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Afghanistan

Hamid Karzaï: «je souhaite voir la nouvelle génération prendre les rênes»

Le président Hamid Karzaï, en mars 2014.
Le président Hamid Karzaï, en mars 2014. REUTERS/Dinuka Liyanawatte

Notre invité est Hamid Karzai. Nommé à la tête du gouvernement de transition mis en place en Afghanistan en décembre 2001 après la chute du régime taliban, il est élu président du pays deux années plus tard. L'homme politique originaire de Kandahar dans le sud du pays restera au pouvoir durant deux mandats jusqu'aux dernières élections présidentielles en 2014. Accusé de corruption durant ses années de présidence, certains l'accusent aujourd'hui de tirer en coulisse, les ficelles d'un gouvernement fantôme, alors que le pays fait face à une crise politique et à une situation sécuritaire qui se dégrade un peu plus chaque jour. Le gouvernement afghan a officiellement jusqu'à la fin du mois de septembre pour clarifier le statut du gouvernement.

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RFI : L'Afghanistan est plongé dans une crise politique avec un président Ashraf Ghani et un vice-président Abdullah Abdullah qui affichent leur mésentente. Il reste encore trois années de mandat. Comment voyez-vous l'avenir de ce gouvernement d'union nationale ?

Hamid Karzaï : Nous voulons sa réussite, et qu'il parvienne à honorer les promesses faites au peuple afghan, qu'il réalise toutes ses actions en faveur de la population. Ce gouvernement a promis une Constitution afghane, une meilleure gouvernance ; nous espérons qu'il s'y tiendra et qu'il convoquera une Loya Jirga, afin de déterminer notre type de gouvernement. La question est de savoir si nous continuons avec le gouvernement tel qu'il est aujourd'hui, ou si nous devons retourner à notre Constitution ou l'amender.

Il reste peu de temps pour convoquer une Loya Jirga, la traditionnelle assemblée afghane. Le secrétaire d'Etat américain, John Kerry avait donné jusqu'à la fin du mois de septembre pour que le gouvernement d'union nationale né de la crise électorale de 2014, clarifie la gouvernance du pays. On est proche de cette échéance.

Je propose que si la convocation d'une Loya Jirga n'est pas possible, ce qui est le cas puisque nos institutions ne sont pas représentées sur tout le territoire, nous devrions appeler une Loya jirga traditionnelle, un conseil d'anciens afghans et de représentants à travers le pays.

Remettez-vous en cause le fonctionnement du gouvernement afghan ?

Il fonctionne mais il y a de nombreuses difficultés. Il y a des problèmes de fonctionnement interne mais pas seulement ; il y aussi la situation générale de l'Afghanistan. Des Afghans meurent chaque jour, les gens n'ont plus d'espoir en l'avenir, ils sont nombreux à fuir le pays, et les bombardement américains continuent. L'insécurité elle, est toujours là. Combien de temps ce pays sera en guerre et pourquoi ?

Pensez-vous que l’Afghanistan est sous l'influence de pays étrangers ?

Oui beaucoup. Ce ne devrait pas être le cas. Le gouvernement devrait parler pour lui-même seulement. L'Afghanistan est un pays pauvre oui, le pays a beaucoup de problèmes. Mais ce pays est un Etat souverain. Il doit l'être. Les Américains sont venus avec un objectif : combattre l’extrémisme et le terrorisme. Ils doivent présenter des résultats. La guerre contre le terrorisme dure depuis 15 ans. Et les conséquences néfastes sont trop nombreuses pour l’Afghanistan, pour la région pour la sécurité dans le monde... Regardez Paris, regardez les incidents là-bas, en Belgique aussi, partout dans le monde. Sommes-nous un monde plus sûr, moins radicalisé ? Non.

Monsieur Karzaï, considérez-vous que les Etats-Unis sont responsables de la crise politique que traverse le pays?

Sans aucun doute, absolument. Ils se sont ingérés dans le processus politique de l'Afghanistan, dans les élections du pays, et c'est la raison pour laquelle nous sommes dans une période trouble, et c'est pourquoi je demande aux Etats- Unis de respecter notre souveraineté nationale.

Vous pensez que le gouvernement a fait une erreur en signant l'accord bilatéral de sécurité avec les Etats Unis permettant les interventions aériennes ?

Les bombardements ont-ils mis fins aux combats ? Non.
Les bombardements n'ont pas apporté plus de sécurité mais ont apporté plus d'insécurité, plus de radicalisme, ce n'est pas un instrument de paix.
Nous voulons un partenariat avec les Etats-Unis. Mais cela doit apporter la paix et la sécurité et permettre l'unité des Afghans.
L'accord a été signé il y a deux ans et il y a plus d'insécurité, de troubles dans le pays., plus de victimes. Par ailleurs l'accord doit assurer la paix et ne pas causer plus de conflits.

Certains vous accusent par vos critiques de déstabiliser le gouvernement.

Je ne critique pas le gouvernement. Je veux le soutenir. Mais j'ai deux engagements que j'ai fait connaître il y a deux ans : au nom de la souverainé nationale et de l'unité , si je sens que nous sommes menacés, je ferai entendre ma voix et c'est ce que je fais.

Êtes-vous toujours investi en politique, comment qualifiez-vous votre rôle aujourd'hui ?

Je ne suis plus en politique, j'ai fait mon temps. J'ai été au pouvoir durant près de 13 ans. et une nouvelle génération doit continuer. L’Afghanistan doit être un pays démocratique, je souhaite voir la nouvelle génération prendre les rênes. C'est mon souhait vraiment. Je ne reviendrai pas en politique. Non, jamais.

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