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Taïwan / Hong Kong

À Taïwan, la crise hongkongaise relance les débats autour d’une loi d’asile

Depuis le début de la mobilisation à Hong Kong, plusieurs jeunes protestataires ont trouvé refuge à Taïwan.
Depuis le début de la mobilisation à Hong Kong, plusieurs jeunes protestataires ont trouvé refuge à Taïwan. Philip FONG / AFP

Depuis le début de la mobilisation à Hong Kong, plusieurs jeunes protestataires ont trouvé refuge à Taïwan. Les collectifs de soutien demandent l’adoption d’une législation pour simplifier l’obtention de titres de séjour.

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Taïwan deviendra-t-il un jour une terre refuge pour les Hongkongais menacés par la Chine ? À une heure de vol de Hong Kong, la question se pose aujourd’hui sérieusement. Depuis les premières manifestations, le gouvernement taïwanais a déjà tendu la main à plusieurs reprises aux Hongkongais désireux de trouver refuge sur cet archipel autonome et démocratique. Mais les solutions proposées restent pour l’heure temporaires ou ne s’appliquent qu’au cas par cas.

► Ces jeunes Taïwanais qui se mobilisent pour Hong Kong

L’Université nationale de Taïwan (NTU) fait partie des facultés ayant accueilli dans l’urgence plusieurs centaines d’étudiants après la suspension de l’enseignement dans plusieurs établissements hongkongais. Cette interruption faisait suite à l’intervention musclée de la police sur les campus de l’Université chinoise et de l’Université polytechnique de Hong Kong, mi-novembre. « Nous ne regardons pas si les étudiants ont participé ou non aux protestations. Ce qui nous intéresse, c’est d’assurer la continuité de leur apprentissage académique », explique la vice-présidente de la NTU, Chiapei Chou. La faculté a permis à près de 200 étudiants hongkongais de terminer leur semestre à Taïwan.

« Nous demandons une vraie loi d'asile »

Mais cet accueil a une durée limitée. « Certains étudiants aimeraient rester au prochain semestre, et ça c’est un autre problème. Chaque département de la faculté va sélectionner les dossiers des étudiants selon ses propres critères. Je dirais que cela sera plus restrictif », reconnaît la responsable de la NTU. Qu’adviendra-t-il des étudiants hongkongais qui souhaiteront rester à Taïwan ? Le ministère des Affaires continentales taïwanais renvoie de manière générale à un règlement applicable aux ressortissants hongkongais et de Macau. À son article 18, le texte prévoit une assistance aux individus menacés pour des motifs politiques.

Mais pour Yu-Fan Chen, porte-parole d’un collectif d’avocats qui accompagne bénévolement les Hongkongais, cette législation est une coquille vide. « L’article 18 a une définition trop restrictive et nous l’utilisons rarement. Nous demandons une vraie loi d’asile qui puisse s’appliquer aux personnes menacées pour leurs opinions politiques, qu’elles soient hongkongaises, chinoises, tibétaines ou même de n’importe quel pays ! », explique la jeune avocate qui a participé au mouvement des Tournesols en 2014 contre un accord de libre-échange avec la Chine.

Même si plusieurs dissidents chinois et notamment tibétains ont trouvé refuge à Taïwan par le passé, l’adoption d’une telle loi reste impopulaire à Taïwan. Plusieurs propositions législatives semblables ont été rejetées par le Parlement taïwanais ces dernières années. « Comme en France ou en Europe, le peuple taïwanais s’inquiète de voir les réfugiés profiter de son système de santé, de notre système de retraite ou de notre système social. Même si notre parti aimerait bien avoir une loi sur l’asile, nous devons prendre en compte ces inquiétudes », explique Yen-Jong Lee, porte-parole du parti démocrate progressiste, actuellement majoritaire à l’Assemblée.

20% de titres de séjour en plus

À ces inquiétudes vient se greffer la situation particulièrement ambiguë de Taïwan face à Pékin. La Chine revendique en effet Taïwan, territoire autonome et démocratique, officiellement dénommée « République de Chine ». « La question entre Taïwan et Hong Kong renvoie aux relations entre Taïwan et la Chine. C’est un sujet sensible pour le gouvernement et c’est pour cela que nous préférons que les mesures d’assistance aux Hongkongais restent discrètes », confirme Yen-Jong Lee.

Selon les chiffres du ministère des Affaires continentales de Taïwan, 4 300 titres de séjour ont été accordés à des Hongkongais entre janvier et octobre 2019, soit une augmentation de 20% par rapport à l’an passé. Il est toutefois impossible de connaître la part de Hongkongais présents à Taïwan pour des raisons politiques. Toutefois, pour l’avocate Yu-Fan Chen dont le collectif suit près d’une centaine d’entre eux, la majorité de ces jeunes souhaitent retourner à Hong Kong pour reprendre leur participation au mouvement. Selon un autre responsable associatif, seuls quelques Hongkongais activement recherchés ont été durablement mis à l’abri à Taïwan. Ces activistes ont pu obtenir des titres de séjour par le truchement de la règlementation classique, telle que l’obtention d’un visa de travail ou d’étude.

En cas de durcissement de la répression à Hong Kong, le nombre de manifestants souhaitant s’installer à Taïwan pourrait évidemment s’accélérer. Mais à quelques semaines du scrutin général taïwanais de janvier prochain, le parti présidentiel évite soigneusement de mettre le sujet sur la table. « On aimerait avoir une loi d’asile, mais cela prend du temps et nécessite beaucoup d’efforts », affirme avec un sourire las Yen-Jong Lee, porte-parole du parti progressiste. Une position qui déçoit les activistes taïwanais, à l’image du chercheur Lev Nachman et du journaliste Brian Hioe. « Les Hongkongais sont otages de l’élection présidentielle taïwanaise », déploraient-ils la semaine dernière dans les colonnes du magazine japonais The Diplomat.

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