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Ouzbékistan

Ouzbékistan: la mort du président Karimov plonge la région dans l'incertitude

Islam Karimov était l'un des derniers vestiges de l'URSS et de l'ère post soviétique.
Islam Karimov était l'un des derniers vestiges de l'URSS et de l'ère post soviétique. REUTERS/Shamil Zhumatov/File Photo

Il était l'un des derniers vestiges de l'URSS et de l'ère post soviétique. Une preuve de plus de cette page de l'histoire faite de secret et de désinformation : Islam Karimov est mort depuis plusieurs jours, mais la télévision d’Etat a attendu ce vendredi soir 2 septembre pour confirmer la nouvelle. Le président ouzbek est décédé à l’âge de 78 ans des suites d’une hémorragie cérébrale. Après 26 ans de pouvoir sans partage, sa mort plonge pays dans l’incertitude quant à sa succession.

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La chose est devenue quasi impossible en Chine depuis l’apparition des réseaux sociaux, elle est ici directement héritée de la tradition soviétique. Selon le chercheur David Gäuzere du Centre d’observation des sociétés d’Asie centrale, la mort d’Islam Karimov remonterait à quelques jours, mais les autorités ouzbèkes ne voulaient pas gâcher les célébrations du jour de l’indépendance le 1er septembre. « C’est un jour gai et il fallait que le peuple ouzbek soit d’humeur joyeuse, explique ce chercheur associé au Centre Montesquieu de l’université de Bordeaux. Les officiels ont été jusqu’à adresser un message du président défunt en faisant croire qu’il avait été écrit de sa main. En réalité le chef de l’État est probablement décédé dès le 29 août. »

Luttes intestines au sein du clan Karimov

La nouvelle a été gardée au frigo, mais déjà les luttes intestines ont fuité du palais de l’Ok Saroy, le palais blanc de la présidence à Tachkent. Car officiellement le président n’a pas de successeurs, même si en coulisses les candidats potentiels ne manquent pas.

En place depuis 1983, du temps de l’URSS, Islam Karimov fut le le dernier secrétaire général du Parti communiste de la République, avant de devenir le premier président de l’Ouzbékistan indépendant. Depuis, le chef ouzbek a régulièrement fait partie du top 10 des dictateurs les mieux élus et réélus : 91,6% des voix en 2000 ; 88,1% en 2007 et encore plus de 90% des suffrages en mars 2015, alors que la Constitution du pays n’autorise que deux mandats consécutifs.

Régnant d’une main de fer sur son pays et régulièrement dénoncé en Occident pour ses méthodes contraires aux droits humains, Islam Karimov s’est fait quelques ennemis au sein de son clan. Il s’est également employé à juguler des luttes intestines au sein de sa propre famille. Jusqu’en 2013, sa fille aînée Goulnara Karimova était ainsi pressentie pour lui succéder. A la tête d’un empire financier et commercial, la favorite possédait alors des intérêts dans la téléphonie, la santé et les médias. Elle était aussi connue aussi pour sa vie de jet-setteuse mondialisée. Ambassadrice de son pays à l’Unesco, elle s’était liée d’amitié avec le chanteur britannique Sting et l’acteur français Gérard Depardieu.

Prétendants à la succession

La douce voix de la redoutable femme d’affaires n’a pas empêché la disgrâce. A 44 ans, Goulnara Karimova a fini par se fâcher avec son père qu’elle aurait comparé à Staline et avec sa sœur. Accusée de corruption, elle est depuis assignée à résidence.
C’est d’ailleurs sa cadette, Lola Karimova-Tillaieva, qui a repris le poste d’ambassadrice de son pays à l'Unesco.

Et c’est depuis Paris que cette dernière a annoncé que son père se trouvait en réanimation lundi, avant de parler de « guérison » quatre jours plus tard. Islam Karimov étant probablement déjà mort, d’où le grand nettoyage des rues et la sécurité renforcée à Samarcande, ville natale de l’autocrate où auront lieu les obsèques samedi.

