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Chine

«Un pays, un système et demi»: Hong Kong face à l'érosion de son autonomie

Des manifestants habillés en policiers chinois défilent contre le projet de loi sur les extraditions vers la Chine, à Hong Kong, le 28 avril 2019.
Des manifestants habillés en policiers chinois défilent contre le projet de loi sur les extraditions vers la Chine, à Hong Kong, le 28 avril 2019. REUTERS/Tyrone Siu/File Photo

Ce dimanche 9 juin, une manifestation d’ampleur est prévue à Hong Kong contre un projet de loi sur les extraditions vers la Chine. Jugé dangereux et liberticide par de nombreux juristes et militants pro-démocratie, ce texte suscite de vives tensions dans l’ancienne colonie britannique. Et pour beaucoup, il s’inscrit dans les tentatives répétées du pouvoir central de Pékin pour contrôler davantage la région et étouffer certaines velléités indépendantistes.

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Depuis plusieurs mois, l’opposition et la société civile montent au créneau contre un projet de loi qui permettrait l’extradition de suspects vers la Chine continentale. Fin avril, une manifestation a réuni près de 22 000 personnes dans les rues, une autre le jeudi 6 juin a rassemblé entre 2 500 et 3 000 avocats et le sujet a même provoqué des affrontements au Parlement début mai…

Pour les opposants à ce texte défendu par la gouverneure pro-Pékin Carrie Lam, ce projet de loi menace l’État de droit à Hong Kong et l’indépendance du système hongkongais. « Il sera impossible de garantir la sécurité de toute personne vivant ou travaillant à Hong Kong, où même passant par Hong Kong », expliquait l’avocat Martin Lee lors du rassemblement de jeudi dernier. Certains craignent qu’elle permette ainsi l’extradition des militants pro-démocratie vers la Chine continentale, dont le système judiciaire est très opaque.

« Un pays, deux systèmes »

En vertu du principe « un pays, deux systèmes » ayant présidé à sa rétrocession en 1997, Hong Kong bénéficie actuellement d'une certaine autonomie, du respect de certaines libertés fondamentales et d’un système juridique distinct de celui de la Chine. Et pour les indépendantistes et les militants des droits de l’homme, qui qualifient ce projet de loi de « clou de plus dans le cercueil de Hong Kong », il s’agit d’une nouvelle tentative du pouvoir central pour verrouiller davantage la vie politique locale.

Car bien que l’indépendance de la région est normalement garantie jusqu’en 2047, Pékin cherche à resserrer son étau sur l’ancienne colonie britannique. D’autant que Hong Kong s’est à plusieurs reprises exprimée contre les volontés d’ingérence de la Chine. Les Hongkongais sont descendus dans la rue en 2003 contre une réforme légale voulue par la Chine, en 2012 contre la volonté de Pékin d’imposer une sorte d’éducation patriotique aux habitants de la péninsule ou encore en 2014 lors de « la révolte des parapluies » contre l’idée des autorités chinoises de présélectionner les candidats au poste de chef de l’exécutif.

Les manifestants pro-démocratie se rassemblent le 28 octobre 2014 à Hong Kong, pour célébrer un mois de mouvement. Les parapluies étaient originellement utilisés pour se protéger contre les gaz lacrymogènes.
Les manifestants pro-démocratie se rassemblent le 28 octobre 2014 à Hong Kong, pour célébrer un mois de mouvement. Les parapluies étaient originellement utilisés pour se protéger contre les gaz lacrymogènes. REUTERS/Damir Sagolj

Porté par les étudiants, le mouvement a rassemblé des centaines de milliers de protestataires et a duré plus de trois mois. Si la mobilisation s’est finalement essoufflée sans que le gouvernement ne cède, des mouvements en faveur de l’autodétermination sont apparus dans le sillage de cette révolte des parapluies. Et ont même décroché des sièges au Parlement local (LegCo, le conseil législatif) lors des élections de septembre 2016. Des voix dissidentes que le gouvernement pro-Pékin cherche à museler.

