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La Chine face au défi de la relance post-coronavirus, de l'emploi et de Hong Kong

Parmi les grands enjeux de cette session parlementaire post-coronavirus: la relance de l'économie et la question très sensible de l'emploi et notamment l’émission d’un emprunt d’État de 1000 milliards de yuans annoncé par le Premier ministre.
Parmi les grands enjeux de cette session parlementaire post-coronavirus: la relance de l'économie et la question très sensible de l'emploi et notamment l’émission d’un emprunt d’État de 1000 milliards de yuans annoncé par le Premier ministre. LEO RAMIREZ / AFP

Avec deux mois de retard, la session de l'Assemblée nationale populaire s'est ouverte ce vendredi 22 mai à Pékin. Le rendez-vous politique annuel du PCC est l'occasion d'afficher une image d'unité et de puissance face à l'Amérique de Donald Trump et une partie des pays européens, très affectés par la pandémie de coronavirus. Parmi les grands enjeux de cette session parlementaire: la relance de l'économie et la question très sensible de l'emploi et notamment l’émission d’un emprunt d’État de 1 000 milliards de yuans annoncé par le Premier ministre.

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Avec notre correspondant régional,

L'image de ces 5 000 délégués du Parti communiste chinois, certes masqués, mais venus de toutes les provinces chinoises et réunis place Tiananmen, pour ces deux sessions du Parlement chinois, marque la victoire de Pékin contre le virus. La conférence consultative politique du peuple chinois du 21 mai et l'Assemblée nationale populaire ce vendredi 22 mai sont, pour le régime, l'occasion de mettre en scène son leadership dans cette nouvelle bataille de la croissance.

Le moteur de la deuxième puissance économique s'est arrêté pendant près de trois mois. Les ouvriers confinés ont moins manifesté que l'an passé, mais la grogne sociale n'a pas disparue dit Eric Sautedé, chercheur au China Labour Bulletin et contributeur du site Planet Labour.

« La grogne sociale, on la lit surtout sur les réseaux sociaux et dans les mesures qui ont été prises par le gouvernement. Il y a eu plus de 90 mesures prises par le gouvernement depuis la fin janvier afin de répondre justement à cette grogne sociale. Alors ce sont des mesures d'abord à destination des entreprises, mais c'est aussi à destinations des personnes, des employés, des travailleurs. Avec beaucoup de choses qui ont été mises en place pour les travailleurs migrants qui représentent 291 millions de personnes. Il faudra voir comment cela se traduira concrètement. »

Pour ce chercheur, on voit, via les commentaires sur les médias sociaux, que la grogne et les inquiétudes sociales n'ont pas disparu. Mais, en termes de manifestations, de débrayages et d'occupations d'usine, il y en a évidemment beaucoup moins que sur la même période l'année dernière.

« Le China Labour Bulletin rapporte 148 mouvements alors qu'on en avait près de 480 à la même époque l'année dernière. On en a surtout dans les services, alors que d'ordinaire des manifestations et des piquets de grève concernent le secteur de la construction à plus de 40%. En raison de l'arrêt de l'économie qui s'est arrêtée, on ne lit pas cette grogne sociale avec les mêmes indicateurs. »

Les manifestations dans le secteur des services

Plus d'un tiers des manifestations en Chine ces dernières semaines concernaient le secteur des services avec des faillites et des emplois menacés.

L'équipe du China Labour Bulletin cite notamment le cas des taxis. Dans plusieurs mégalopoles, les chauffeurs ont manifesté contre les entreprises qui continuaient d'exiger le loyer de véhicules alors que les voitures ne roulaient plus en raison des mesures de confinement.

Même inquiétude dans le secteur de l’hôtellerie. He Juan a 32 ans, elle a travaillé pour un établissement situé dans les hutong, les vieilles ruelles de Pékin. Faute de touristes, son hôtel a dû fermer il y a deux semaines.

