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Chine/Hong Kong

Hong Kong: «Les étudiants pourraient créer un parti politique»

Le leader du mouvement pro-démocratie à Hong Kong Joshua Wong, lors d'une manifestation devant le gouvernement, le 2 décembre.
Le leader du mouvement pro-démocratie à Hong Kong Joshua Wong, lors d'une manifestation devant le gouvernement, le 2 décembre. REUTERS/Bobby Yip

Où en est le mouvement pro-démocratie à Hong Kong ? Démantèlement, grève de la faim, reddition. Les informations parfois contradictoires se succèdent ces dernières heures en provenance des zones occupées depuis maintenant près de deux mois par des militants qui attendent toujours des gestes de la part des autorités. Jean-Philippe Béja est chercheur au CNRS et au Centre d’études français sur la Chine contemporaine à Hong Kong. Il a répondu aux questions de RFI.

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RFI : Sait-on au moment où nous parlons où va ce mouvement ?

Jean-Philippe Béja : C’est extrêmement difficile à dire. Ce qu’on voit, c’est que le gouvernement a choisi la stratégie du pourrissement, c’est-à-dire qu’il ne s’en occupe pas. Il se cache derrière les injonctions des tribunaux pour évacuer un certain nombre de zones qui sont occupées. Mais pas question de dialogue, pas question de politique là-dedans. On attend que l’opinion publique se retourne contre le mouvement pour pouvoir s’en débarrasser.

C’est en fait la confirmation de ce que l’on avait senti il y a déjà plusieurs semaines : une extrême division et pas vraiment de coordination. Cela ne fait-il qu’empirer ?

Il faut bien comprendre comment ce mouvement est né. Il n’a pas toujours été véritablement organisé. Il s’appelle toujours « Occupy », mais les trois personnes qui avaient lancé l’occupation n’ont pas véritablement de pouvoir sur ce mouvement. Ce sont les étudiants qui l'ont repris, qui ont lancé une grève et qui ont été extrêmement suivis. C’est un mouvement de l’ensemble de la société de Hong Kong, une société qui évidemment est très variée. Il y a donc toute sorte d’opinions. Avec cependant un point commun : la recherche de la démocratie. Mais comme ce n’est pas un mouvement organisé, les étudiants ne le contrôlent pas véritablement et eux-mêmes n’étaient pas véritablement préparés à diriger un mouvement aussi vaste. Il y a donc effectivement beaucoup de dissensions entre les députés démocrates, les organisateurs du mouvement « Occupy » et aussi, bien sûr, les étudiants.

Par conséquent, aujourd’hui, on ne sait pas très bien où l'on va. On a vu apparaître des directions contradictoires : d’abord, une espèce de relance en encerclant les bureaux du gouvernement, puis hier soir, la décision de lancer une grève de la faim par trois militants de Scholarism pour obtenir le dialogue. Mais ce qui est certain, c’est que jusqu’à maintenant, il n’y a pas eu de dialogue entre le gouvernement et le mouvement, ce qui devient assez grave après 65 jours d’occupation.

D’un côté, certains des chefs du mouvement disent qu’il faut se rendre et aller dialoguer ; de l’autre, certains ont débuté une grève de la faim. Cela signifie-t-il que ceux qui occupaient les rues sont appelés à choisir entre les deux ?

Non, ce n’est pas comme ça que ça se passe. La grève de la faim, c’est pour obtenir une négociation. Le fait que les trois personnes qui avaient lancé le mouvement « Occupy » décident de se rendre entre dans leur logique de la désobéissance civile. Ils se font arrêter et après, il y aura un procès qui permettra de refaire parler du mouvement.

Tout le monde est plus ou moins d’accord pour essayer d’aller à la base, comme on dit ici « dans les quartiers », pour expliquer les raisons pour lesquelles il faut absolument qu’il y ait une élection démocratique du chef de l’exécutif. Tout le monde sait aussi que le gouvernement ne bouge pas et que Pékin, derrière ce gouvernement, bouge encore moins. Donc c’est extrêmement difficile de voir comment sortir de cette occupation. Pour les gens qui sont sur place depuis deux mois, une espèce d’habitude s’est installée. Les gens ont du mal à se dire qu’ils vont retourner à la routine quotidienne. Ce qui est certain, c’est que ce mouvement aura changé les rapports entre la société et le pouvoir à Hong Kong. Ça c’est quelque chose qui est indéniable.

Ceux qui ont appelé à se rendre ont dit qu’il fallait transformer la nature du mouvement. Comment ? En quoi ? Un parti politique, des organisations représentatives ?

Il y a effectivement cette possibilité qui est envisagée. Les étudiants pourraient créer eux-mêmes un parti politique qui participerait aussi aux élections et qui permettrait d’apporter un peu de sang neuf au mouvement démocrate qui, il faut bien le dire, était en train de s’essouffler. Mais ce qui est certain, c’est que la société de Hong Kong a pris conscience de sa force. Ce territoire sera extrêmement difficile à gouverner s’il n’y a pas de dialogue. Or aujourd'hui, le gouvernement ne dialogue pas. Mais même si on évacue « Admiralty » et les trois lieux occupés, ça ne veut pas dire que la société sera gouvernable. Au contraire, il y aura toujours les manifestations qui reprendront et ces gens qui seront passés par l’occupation ne l’oublieront pas. Une transformation en parti politique serait effectivement une solution. C’est quelque chose de très difficile, mais c’est une des possibilités sans doute des plus positives.

Est-ce que cela a changé les relations sur le fond avec Pékin ?

Bien sûr. Le problème est que le gouvernement de Hong Kong n’a pas été à la hauteur, n’a pas défendu la formule « un pays, deux systèmes ». Pékin est intervenu très directement. Alors aujourd’hui le gouvernement a une occasion. S’il réussit à résoudre par le dialogue cette occupation, il pourrait reprendre la main. Mais aujourd’hui, le chef de l’exécutif est condamné. Que ce soit dans six mois ou dans un an, je suis sûr qu’il perdra le pouvoir. Ça, il n’y a pas de problème.

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