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Inde

Attaque de la JNU en Inde: «Les vandales sont protégés par la police et l’État»

L'attaque dimanche à la JNU a fait au moins 28 blessés chez les étudiants et enseignants, selon une organisation syndicale étudiante.
L'attaque dimanche à la JNU a fait au moins 28 blessés chez les étudiants et enseignants, selon une organisation syndicale étudiante. Reuters

En Inde, un groupe hindouiste inconnu, le Hindu Raksha Dal, a revendiqué l’attaque de ce dimanche 5 janvier à la JNU (Jawaharlal Nehru University), la plus prestigieuse du pays, près de New Delhi. Un groupe d’hommes armés a pénétré dans l’enceinte et blessé au moins 28 étudiants et professeurs. Une enquête est en cours. L’université a reçu des messages de soutien de tout le pays, de l’étranger également. Aditya Mukherjee est depuis plus de 40 ans professeur d’histoire contemporaine à l’université JNU, il réagit aux violences de ce dimanche.

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RFI : Que s’est-il passé ce dimanche à l’Université Jawaharlal Nehru ?

Aditya Mukherjee : J’étais présent lorsque cela s’est passé. A 18h30, on nous a dit qu’il y avait des problèmes. Traditionnellement, notre campus est non-violent : nous avons eu de nombreux débats politiques, académiques, mais qui ne débouchent jamais sur des violences. C’était en fait un des campus les plus sûrs du monde, les femmes seules pouvaient se promener à trois heures du matin, même dans les zones de forêt. Donc, quand nous avons entendu qu’il y avait des problèmes, nous y sommes allés, et ce que nous avons vu était incroyable : des gens armés de marteaux, de barres de fer et de briques couraient partout, déchaînés, frappant les gens, allant dans les dortoirs des étudiants mais aussi des étudiantes, brisant leurs portes. Quand je suis arrivé, de nombreux étudiants s’enfuyaient, couraient pour sauver leurs vies. Ils m’ont demandé de les protéger, de les emmener dans les locaux de la faculté. Ils disaient que ceux qui les attaquaient employaient des slogans normalement utilisés par le groupe d’extrême droite RSS et par le parti au pouvoir, le BJP, par exemple « Ram est le dieu hindou ». Au nom de ce dieu qui est censé être très brave, bon et juste, ils menaient ces attaques meurtrières. Ils chantaient aussi une de nos chansons nationalistes et anti-impérialistes qui date de l’époque coloniale anglaise. Là encore, ce sont les meilleurs d’entre nous qui les chantaient, mais ce dimanche ces mots étaient prononcés par ce que notre politique produit de plus vil.

Un groupe hindouiste inconnu, le Hindu Raksha Dal, a revendiqué ces violences dans une vidéo. Est-ce que vous le connaissez ?

Non, mais il existe des dizaines d’organisations de ce type liées au RSS, une organisation paramilitaire de la droite hindoue. Ils se comportent comme des « stormtroopers » et c’est exactement ce qui s’est passé à JNU : ils envoient leurs hommes, manifestement entraînés pour commettre des violences, avec la complicité de l’administration universitaire et de la police. La police était aux grilles, nous les avons suppliés de venir, mais ils ont refusé, disant qu’ils n’avaient pas la permission du président de l’université. Ce qui a donné à ces gens trois heures pour attaquer, vandaliser, semer la terreur parmi les enseignants et les étudiants. Une quarantaine d’étudiants ont dû être amenés à l’hôpital avec des blessures sévères. Nos étudiants ont habituellement un esprit indépendant. Ils critiquent librement le gouvernement, c’est ça qu’on a voulu stopper. C’est une pratique fasciste commune : attaquer l’intelligentsia, ceux qui parlent, les indépendants. Cela fait partie d’une offensive menée contre les universités à l’échelle du pays, contre toutes celles où il y a des manifestations. Il y a une autre raison à l’attaque de dimanche : les étudiants sont en grève depuis 17 jours contre une tentative de privatiser l’éducation en augmentant le prix des inscriptions à l’université. JNU est connue dans le pays comme étant virtuellement gratuite pour les plus pauvres, les oppressés, l’objectif étant de leur donner une éducation de premier ordre – ce qui ne nous empêche pas d’être la meilleure université du pays. Ils essaient de fermer ce système, pour pousser les gens vers des universités privées hors de prix pour les pauvres. Mes étudiants, et j’en suis très fier, se battent pour empêcher cela. Et c’est cela qui a été attaqué, parce que le BJP au pouvoir veut la privatisation de l’éducation dans toute l’Inde, et la résistance de JNU est vue comme dangereuse.

Après cette attaque revendiquée par ce groupe hindouiste inconnu, le Hindu Raksha Dal, une enquête est en cours, mais pour le moment ce sont des étudiants de l’université qui sont inquiétés...

Depuis que le BJP est au pouvoir, c’est de cette manière que cela se passe dans tout le pays : on porte plainte contre les victimes, et on fait en sorte que les coupables restent libres. Voici un exemple très parlant : alors que la police entourait toute l’université, ces vandales, ces gangsters ont pu pénétrer dans l’enceinte armés, et ont été autorisés à en sortir. Ils n’ont pas été inquiétés, pas de plainte, pas de charges, aucune informations données à la police sur eux, rien. Et la première plainte qui a été déposée, c’est contre une victime ! La présidente du syndicat étudiant, qui a été sévèrement battue et a dû être hospitalisée : c’est elle qui la première a été considérée comme un agresseur ! C’est un schéma classique. C’est ce qui donne des ailes à ces vandales, parce qu’ils savent qu’ils sont protégés par la police et l’État. Je suis fier de dire que la résistance est vive, malgré la violence physique. Nous allons insister pour que cette résistance soit pacifique pour ne pas donner à l’État d’excuses pour la réprimer. Même les partis politiques d'opposition vont se rencontrer, le 13 janvier, pour parler de cette attaque à l’université, et des attaques contre les manifestations qui ont lieu en ce moment dans le pays. Et cela se passe aussi au niveau de la société civile. Ce sont d’ailleurs elles qui ont initié les manifestations qui ont lieu en ce moment. Dans tout le pays, des gens résistent.

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