« J'étais employée par un hôtel avec cour du quartier de Dongcheng. Nous n'avons pas réussi à survivre pendant l'épidémie en raison du manque de ressources et de soutien. Mon hôtel ne rouvrira pas. Cela m'inquiète, car mes opportunités sur le marché du travail sont très limitées en ce moment. Tous les secteurs ont été affectés par l'épidémie. »

La plupart des entreprises ne gagnent pas d'argent, et donc elles n'embauchent pas explique He Juan: « Ces prochaines semaines vont être très difficiles, et malheureusement, je crois que ça ira même au-delà. Certains espèrent que ça va s'arranger en juillet, mais juillet, c'est la saison des diplômes. Il y a beaucoup de compétition pour les postes. Cette année va être difficile pour ceux qui comme moi cherchent un emploi. »

Un taux de chômage en hausse

La question de l'emploi est surveillée comme le « lait de soja sur le feu » par le pouvoir chinois. Le taux de chômage est monté à 6% en avril, c'est beaucoup pour la Chine, et c'est le chômage officiel.

« Les questions de l'emploi et du chômage se posent de manière beaucoup plus aiguë cette année. On a un chômage qui est monté à 6,2% avant de retomber à 5, 9% puis 6% aujourd'hui, explique Éric Sautedé. Il y a une vraie inquiétude de l'appareil d'État par rapport à ça, car il faut savoir que les chiffres du chômage officiel sont établis à partir d'études réalisées sur 31 villes principales. Donc on a une partie des demandeurs d'emplois qui passent sous le radar dans les petites villes et les centres péri-urbains. Il y a eu plusieurs estimations indépendantes réalisées notamment par le magasine économique Caixin, selon lesquels la Chine compterait aujourd'hui 70 à 80 millions de chômeurs, dont 50 millions dans les services. Ce qui voudrait dire qu'on serait beaucoup plus proche des 10 % de chômage dans les grands centres urbains. »

Si on prend en compte les sous-emplois, on serait même à 20 voir 25% de chômage précise ce chercheur au China Labour Bulletin. Sachant que le secteur manufacturier n'a pas encore été impacté, puisque les aides du gouvernement chinois et notamment le reversement des protections chômage ont permis, comme dans d'autres pays, de maintenir l'emploi de façon artificielle.

« On devrait donc avoir des chiffres plus importants dans les semaines à venir. Et l’assurance-chômage ne couvre pas tout le monde. Seulement 50 % des travailleurs urbains sont couverts, seulement un cinquième des travailleurs migrants sont couverts. Le troisième problème, ce sont les jeunes entrants, 9 millions de jeunes diplômés qui vont se retrouver sur le marché du travail, qui est de toute façon toujours très dur en Chine depuis plusieurs années, et qui va l'être encore plus cette année. »

Le pays va laisser filer son déficit cette année à 3,6% du PIB (contre 2,8% l'an dernier) mettant ainsi un frein à sa politique de désendettement pour soutenir une économie en souffrance. Le déficit du pays augmentera ainsi de 1 000 milliards de yuans par rapport à l'an dernier, a précisé Li Keqiang. La Chine n'a plus connu d'excédent budgétaire depuis 2007. Le Premier ministre chinois a également annoncé l'émission d'un emprunt d'État pour un montant de 1000 milliards de yuans.« Il s'agit d'une mesure exceptionnelle limitée à une période exceptionnelle », a relevé Li Keqiang, précisant que ce total de 2 000 milliards de yuans serait « transféré en intégralité » aux gouvernements locaux pour soutenir l'emploi.

À lire: Coronavirus: en Chine, les inquiétudes pour la croissance et l'emploi

Assurer la stabilité sociale du pays

Le monde d'après Covid-19, ce sont donc ces chiffres du chômage en hausse y compris en Chine. Mais des chiffres qui restent encore relativement bas comparés à ceux mesurés en Europe, mais cela inquiète tout de même les délégués du PCC réuni à Pékin. Cela les inquiète d’abord parce que l'assurance-chômage est loin de concerner tout le monde en Chine. Parmi les mesures attendues pendant cette session un soutient à la lutte contre la grande pauvreté. L'objectif du président chinois est d'atteindre une « société de moyenne aisance » avec une demande intérieure, moteur de la croissance. La consommation intérieure représente aujourd’hui 40% du PIB chinois.

