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Entretien

Fernando Cheung, député: «Cette loi sonnerait la fin du Hong Kong que nous connaissons»

Fernando Cheung, en 2016, à Hong Kong, alors qu'il prête serment lors de la première réunion du sixième Conseil législatif en dénonçant la «tyrannie de Pékin».
Fernando Cheung, en 2016, à Hong Kong, alors qu'il prête serment lors de la première réunion du sixième Conseil législatif en dénonçant la «tyrannie de Pékin». ANTHONY WALLACE / AFP

A Hong Kong, on ne parle plus que de la loi sur la sécurité que Pékin a déposé aujourd’hui au Parlement chinois. Cette loi, que le Parti communiste chinois veut imposer au territoire semi-autonome, vise à interdire « la trahison, la sécession, la sédition et la subversion ». L’an dernier déjà des centaines de milliers de hongkongais avaient manifesté pendant des mois pour expliquaient-ils se protéger des tentatives de Pékin de les contrôler. Selon eux c’est exactement ce que Pékin tente de faire avec cette loi. Entretien avec le député pro démocratie hongkongais Fernando Cheung.

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RFI : Qu’est-ce que cette loi changerait pour Hong Kong ?

Fernando Cheung : Le changement serait immense. Cela va à l’encontre de l’esprit « un pays, deux systèmes ». En fait, cela en sonne sa fin, et celle de Hong Kong tel que nous le connaissons. En 1997, quand le Royaume-Uni a rendu à la Chine sa souveraineté sur Hong Kong, cette entente était basée sur « un pays deux systèmes », une manière de fonctionner garantie par notre Constitution. Le cœur de ce système, c’est la séparation des gouvernances : Hong Kong garde sa propre manière de vivre, son propre système social, son système législatif, le système capitaliste... tout ce qui ne concernait pas les Affaires étrangères, la Sécurité nationale ou les affaires militaires. C’est écrit dans notre Constitution, c’est la promesse qui a été faite au peuple hongkongais. L’article 23 de notre Constitution stipule même que la gouvernance et la protection de la sécurité nationale doivent faire l’objet d’une loi, et que cette loi doit être mise en place par Hong Kong. Là, Pékin arrive et refuse cette option : ils veulent mettre en place une loi écrite par Pékin et l’imposer à Hong Kong sans passer par nos députés. Cela irait à l’encontre de la promesse qui a été faite.

C’est une loi destinée à lutter contre « la trahison, la sécession, la sédition et la subversion ». En quoi les Hongkongais sont-ils concernés ?

Il faut bien comprendre qu’en Chine, il est inscrit dans la Constitution qu’ils sont dirigés par un parti unique, le Parti communiste chinois. A Hong Kong, quand nous essayons de parler de démocratie, par définition on ne se plie pas à ce concept de parti unique. Si nous critiquons le gouvernement ou si nous agissons de manière à promouvoir la démocratie, c’est suffisant pour être considéré comme de la subversion. Car en faisant cela, on refuse le système du parti unique, qui représente le pays, l’État ; ce qui peut donc être considéré comme de la subversion. En Chine continentale, ils sont bien sûr obligés d’accepter ce fonctionnement. Mais à Hong Kong nous sommes une société ouverte, nous appartenons au monde libre, et nous voulons ces valeurs universelles que sont la démocratie et la justice sociale. Mais une fois que cette loi nationale sera introduite à Hong Kong, et que sa mise en œuvre (ce qui veut aussi évidemment dire son interprétation) sera prise en charge à Hong Kong par un organisme du gouvernement central, nous serons devenus une partie de la Chine. Et quand nous parlerons de la démocratie, on pourra estimer que l’on viole cette loi nationale en faisant de la subversion. Et ça, c’est très dangereux pour les Hongkongais.

Pourquoi Pékin fait-il cela maintenant ? Il aurait pu le faire il y a des années?

C’est précisément la question que nous aimerions poser à Pékin. Nous ne voyons aucune urgence nécessitant d’imposer une loi aussi draconienne à Hong Kong. Il n’y a pas de menace immédiate d’une quelconque subversion ou sécession, il n’y pas non plus de terrorisme. Pékin a également parlé de « pouvoirs étrangers » usant de leur influence pour affecter la sécurité nationale de la Chine. Je ne vois pas comment cela pourrait arriver. Hong Kong a toujours été une cité internationale : nous avons effectivement des investissements et des intérêts étrangers à Hong Kong, et c’est pour cette raison que nos systèmes économiques, financiers, légaux et sociaux doivent être séparés de ceux de la Chine continentale. Et là, tout d’un coup, ils voient une menace majeure à leur sécurité nationale, et estiment qu’il leur faut imposer cette loi à Hong Kong. Je ne vois absolument pas comment une menace pour la sécurité intérieure de la Chine pourrait venir de Hong Kong.

Selon la cheffe de l’exécutif hongkongais, Carrie Lam, Pékin veut faire passer cette loi à cause des manifestations de l’an dernier à Hong Kong ?

Bien sûr, ils vont mettre ça sur le compte des manifestations de l’an dernier, et des troubles sociaux provoqués par le projet de loi sur l’extradition. Une loi qui priverait les Hongkongais d’une bonne partie de leurs protections, parce que nous pourrions être envoyés et extradés en Chine continentale, jugés par leurs cours, mis dans leurs prisons. Les Hongkongais ne peuvent pas l’accepter. Mais cette loi draconienne sur la sécurité nationale serait encore pire : parce que non seulement ils importeraient leurs concepts de subversion et de sécession, mais en plus, pour mettre en œuvre cette loi, ils installeraient un organisme du gouvernement central à Hong Kong. Il n’y aurait plus de différence avec la Chine continentale… Et cela créerait encore plus d’opposition de la part des Hongkongais. S'ils veulent rassurer les Hongkongais sur leur sécurité, ils font exactement le contraire de ce qui devrait être fait.

Comment la population de Hong Kong réagit-elle à cette annonce ?

Toute la ville en parle. En ce moment, à cause de la pandémie de Covid-19, il y a des restrictions sur les rassemblements publics -la police a d’ailleurs refusé des demandes de manifestations ces dernières semaines. De fait, la veillée aux chandelles organisée tous les 4 juin (en mémoire des victimes de la place Tiananmen, ndlr) a été refusée. C’est donc très compliqué, et si ce genre d’activité est organisée la police intervient, disperse les gens et n’hésite pas à se montrer très brutale. Nous allons donc devoir attendre, et voir comment cela évolue. Des organisations locales parlent déjà de manifester ce dimanche, mais la grande organisation qui rassemblent habituellement des foules énormes, le Front civil des droits de l’homme, n’a pas appelé à un grand rassemblement - pas encore. Ils ont quand même dit qu’ils appelleraient à agir… Je pense qu’ils sont en train de réfléchir à la pandémie, et ils doivent aussi évaluer les risques d’appeler à une réunion publique alors que les rassemblements sont réduits à un maximum de huit personnes.

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