Quatre candidats pourraient succéder au président défunt. Parmi eux, l'ancien ministre des Finances, Rustam Azimov. Un temps mis aux arrêts, il est de nouveau libre, il portait d’ailleurs ce samedi le cercueil présidentiel avec Chavkat Mirziaïev, Premier ministre. « Dès que des sources locales ont évoqué la mort du chef de l’Etat, Rustam Azimov a été arrêté parce qu’il ne fait pas partie du clan », explique David Gäuzère. Il semble donc de nouveau dans la course avec d'autres postulants, issus de la région Samarcande - Boukhara - Djizak.

Selon la Constitution, c’est Nigmatilla Yuldashev, le président du Sénat, qui devrait assurer la transition pendant les trois mois nécessaires à l’organisation des élections. Problème : ce dernier n’aurait pas le charisme nécessaire pour le poste. « A 72 ans, Rustam Inoyatov - le chef de la sécurité nationale - aurait plus de chance d’assurer l’intérim, assure David Gäuzère, même si le prétendant le plus sérieux reste le Premier ministre. » En poste depuis 2003 et âgé de 59 ans, Chavkat Mirziaïev paraît un jeune homme comparé à ces rivaux. Et c’est quelqu’un qui ne cache pas ses ambitions.

« Le processus de succession qui s’ouvre est d’une importance majeure pour l’Ouzbékistan, et par extension pour toute la zone », souligne le site Novastan, parmi les premiers à confirmer le décès du chef de l’Etat ouzbek.

Poutine salue « un vrai leader »

Dans un télégramme de condoléances vendredi 2 septembre, le président russe Vladimir Poutine a salué la mémoire d'un « homme d'État de la plus grande autorité et un vrai leader », évoquant « une perte immense pour le peuple d'Ouzbékistan ainsi que pour la Communauté des Etats indépendants et les pays partenaires de l'Organisation de coopération de Shanghai. »

L’évolution de l’état de santé du président Karimov a été suivie avec intérêt en Russie, souligne notre correspondant à Moscou, Etienne Bouche. Les relations entre les deux pays sont étroites. De nombreux Ouzbeks vivent et travaillent en Russie, et dans son télégramme, Vladimir Poutine évoque des « peuples frères ». Politiquement, Islam Karimov était un apparatchik soviétique, et depuis l’indépendance de l’Ouzbékistan en 1991, Moscou s’attache à conserver son influence dans ce pays.

La presse et les experts spéculent sur la succession après 25 ans de présidence Karimov. Quelle voie prendra le pays ? Reverra-t-il ses alliances stratégiques ? A Moscou, on espère une transition sans turbulences, car pour le Kremlin, la stabilité de l’Asie centrale dépend de l’Ouzbékistan.

Montée de l’islamisme et risque d’instabilité régionale

Le président du Tadjikistan Emomali Rahmon a lui fait savoir quelques heures avant l’annonce officielle qu’il se rendrait en Ouzbékistan samedi, probablement pour assister aux funérailles. Des diplomates kirghiz et afghans ont fait part des mêmes intentions.

Ces trois pays sont en effet inquiets d’une possible montée de l’islamisme dans la région suite au départ de Karimov. « Les islamistes sont très puissants dans la vallée du Ferghana, estime encore David Gäuzere. Et ces derniers pourraient profiter du vide du pouvoir pour organiser des attentats suicides jusque dans la capitale Tachkent. »

La plupart des cadres du mouvement islamiste du Turkestan ont prêté allégeance à l’organisation État islamique et sont issus de cette vallée. Le gouvernement ouzbek craint un retour des combattants de Syrie et d’Irak. Selon les services de sécurité russe, plus de 500 Ouzbeks auraient rejoint les rangs des jihadistes.

→ A (re)lire : Disparition du président Karimov, l'Ouzbek qui avait survécu à la fin de l'URSS

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