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Analyse

Quel Japon pour le XXIe siècle ?

Shinzo Abe s’est affirmé progressivement comme le protecteur efficace de l’Archipel et de la stabilité régionale dans un contexte troublé.
Shinzo Abe s’est affirmé progressivement comme le protecteur efficace de l’Archipel et de la stabilité régionale dans un contexte troublé. REUTERS/Issei Kato

Le Japon n’est plus cette puissance singulière à qui tout réussit. L’archipel est confronté à de nombreux défis que Shinzo Abe, son Premier ministre depuis 2012, tente de relever pour faire rayonner le pays sur la scène asiatique et internationale.

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Tokyo, mégapole de plus de 38 millions d’habitants accueillera l’été prochain les Jeux Olympiques qui démarreront le 24 juillet. L’édition 2020 sera sans doute moins historique pour la capitale japonaise que celle qu’elle accueillit en 1964, tout juste deux décennies après la fin de la Seconde Guerre mondiale. Vecteur de progrès social pour le Japon et d’ouverture au monde, les Jeux étaient alors les premiers à faire une halte en Asie.

Cette année les choses sont un peu différentes. Après la fulgurante ascension économique du Japon après la guerre, qui a permis au pays de devenir la deuxième économie mondiale, le Japon s’est vu ravir cette place par la Chine et se voit aujourd’hui confronté à un modèle en déclin qui le place dans une situation moins confortable sur le plan international. Le pays est hyper-développé, sa culture attractive, mais il n’est plus cette puissance singulière à qui tout réussit. Le Japon s’interroge sur son horizon alors que le pays vient d’entrer dans une nouvelle ère impériale avec la toute récente ascension au trône de l’Empereur Naruhito. La question n’est évidemment pas une question de personne, mais plutôt de contexte à la fois national et international.

L’affirmation diplomatique du Japon

Entre évènements sportifs mondiaux, le sommet du G20 à Osaka, la récente visite du pape, celle à venir du président chinois Xi Jinping au printemps prochain, le Japon occupe la scène internationale de manière très diverse. Le pays est par ailleurs à la croisée de trajectoires géopolitiques particulièrement instables qu’il s’agisse des tirs de missiles nord-coréens, des relations compliquées avec la Chine et la Corée du Sud, de la grande imprévisibilité du président Américain dont les menaces de repli stratégique renforcent les craintes d’abandon de la part du Japon, ou encore de l’absence d’accord avec la Russie sur les îles Kouriles...

► À écouter aussi : Iles Kouriles, un conflit non résolu

Sous la conduite de Shinzo Abe qui occupe le poste de Premier ministre depuis 2012, le Japon s’inscrit depuis quelque temps dans un processus d’affirmation diplomatique. Envoi d’observateurs au Sahel, présence au Soudan du Sud, base à Djibouti, lutte contre la piraterie dans le golfe de Guinée, maintien du Partenariat Trans-Pacifique en dépit du départ des Américains.

Ce processus d’affirmation de la part de Tokyo témoigne de l’ambition du pays à jouer un rôle de définition du système international et de défense de l’ordre libéral international. La multiplication de ses alliances en est l’expression. Tokyo continue de soutenir le multilatéralisme et son partenariat militaire avec les États-Unis tout en réagissant à la dégradation de son environnement sécuritaire : soutien aux États du Sud-est asiatique et création d’une alliance quadripartite pour un « Indo-Pacifique libre et ouvert » au sein de laquelle New Delhi a rejoint Tokyo, Washington et Camberra.

Un protecteur régional

À Tokyo, tant au ministère japonais des Affaires étrangères qu’à la Keio University, au Canon Institute for Global Studies ou encore au Nakasone Yasuhiro Peace Institute, les mêmes inquiétudes sont exprimées. Une Corée du Nord menaçante avec son programme nucléaire et sa capacité d’attaquer le Japon, la rapide montée en puissance de la Chine et une activité militaire beaucoup plus affirmée et agressive autour du Japon, la « nouvelle route de la soie » chinoise et les pressions de Pékin sur les pays asiatiques, préoccupent les Japonais.

