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Coronavirus: Taïwan use à son tour de la «diplomatie du masque»

Taïwan produit aujourd’hui 13 millions de masques chaque jour, ce qui en fait le deuxième producteur mondial derrière la Chine.
Taïwan produit aujourd’hui 13 millions de masques chaque jour, ce qui en fait le deuxième producteur mondial derrière la Chine. REUTERS/Ann Wang

La question de l’approvisionnement en matériel médical est devenue cruciale pour les pays frappés par l'épidémie. Tous sont à la recherche de masques, de blouses de protection ou encore de respirateurs. Mais pour les pays exportateurs, ce matériel est devenu une arme diplomatique. La Chine, premier producteur mondial, a multiplié ces dernières semaines les annonces de dons, non sans arrière-pensées. Taïwan s'y met et a annoncé l’envoi de 10 millions de masques à travers le monde, dont plus de 5 millions à destination de l'Europe.

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De notre correspondant à Taipei,

Taïwan est un pays démocratique et autonome mais qui reste revendiqué par la Chine. Tout l’enjeu pour Taïwan est donc d’essayer en permanence d’exister au sein de la communauté internationale pour limiter le risque d’une annexion par Pékin. Elle a donc décidé de pratiquer elle aussi cette « diplomatie du masque ».

De manière plus terre-à-terre, ce geste a lieu parce que Taïwan est aujourd’hui en surproduction de masques. On connaît tous les produits « made in Taïwan » et ce n’est pas un hasard. Les usines taïwanaises sont très performantes et elles ont mis la main à la pâte dès le début de l’épidémie. Résultat, Taïwan produit aujourd’hui 13 millions de masques chaque jour, ce qui en fait le deuxième producteur mondial derrière la Chine. Et dans un contexte de crise, il apparaît plus logique pour les autorités de faire don de ces masques, plutôt que de les faire payer.

Un geste pour faire de l'ombre à Pékin ?

La Chine avait déjà annoncé un don de 2 millions de masques et de 500 000 kits de tests à l’Union européenne. L'envoi de matériel médical est une arme diplomatique utilisée par la Chine. D'abord pour démontrer au monde sa bonne gestion de l’épidémie, mais aussi pour faire taire les critiques face à sa réponse tardive. Le message est clair : en envoyant des masques au monde entier, Pékin apporte la preuve que son régime a triomphé face au virus et il le démontre à la communauté internationale, mais aussi aux Chinois qui auraient pu en douter...

L’exemple de Taïwan, pays démocratique qui a très bien contenu l’épidémie, dérange évidemment la Chine et les dons taïwanais seront très certainement accueillis comme un pied-de-nez. Mais il faut noter que la stratégie de Pékin a en fait du plomb dans l’aile bien avant le geste de Taïwan.

D’abord, en raison de la qualité du matériel. Des masques et des kits de tests fabriqués en Chine ont été en effet renvoyés d’Europe parce qu’ils étaient défectueux. Et puis parce que la communication agressive de la Chine peut déranger certains pays démocratiques et notamment en Europe. Face à cela, les valeurs démocratiques taïwanaises apparaissent bien plus compatibles. La présidente de la Commission européenne a d’ailleurs salué mercredi le geste de Taïwan.

Une campagne de communication

En pleine pénurie, personne ne remettra en cause l’utilité de ces nouveaux masques, mais il faut tout de même relativiser leur importance. Les 5 millions de masques donnés par Taïwan à l’Europe sont une goutte d’eau face aux 40 millions nécessaires chaque semaine en France. Et puis, ces dons concernent surtout des masques chirurgicaux. Or, le véritable nerf de la guerre, ce sont les masques FFP2, ces masques plus protecteurs nécessaires au personnel médical.

Sur ce point, la majorité des exportations sont en fait des ventes, et non des donations. Néanmoins, du point de vue des relations internationales, il semble plus équilibré de ne plus avoir un seul pays, en l’occurrence la Chine, qui soit seul en mesure d’offrir du matériel à tous les autres.

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