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Cambodge

Le procès du Cambodgien Kem Sokha, une bataille politique qui continue

Des centaines de policiers ont été déployés autour du palais de justice de Phnom Penh et les routes barricadées avant l'arrivée au tribunal, tôt dans la matinée, de l'opposant soutenu par une poignée de partisans.
Des centaines de policiers ont été déployés autour du palais de justice de Phnom Penh et les routes barricadées avant l'arrivée au tribunal, tôt dans la matinée, de l'opposant soutenu par une poignée de partisans. REUTERS

Kem Sokha fait face à la justice de son pays, accusé de collusion avec des puissances étrangères, malgré les critiques de ses proches et de la communauté internationale qui parlent de manipulation orchestrée par le gouvernement. Considéré comme le principal opposant au régime cambodgien, il est arrêté en septembre 2017, avant que sa formation politique, le Parti du salut national du Cambodge (PSNC), ne soit dissous quelques mois avant les élections législatives.

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Au premier jour d’audience, Kem Sokha le martèle sur sa page Facebook : il est innocent, la justice doit abandonner les poursuites. « Je n'ai commis aucun acte préjudiciable aux intérêts nationaux, mes activités politiques étaient axées sur la participation à des élections libres, justes et équitables ». Ancien député et sénateur, figure de la vie politique cambodgienne, il est accusé de trahison au titre de l’article 443 du Code pénal cambodgien, qui définit la collusion avec une puissance étrangère comme « le fait de s’entendre en secret avec un État ou l’un de ses agents en vue de fomenter des actes hostiles ou d’agression envers le Royaume du Cambodge ».

Le dossier pénal se fonde sur une vidéo tournée en 2013, lorsque Kem Sokha se rend en Australie, où il s'adresse à plusieurs de ses partisans et révèle qu'il travaille avec des instituts américains pour renforcer la démocratie au Cambodge. C'est cet extrait qui vaut à Kem Sokha son arrestation en pleine nuit en septembre 2017. Mais c’est un écran de fumée, selon l’opposant cambodgien Sam Rainsy, qui avant son exil en France, codirigeait avec Kem Sokha le PSNC. « Hun Sen, le Premier ministre, veut éliminer Kem Sokha en l’accusant de trahison, et c’est un prétexte pour dissoudre le seul parti d’opposition représenté à l’Assemblée nationale. Kem Sokha a dit des choses toutes simples : qu’il a travaillé avec des organisations américaines pour promouvoir la démocratie à travers le monde. Ce sont des organisations qui travaillent dans le monde entier pour éduquer les gens. Donc, si travailler avec des organisations comme ça relève de la trahison, je ne sais plus que penser. »

Des observateurs très critiques

Simulacre de justice, procès-spectacle, mise à mort politique, les observateurs internationaux sont sur une ligne commune : les accusations portées contre Kem Sokha sont plus que fragiles. Dans un communiqué publié en septembre 2019, le département d’État américain taclait le gouvernement cambodgien, « qui n’a toujours pas produit la moindre preuve crédible pour étayer ses allégations et s’est servi de cette affaire pour mettre à la porte 5000 membres du PSNC démocratiquement élus ».

« Je crois que de très nombreux hommes politiques, à la fois de l'opposition et du parti au pouvoir, sans parler de la société civile, ont collaboré avec des gouvernements étrangers ces 25 dernières années, en particulier depuis la fin de la guerre civile en 1991, souligne Ou Virak, un proche de Kem Sokha, qui dirige l’institut de recherche Future Forum à Phnom Penh. Les donateurs et les pays étrangers sont devenus incontournables au Cambodge, tout le monde en a bénéficié, y compris la population cambodgienne. Et je ne crois pas que la communauté internationale va laisser passer ces accusations, il y aura des mesures de rétorsion notamment des États-Unis et de l'Union européenne. À moins que l'accusation ne présente de nouvelles preuves, celles qui sont sur la table ne suffiront jamais à convaincre ou à faire pencher l'opinion publique. A mon avis, la seule solution, c'est un compromis politique, parce que c'est un procès politique. »

Pressions de l'Union européenne

Condamné ? Acquitté ? Gracié ? Personne ne prend les paris, ni sur la durée du procès ni sur son verdict. Mais son issue sera scrutée de très près à Bruxelles, où l’Union européenne menace le Cambodge de lourdes sanctions économiques : en février 2020, la Commission européenne doit se prononcer sur l’arrêt ou la poursuite du dispositif Tout sauf les armes (TSA) qui garantit aux marchandises cambodgiennes l’accès sans taxes douanières au marché unique européen. La suspension de cet accord, conditionné au respect des droits de l’homme au Cambodge, pourrait selon la Banque mondiale coûter plus de 590 millions d’euros à l’économie cambodgienne et laminer son secteur textile, qui emploie des centaines de milliers de personnes.

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