Carte de la «nouvelle route de la soie» chinoise aussi appelée «la ceinture et la route».
Carte de la «nouvelle route de la soie» chinoise aussi appelée «la ceinture et la route». Reuters

Mais ce n’est pas tout, la baisse d’influence des États-Unis qui bénéficie à Pékin, les menaces de Donald Trump de retirer les soldats américains d’Asie du Nord-Est ou d’Asie orientale, une relation compliquée avec la Corée du Sud sur fond d’un passé qui ne passe pas entre Séoul et Tokyo malgré le Traité de normalisation conclu en 1965 sont autant d'éléments à prendre en considération. Conséquence, c’est un Japon qui est peut-être plus isolé et qui a le sentiment qu’en dépit de la menace croissante que constitue la Corée du Nord, Tokyo se retrouve avec moins de soutien international. Le Japon se voit en Asie comme le protecteur d'une stabilité régionale dans un contexte troublé.

La relation avec Pékin est ambiguë. L’économie japonaise est une économie très liée à la Chine. En 2019, la Chine était le deuxième partenaire commercial du Japon à quasi-égalité avec les États-Unis avec un montant d’échanges de près de 330 milliards de dollars. Tokyo est le premier fournisseur de Pékin et son premier client. En même temps, les deux pays s’affrontent sur plusieurs terrains. Celui lié au passé d’un Japon colonialiste ; l’autre territorial, autour de la souveraineté sur les îles Senkaku. Le Japon estime que la tutelle états-unienne n’est plus aussi sûre qu’auparavant et remarque l’absence du président américain des sommets des pays d’Asie orientale laissant toute la centralité à la Chine.

Des intérêts communs entre le Japon et l’Union européenne

Le partenariat entre l’Union européenne et le Japon a atteint un niveau stratégique nouveau avec l’entrée en vigueur en 2019 de deux accords, l’Accord de partenariat stratégique (APS) et l’Accord de partenariat économique (APE), célébré de part et d’autre comme un moment historique, même si relativement peu de publicité en a été faite en Europe. Dans un contexte de remise en cause du multilatéralisme et du libre-échange, par les États-Unis comme par la Chine, l’UE et le Japon partagent une même analyse des intérêts communs. Tous deux sont favorables à une réforme de l’Organisation mondiale du commerce et sont parvenus à signer avec les États-Unis – qui ont repris au moins temporairement, le chemin de la concertation multilatérale – le 14 janvier dernier à Washington, une déclaration commune demandant le renforcement de la réglementation de l’OMC en matière de subventions industrielles, visant la Chine, sans la nommer.

Le Premier ministre japonais Shinzo Abe entouré du président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker et du président du Conseil européen Donald Tusk, le 17 juillet 2018 à Tokyo.
Le Premier ministre japonais Shinzo Abe entouré du président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker et du président du Conseil européen Donald Tusk, le 17 juillet 2018 à Tokyo. Koji Sasahara/Pool via Reuters

Le Japon et l’Union européenne mettent en avant le partage de valeurs telles que la démocratie, les droits de l’homme, la transparence de la gouvernance, l’économie de marché et le non-recours à la force. Pour Valérie Niquet, auteur de Le Japon en 100 questions : Un modèle en déclin ? (éd. Tallandier) ce partenariat correspond à une évolution en Europe, avec une priorité plus grande accordée aux questions de défense et de sécurité, et dans l’archipel, avec l’adoption de nouvelles lois de défense depuis 2014. Il n’en demeure pas moins comme on peut le lire dans l’ouvrage dirigé par Guibourg Delamotte Le Japon dans le monde (CNRS éditions) que des ajustements dans la relation ne manqueront pas d’arriver avec le Brexit, du fait du poids que représentait le Royaume-Uni dans la relation UE-Japon et une présence militaire permanente ou régulière dans la zone indo-pacifique.

Si beaucoup de questions se posent encore avec l’APE et l’APS notamment sur les limites de la défense des principes fondateurs, les habitudes de dialogue sont là en attendant les évènements qui se présenteront et qui auront valeur de test quant à l’existence d’une réelle volonté politique. On ne peut qu’espérer que l’avenir confirme ce rapprochement dans les faits.

Pour aller plus loin :

Géopolitique, le débat

Quel Japon pour le XXIe siècle ? (1re partie), diffusé samedi 25 janvier à 19h10 (TU)
► Quel Japon pour le XXIe siècle ? (2e partie), diffusé dimanche 26 janvier à 19h10 (TU)

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