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Japon / Médias

Liberté de la presse au Japon: inquiétude de l'émissaire de l'ONU

Le rapporteur de l'ONU s'inquiète de la situation de la presse au Japon.
Le rapporteur de l'ONU s'inquiète de la situation de la presse au Japon. REUTERS/Thomas Peter SEARCH

De sérieuses menaces pèsent sur la liberté de la presse au Japon. David Kaye, le rapporteur spécial des Nations unies sur la liberté d’expression, en dresse le constat à Tokyo. Après avoir rencontré, une semaine durant, des représentants des médias japonais et étrangers, il exhorte le gouvernement du Premier ministre Shinzo Abe à préserver la liberté de la presse.

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De notre correspondant à Tokyo,

En clair, David Kaye accuse le gouvernement japonais de faire pression sur la presse. Et il n’a peut-être pas tort. Lors de sa conférence de presse au club des correspondants étrangers de Tokyo, toutes les chaînes de télévision japonaises étaient représentées, comme les grands journaux japonais, mais aucun confrère ou presque n’a encore rapporté ses propos. Des journalistes s’inquiètent de leur capacité à écrire de manière indépendante sur certains sujets, a déclaré le rapporteur de l’ONU sur la liberté d’opinion.

Raidissement depuis l'arrivée d'Abe

Pendant son séjour, David Kaye a cherché à rencontrer la ministre des Affaires intérieures et des Communications, Sanae Takaichi, mais cette dernière a refusé de le recevoir. En février dernier, devant le Parlement, elle avait déclaré que la loi l’autorisait à ordonner l’arrêt de la diffusion de chaînes de télévision en cas de reportage jugé politiquement biaisé. Rien d’autre que de l’intimidation contre les diffuseurs, avait alors estimé le syndicat des employés des télévisions privées, parmi d'autres vives réactions, l’opposition dénonçant pour sa part une menace pour la liberté d’expression.

A l'époque, le Premier ministre avait répondu que Sanae Takaichi n’avait fait qu’évoquer les mesures prévues par la loi. Depuis le retour au pouvoir de cet homme fort, conservateur et nationaliste, on observe un raidissement du pouvoir politique dans le domaine des médias. Shinzo Abe a placé l'un de ses proches, Katsuto Momiia, à la tête de la chaîne publique NHK. Lequel vient de remplacer Hiroko Kuniya, présentatrice d’un magazine d’actualité très populaire.

Plaidoyer pour une instance indépendante

Par ailleurs, le chef du gouvernement a fait adopter une loi sur la sécurité d’Etat, qui limite de fait l’accès aux informations. Les journalistes qui violent cette loi risquent la prison, et le grand journal de centre gauche Asahi, ou les journaux d’Okinawa qui critiquent la présence des bases américaines au Japon, sont attaqués avec férocité par la droite nationaliste. D’où l’inquiétude de David Kaye, qui doute que le Shinzo Abe ou sa ministre des Affaires intérieures soient attachés, comme ils le prétendent, à la liberté d’expression.

Pour David Kaye, les médias audiovisuels ne devraient pas être soumis à la régulation du gouvernement central, et aucun gouvernement ne devrait être en position de déterminer ce qui est équitable, politiquement neutre, en matière de programmes d’information. Il préconise plutôt une supervision de la part d’une autorité indépendante, et appelle aussi à modifier la loi sur les secrets d’Etat, afin d’éliminer tout effet dissuasif sur les journalistes.

Pressions sur les correspondants aussi

Et le rapporteur onusien de plaider pour l’abolition des « kisha clubs », puisqu'au Japon, chaque ministère, chaque institution publique ou privée, a son propre club de journalistes. Seul un petit nombre a accès à ces clubs où pouvoir politique et économique entretiennent des relations incestueuses, en échange d’informations dites privilégiées. Selon M. Kaye, ce système n’offre pas aux journalistes la possibilité de tenir tête au gouvernement. La décision prise de ne pas rapporter les propos de M. Kaye en est l'illustration.

La presse hebdomadaire japonaise, plus critique et indépendante vis-à-vis du gouvernement, n’a pas accès aux clubs de la presse, aux « kisha clubs », dont les représentants dans les grands médias établis ont des bureaux à l’intérieur des ministères. Idem d’ailleurs pour les correspondants étrangers en poste au Japon, dont certains font eux aussi l’objet de pressions de la part du gouvernement japonais depuis le retour au pouvoir de Shinzo Abe.

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