En 2017, six députés issus des rangs de cette nouvelle opposition ont été déchus de leur mandat pour avoir mal prêté serment. On leur reproche d’avoir manqué de respect vis-à-vis de la Chine en utilisant un ton, un rythme ou une prononciation « insinuant des doutes » lors de leur prestation. Puis en septembre 2018, les autorités hongkongaises ont interdit le parti indépendantiste HKNP, estimant que le Parti national « avait un objectif clair visant à faire de Hong Kong une république indépendante » et qu'un tel programme était contraire à la loi fondamentale. Cette interdiction d’un parti, dont la taille est par ailleurs modeste, est une première depuis la rétrocession.

Activistes emprisonnés, libraires disparus

Plus récemment, le 16 mai, le militant pro-démocratie Joshua Wong a été renvoyé en détention après avoir été débouté en appel, condamné à deux mois de prison pour son rôle dans la révolte des parapluies. Et en avril, ce sont deux leaders de ce même mouvement qui ont été condamnés à 16 mois de prison après avoir été reconnus coupables de « conspiration en vue de provoquer des nuisances publiques ». Pour les partisans pro-démocratie de Hong Kong, cette décision de justice est un nouvel exemple de la politisation de la justice. Ils estiment que cela va forcément avoir pour effet de décourager les manifestations politiques mêmes pacifistes et non violentes.

C’est ce genre de cas qui inquiète notamment les opposants au texte controversé : qu’adviendrait-il si de tels activistes étaient extradés vers la Chine ? Et l’affaire de la série de disparitions de libraires hongkongais n’est pas pour rassurer sur les méthodes des autorités chinoises. En 2015-2016, cinq collaborateurs de la maison d’édition Mighty Current ont disparu avant de réapparaître en Chine, arrêtés par les services chinois vraisemblablement en raison de leur travail avec un éditeur connu pour ses publications critiques envers le gouvernement chinois, spécialisé dans les ouvrages sur les coulisses du pouvoir, la vie privée des dirigeants et les scandales de corruption.

Un pont et une gare

Plus symbolique, mais néanmoins illustrations bien concrètes de la volonté chinoise de raffermir sa prise et d’intégrer physiquement la ville à sa nouvelle patrie, le gigantesque pont reliant Hong Kong à la province de Guangdong a été inauguré en octobre 2018, un mois après l’inauguration de la liaison ferroviaire Guangzhou-Shenzhen-Hong Kong. Or, l’installation de la douane à quelques mètres de la gare a de fait engendré la création d’une zone spéciale sous souveraineté chinoise sur la péninsule autonome, suscitant de vifs débats.

« Au fond, le gouvernement de Hong Kong a accepté de céder une partie de sa souveraineté, soulignait alors le sinologue et directeur de recherche émérite au CNRS, Jean-Philippe Béja. Tout cela fait partie de la reprise en main par, soit les pro-Chinois de Hong Kong, soit directement Pékin et Pékin à travers les pro-Chinois de Hong Kong, pour reprendre en main Hong Kong et pour limiter ses libertés. Il y a une offensive extrêmement sérieuse depuis l’année dernière qui est très inquiétante pour le maintien de la formule "un pays, deux systèmes" ».

En juin 2017, un peu avant la visite de Xi Jinping à Hong Kong, le ministère chinois des Affaires étrangères estimait que la déclaration sino-britannique de 1984 fixant les termes de la rétrocession selon le principe « un pays, deux systèmes » n'était « plus pertinente ». Face à l’érosion progressive de leur autonomie, les Hongkongais ont aujourd’hui coutume de parler d’ « un pays, un système et demi », craignant sans doute que, tôt ou tard, il ne s’agisse plus que d’ « un pays, un système ».

► À (re)lire : Cinq questions pour comprendre Hong Kong

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