukria Barakzai est sortie vivante d’un attentat-suicide ce 16 novembre à Kaboul. L’attaque a tué trois personnes et en a blessé 22 autres, dont trois membres de la famille de la parlementaire, combattante du droit des femmes. Le président afghan, Ashraf Ghani, a fermement condamné l’attentat qui visait Shukria Barakzai.

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Elle dit qu’elle essaie seulement d’allumer une lumière d’espoir dans l’obscurité. Shukria Barakzai a été légèrement blessée lors de l’attaque qui la visait ce 16 novembre, à Kaboul. Le kamikaze qui a perpétré l’attentat circulait à bord d’une voiture blindée qui a coupé la route au véhicule de la députée pour la percuter et déclencher une très forte charge explosive. Celle qui est très engagée pour les droits des femmes afghanes roulait en convoi en direction du Parlement avec d’autres élus. Trois civils ont été tués au cours de l’attaque qui a aussi fait 22 blessés, parmi lesquels trois membres de la famille de l’élue. 

Menacée de mort

Âgée de 42 ans, l’action soutenue de Shukria Barakzai en faveur des femmes afghanes lui vaut régulièrement des menaces de mort. Mais depuis le temps où les talibans se sont mis en travers du chemin qu’elle s’est tracé, elle fait avec. Elle a eu affaire à eux dès ses années d’étudiante quand elle circulait à pied dans Kaboul sans le chaperon mâle qu’imposaient à toute femme les maîtres de l’époque.

Elle a donc 25 ans, quand se rendant chez son médecin, elle est arrêtée en pleine rue pour son comportement « déviant ». Son refus de se plier à des règles qu’elle méprise lui vaudra d’être fouettée en public suite à la décision du « comité de la promotion de la vertu et de la prévention du vice ». Une humiliation qu’elle n’oubliera jamais et qui la pousse à s’investir dans la défense des femmes afghanes.
 

Une classe clandestine de jeunes filles au domicile de l'enseignante durant les années où les talibans étaient au pouvoir en Afghanistan (1996-2001).
Une classe clandestine de jeunes filles au domicile de l'enseignante durant les années où les talibans étaient au pouvoir en Afghanistan (1996-2001). GETTY/Nikolai Ignatiev

Et puis, parce que tout commence dans l’éducation et avec l’association Womens’s Society, Shukria Barakzai ouvre une école clandestine avec des amies dans sa maison pour des jeunes filles, interdites de scolarité. Son diplôme de géologie et d’archéologie en poche, elle travaille ainsi auprès de ses élèves, des centaines d’entre elles ont suivi ses classes, alors que les talibans sont au pouvoir. Après leur chute en 2001, elle aura la satisfaction de voir huit de ses anciennes élèves poursuivre leurs études à l’université.

Pour propager ses idées féministes, une fois les talibans écartés du pouvoir, Shukria lance un magazine hebdomadaire Aina-E-Zan (Le miroir des femmes). Publié dans les deux langues officielles afghanes, le pachto et le dari, le journal aborde chaque semaine les questions d’éducation, de santé, d’actualité, des droits de l’homme à travers ses 3 000 exemplaires qui sont diffusés dans douze provinces du pays.

Ne pas avoir peur

Son combat parvient à franchir les frontières afghanes et elle est distinguée d’abord par le magazine World Press Review qui la nomme rédactrice en chef internationale de l’année 2004 puis, Women’s Hour de la BBC radio 4, à son tour la désigne « femme de l’année ». A la même époque, elle se lance en politique et travaille au sein de la commission chargée par le président Hamid Karzai de l’examen de la Constitution en vue d’une révision.

Mariée depuis 1992 à un homme d’affaires millionnaire et aujourd’hui mère de cinq enfants dont de tout jeunes jumeaux, Shukria Barakzai apprend en 2004 que son mari, Abdul Ghaffar Dawi, a pris une seconde épouse sans même qu’il ne daigne la prévenir. « Ce fut une douleur très profonde », se remémore-t-elle. Mais elle n’est pas du genre à s’apitoyer. Son mari est alors candidat à un siège de député, elle décide de se présenter contre lui. Sans grands moyens financiers face à celui qui les a tous, elle se bat forte de ses seules convictions et remporte l’élection. Elle aime rappeler en s’esclaffant que « personne n’a dit que j’avais gagné grâce à l’agent de mon riche mari ».

L’attaque dont a été victime Shukria Barakzai, ce dimanche, a déjà dans le passé visé bien d’autres femmes afghanes élues ou détentrices de postes clés. En avril, c’était au tour d’une autre députée, Mariam Koofi d’être blessée par balle par un membre résumé des forces de sécurité. En septembre 2013, Nigar, la chef de la police d’une ville du Helmand était tuée par balles, deux mois seulement après que celle à qui elle succédait, Bibi Islam, ait subi le même sort. 

« Ne pas avoir peur est le choix le plus important que j’aie fait. C’est vraiment un choix », insiste-t-elle. Au milieu de toute cette violence, Shukria Barakzai continue son combat pour les femmes, pour l’Afghanistan. Et à l’occasion, elle peut mesurer le chemin parcouru ces dernières années. Ne serait-ce qu’en observant le Parlement où elle se rendait justement ce jour où on a tenté de la tuer : 249 députés y siègent parmi lesquels 69 femmes qui tiennent désormais toute leur place.

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