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L'Union européenne suspend finalement une partie du privilège douanier cambodgien

Ouvrières dans une usine de textile à Phnom Penh.
Ouvrières dans une usine de textile à Phnom Penh. REUTERS

La Commission européenne a finalement tranché en faveur d’une suspension partielle de la préférence douanière accordée aux produits cambodgiens ce mercredi 12 février. La préférence « Tout sauf les armes » permet aux pays les moins développés d’exporter leurs marchandises sans droits de douane sur le marché européen.

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De notre correspondante à Phnom Penh,

D’après la décision annoncée hier mercredi, l’équivalent de 20 % des exportations cambodgiennes, soit 1 milliard d’euros de marchandises, pourra dorénavant être taxé à leur entrée sur le marché européen. Le Cambodge est le second plus important bénéficiaire du dispositif « Tout sauf les armes » et le premier pays visé par un retrait de cette préférence. Les droits de douane mis en place ne concerneront que certaines catégories de produits.

Le sucre par exemple, alors que des plantations ont fait l’objet de conflits fonciers relevés par l’UE. Les biens de voyage ensuite, comme la bagagerie. Enfin, quelques catégories de vêtements ou de chaussures, mais pas l’intégralité du secteur textile comme avait pu le craindre certains.

Taxes limitées pour un impact économique limité

Le secteur textile cambodgien emploie plus de 800 000 personnes dans un pays de 16 millions d’habitants. La mise en place de taxes douanières sur l’intégralité de ce secteur clef pour l’économie aurait donc pu avoir des conséquences socio-économiques bien plus importantes.

Dans sa décision, la Commission indique d’ailleurs que le choix des marchandises concernées s’est fait en tenant compte des besoins de développement du Cambodge et des potentiels impacts pour les travailleurs et les industries.

À l’ouverture de la procédure en février 2019, le Premier ministre cambodgien Hun Sen réagissait en déclarant ne pas avoir l’intention de se plier à des exigences étrangères au détriment de la souveraineté du Cambodge. Un an plus tard, le discours du gouvernement reste sensiblement le même.

À l’annonce de la décision, ce mercredi 12 février, le ministère cambodgien des Affaires étrangères a donc déclaré regretter une décision, qu’il estime « politiquement motivée et dépourvue d’objectivité ou d’impartialité ».

Respect des droits de l'homme et des travailleurs

Pour l’Union européenne, il faut rappeler que la préférence « Tout sauf les armes » est un avantage commercial pour les pays en développement, mais aussi un outil diplomatique. Cette préférence douanière est accordée de manière unilatérale par l’Europe, mais elle est conditionnée au respect des droits de l'homme et des travailleurs.

Or au terme d’un an de procédures, d’observation et de dialogue, la Commission européenne dit avoir relevé des « violations graves et systématiques » de ces principes au Cambodge. La dissolution du principal parti d’opposition en 2017 et les élections législatives de 2018 faisant de facto du Cambodge un État à parti unique ont servi de déclencheur à la procédure.

Mais la Commission aégalement épinglé la situation des syndicats, des libertés d’expression ou de certains conflits fonciers dans le pays. Phil Hogan, commissaire européen chargé du commerce, a indiqué hier que le « respect des droits de l’homme n’est pas négociable » pour l’Europe qui reconnait des progrès accomplis par le Cambodge, mais indique que « de graves préoccupations demeurent ».

La Commission explique néanmoins poursuivre son observation et laisse la possibilité au gouvernement d’inverser la tendance. D’une part, parce que la décision ne rentrera pas en vigueur avant le mois d’août prochain. La Commission européenne indique même que la sanction sera levée si « les raisons ayant justifié la suspension ne s’appliquent plus ».

►À écouter aussi : Droits de l'homme au Cambodge, l'industrie textile menacée par des sanctions européennes

Les multinationales font leurs comptes

Maintenant que le cadre de la suspension est posé, l’heure est aux comptes pour les acteurs économiques concernés. Il faut encore attendre pour constater des conséquences concrètes. Dans le cas de secteur textile, comme les carnets de commandes se remplissent à l’avance, plusieurs acteurs s’inquiètent néanmoins de l’effet dissuasif de la mesure vis-à-vis des investisseurs. D’autant que le Parlement européen vient par exemple de donner son feu vert à un accord de libre-échange avec le Vietnam voisin.

Dans un communiqué, le groupe H&M indique vouloir continuer à jouer un rôle positif dans le développement du Cambodge. Mais ils préviennent poursuivre l’évaluation des conséquences de la décision européenne pour la stratégie commerciale du groupe.

Depuis deux décennies, le Cambodge est le 6e pays enregistrant la plus forte croissance économique de l’ordre de 7 % par an depuis 2011. Début 2020, le gouvernement cambodgien a estimé que le taux de croissance devrait davantage avoisiner les 6,1 % cette année, en raison du coronavirus qui cause des perturbations dans la chaine d’approvisionnement du textile, et de l’impact économique de la suspension de la préférence douanière européenne.

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