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Nouvelle-Zélande / Kiribati / réchauffement climatique / migration

La Nouvelle-Zélande expulse un demandeur d’asile «environnemental»

Au sud-ouest de l'archipel de Kiribati, dans le Pacifique, où a été renvoyé Ioane Teitiota, celui de Tuvalu, menacé lui aussi par la montée des eaux.
Au sud-ouest de l'archipel de Kiribati, dans le Pacifique, où a été renvoyé Ioane Teitiota, celui de Tuvalu, menacé lui aussi par la montée des eaux. AFP PHOTO/Torsten BLACKWOOD

Ioane Teitiota, 39 ans, a été renvoyé ce mercredi 23 septembre dans son pays d’origine, l’archipel pacifique des Kiribati, menacé par la montée des eaux, alors qu’il tentait d’obtenir le statut de réfugié climatique. La Nouvelle-Zélande où il résidait depuis 2007 a estimé qu’il n’encourait pas de « grave danger » dans son pays natal, alors que les petites nations du Pacifique lancent un appel au monde pour leur survie à quelques mois de la COP21 à Paris.

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Aux Kiribati, un archipel du Pacifique composé d’une trentaine d’atolls coralliens, 32 îles sur 33 dépassent à peine le niveau de l’océan (leur altitude maximale est inférieure à 12 mètres). Des zones entières y sont de fait régulièrement submergées.

Ioane Teitiota, originaire de ces îles situées au nord-ouest de Tahiti, réclamait depuis quatre ans le statut de réfugié à la Nouvelle-Zélande, au motif que lui, son épouse et leurs trois enfants, tous nés en Nouvelle-Zélande, couraient un péril mortel aux Kiribati. Il a été expulsé mercredi 23 septembre après avoir épuisé tous ses recours juridiques, a annoncé l’un de ses proches ce jeudi. La Cour suprême de Nouvelle-Zélande a estimé, fin juillet, que lui et sa famille ne répondaient pas aux critères d’octroi du statut de réfugié, lequel doit être persécuté dans son pays natal : « aucun élément matériel n’indique que le gouvernement des Kiribati manque à son devoir de protéger sa population des effets de la dégradation environnementale, dans la limite de ses moyens », a-t-elle argué. Même si les magistrats ont reconnu que les Kiribati étaient « incontestablement confrontés à des défis » climatiques.

Après une hausse moyenne de 20 centimètres au XXe siècle, les océans devraient encore s'élever de 26 à 86 centimètres à l'horizon 2100 par rapport à la moyenne 1986-2005, selon le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC). Kiribati fait partie des nations îliennes, avec les Maldives, Tuvalu et Tokelau, qui pourraient devenir « sans terre » à cause du réchauffement climatique, selon la Commission des droits de l'homme de l'Organisation des Nations unies (ONU).

Forte mobilisation

Mais avant même d’être définitivement inondées, les populations des petites îles du Pacifique vont subir un changement d’écosystème dû à la salinisation de leur réseau d’eau et de leur agriculture, salinisation qu’elles subissent déjà. Elles risquent aussi de devoir affronter des phénomènes climatiques extrêmes aux conséquences désastreuses. Selon des scientifiques de Sydney et d'Auckland, l'érosion et des projets immobiliers mal gérés sur ces atolls aggraveraient encore leur situation, et faciliteraient un afflux d'eau de mer sur les terres.

Ioane Teitiota et sa famille ont bénéficié d’une forte mobilisationpopulaire en Nouvelle-Zélande et du soutien de personnalités religieuses. « Le changement climatique est une forme de persécution et nous avons tenté de sauver cette famille en demandant l'asile en Nouvelle-Zélande », a déclaré sur Radio New Zealand le révérend Iosefa Suamalie, l’un des nombreux appuis de Ioane Teitiota. « Aux Kiribati, il n'y a pas de vie, il n'y a pas d'espoir. Nous renvoyons les enfants dans un endroit qui n'est pas sûr pour eux », a-t-il déploré.

Mais ces constats n’ont pas ému le Premier ministre néo-zélandais John Key qui a rejeté un dernier appel. « A mes yeux, il n'est pas un réfugié, mais quelqu'un qui a dépassé sa durée de séjour autorisée », a-t-il dit. Arrivé en Nouvelle-Zélande en 2007, M. Teitiota avait dépassé la validité de son visa lorsqu'il avait attiré en 2011 l'attention de la police pour une infraction mineure. C’est à ce moment-là que l’avocat a monté son dossier tout autant pour aider son client que pour « servir de bonne affaire-test », comme il l'avouait au magazine américain Foreign Policy en janvier 2015. Les autorités judiciaires néo-zélandaises n’écartent pas la possibilité qu’il y ait dans le futur des réfugiés climatiques : ce jugement « ne signifie pas que la dégradation environnementale issue du changement climatique ou d’autres catastrophes naturelles ne pourrait pas créer un cas particulier dans la définition de la convention relative aux réfugiés ou la juridiction autour de la protection des personnes », indiquent-elles.

Implorer les grandes nations

En 2014, elles avaient d'ailleurs accordé un droit de résidence pour motifs « humanitaires » à une famille originaire de Tuvalu, archipel d’à peine 26 km2 au sud de Kiribati ; ces motifs incluaient la menace de la montée des eaux due au changement climatique.

Un quart de la population de Tuvalu, près de 3 000 personnes, vit aujourd’hui en Nouvelle-Zélande, mais les raisons historiques de cette immigration sont économiques. D’après une récente étude co-financée par la Commission européenne, les immigrés de Tuvalu en Nouvelle-Zélande évoque tout de même tous le changement climatique comme facteur de migration et évoquent leurs proches restés sur le petit archipel, victimes d’inondations à répétition qui gâchent leurs cultures, et donc leur mode de vie, et posent des problèmes sanitaires.

Les petits Etats insulaires vont implorer les grandes nations de maintenir le réchauffement climatique dans la limite de 1,5°C supplémentaire par rapport à la température moyenne de l'ère pré-industrielle, ont-ils annoncé début septembre, lors d’une réunion en Papouasie-Nouvelle-Guinée. Ils comptent faire entendre leur voix à la COP21, à Paris en décembre 2015, eux qui sont les premières victimes du changement climatique, alors qu'ils polluent très peu.

En 2004 déjà, l'archipel polynésien de Tuvalu était confronté à des inondations telles que près de la moitié de la population de ses îles était affectée.
En 2004 déjà, l'archipel polynésien de Tuvalu était confronté à des inondations telles que près de la moitié de la population de ses îles était affectée. AFP PHOTO/Torsten BLACKWOOD

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