Accéder au contenu principal

«Memogate» en Corée du Sud: la liberté de la presse menacée?

Un lecteur de journal en Corée du Sud.
Un lecteur de journal en Corée du Sud. Gettyimages

Un scandale surnommé «Mémogate» occupe les premières pages des journaux sud-coréens depuis plusieurs jours. Une sombre affaire de conseiller occulte et de luttes de pouvoir au sommet de la République. La présidence a réagi en attaquant en justice deux quotidiens qui ont divulgué des documents internes. Deux nouvelles attaques contre des journaux, qui soulèvent de graves inquiétudes concernant la liberté de la presse au sein de la démocratie sud-coréenne.

Publicité

C’est un rapport interne du bureau présidentiel qui a filtré dans la presse. Ce rapport s’intéressait aux activités de Chung Yoon-hoi, un ancien conseiller de la présidente Park Geun-hye. Chung, qui n’a aucune fonction officielle, est accusé d’avoir conservé toute son influence et de continuer à donner en coulisses des ordres à l’entourage de la présidente.
Cette affaire de conseiller occulte est le plus grand scandale politique du mandat de Park Geun-hye, élue il y a deux ans.

Mais le principal problème, c’est la réponse du bureau présidentiel, qui a réagi au scandale en portant plainte contre six journalistes du quotidien Segye Ilbo, le premier à avoir diffusé ce fameux mémo. Un autre journal est lui aussi attaqué en justice.
Ce sont des plaintes pour « diffamation »… ce qui est plutôt ironique, quand on sait que c’est son propre rapport que la présidence juge aujourd’hui « diffamatoire » !

Deux actions en justice qui s’ajoutent à une longue liste

Le quotidien Korea Times fait remarquer que depuis deux ans, le gouvernement a traîné pas moins de treize fois des médias devant les tribunaux. A chaque fois, pour des articles jugés trop critiques contre la présidence.

Lundi débute aussi le procès du correspondant à Séoul d’un quotidien japonais d’extrême droite, accusé là encore de diffamation après avoir publié un article sur la vie privée de la présidente. Reporters sans Frontières a protesté.

Dans une interview au Washington Post, la porte-parole de la présidence se justifie et déclare que « des actions qui nuisent à l’intérêt public, divulguent des secrets d’Etat et endommagent la réputation d’individus ne sauraient être tolérées ». Elle ajoute que « les limites implicites à la liberté de la presse ne doivent pas être dépassées ».

Le spectre de l'autoritarisme

Face à cette vague de procès, l’opposition s’inquiète. Elle accuse le gouvernement s’attaquer à la liberté d’expression et d’abuser de la très stricte loi coréenne contre la diffamation. Des inquiétudes relayées jusque dans le camp de la majorité : le député conservateur Ha Tae-kyung fait par exemple remarquer que ces médias se contentent de faire leur travail.

Il faut rappeler que la Corée du Sud est une démocratie dynamique depuis 27 ans, au point d’être devenue un modèle en Asie. Les Sud-Coréens en sont très fiers, ils manifestent beaucoup, n’ont pas peur de faire entendre leur voix. Mais beaucoup craignent un retour aux dérives autoritaires du passé ; ils rappellent souvent que la présidente est la fille d’un ancien dictateur, Park Chung-hee.

Le Hankyoreh, un grand quotidien de centre gauche qui est né avec la démocratie, écrit ainsi que le gouvernement veut « utiliser les juges pour intimider » non seulement le journal qui a publié ces fameux mémos, mais aussi « faire peur » au reste de la presse.
Un édito accusateur qui d’ailleurs montre que la presse sud-coréenne n’entend pas se laisser intimider par ces procès à répétition.

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.