La pandémie a freiné cette ambition, l'emploi est menacé y compris dans les services. On compte ainsi 13,8% de chômeurs chez les jeunes diplômés. Une véritable bombe à retardement pour le pouvoir chinois selon Joe Mazur, analyste chez Trivium Chinaalyst, un think tank basé à Pékin.

« Rien ne fait plus peur au Parti communiste, dit-il, que la perspective de dizaines de millions de chômeurs mécontents, qui pourraient agir comme une force de déstabilisation majeure pour le pays. Or la base de la politique chinoise, c'est la stabilité sociale. La croissance économique et la sécurité de l'emploi sont donc des éléments majeurs du puzzle. Tous les signaux indiquent donc que le gouvernement chinois maintiendra le cap en augmentant son soutien aux secteurs en difficulté avec des mesures ciblées. Environ 20 millions de travailleurs migrants en Chine ont perdu leur emploi pendant la récession en 2008 et 2009. Là, on parle d'un ralentissement encore plus profond. Voilà pourquoi la question du chômage inquiète tant en Chine. »

Difficile dans ce contexte de conserver cette image de stabilité qu'est sensé incarner cette réunion des délégués du parti à Pékin. D'autres mesures devraient venir compléter l'arsenal de la relance pendant ce congrès. Mais les mesures coûtent cher, notamment aux gouvernements provinciaux. Ce sont donc des ajustements fins qui devraient être décidés pendant « Lianghui », ces deux sessions parlementaires. La Chine n'a plus les réserves de 2008 et en dehors de ce mécontentement à maîtriser sur le plan intérieur, Pékin doit aussi affronter une hostilité accrue à l'étranger.

La question de la sécurité nationale

Pas d'objectif de croissance 2020 et des dépenses de défenses en hausse de 6,6%, il a beaucoup été question de stabilité dans le discours d'ouverture du Premier ministre chinois ce vendredi matin. Li Keqiang a également évoqué la question de Hong Kong, le gouvernement central doit déposer ce vendredi une résolution sur une nouvelle loi sur la sécurité nationale pour la région administrative spéciale.

Cette résolution dont les contours ont fuité, est la véritable bombe de cette session parlementaire post Covid-19. Pékin entend profiter de la pandémie pour tenter d'extirper cette épine dans le pied qu'est devenue la région administrative spéciale. Depuis des mois maintenant l'appareil chinois est confronté à une résistance massive de la population hongkongaise, opposée dans la rue et dans les urnes à l'introduction justement de cette loi sur la sécurité nationale qui s'applique partout en Chine, sauf à Hong Kong.

Les dirigeants communistes semblent avoir perdu patience et doutent visiblement des capacités du conseil législatif hongkongais (LegCo) à promulguer l'article 23 de la loi fondamentale de la ville, retiré en 2003 et qui, selon Pékin, permettrait de proscrire des activités jugées sécessionnistes et subversives ainsi que toute ingérence étrangère sur le territoire. Or, il s'agit bien d'une « affaire nationale » et non d'une affaire de Hong Kong martèle le Quotidien du peuple.

Ce vendredi, le Premier ministre s'est voulu rassurant. Un mécanisme d’application pour la sécurité nationale dans la région administrative spéciale doit être mis en place, a insisté Li keqiang, tout en se voulant rassurant : Le gouvernement central a poursuivi de mettra en œuvre « avec précision » le modèle « un pays, deux systèmes » et le principe du « peuple de Hong Kong gouvernant Hong Kong ». Ce principe, ayant été omis dans le rapport du président de la Conférence consultative politique du peuple chinois qui s'est ouverte le jeudi 21 mai.

Mais, pour de nombreux observateurs, ce cadre juridique vise bien à mettre fin à l'exception hongkongaise. La résolution devant permettre à l'Assemblée nationale populaire de voter cette nouvelle loi sur la sécurité nationale, avant que le comité permanent de l'assemblée ne vienne la valider d’ici à la fin août, avant les élections des représentants du LegCo. Le chef du gouvernement a par ailleurs appelé au rejet des activités séparatistes à Taiwan et à la défense du principe d'« une seule Chine ».

À lire: Coronavirus: Chine, du déni à la pandémie

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