Accéder au contenu principal
Festival d'Avignon

Les nuits Wajdi Mouawad

"Littoral" de Wajdi Mouawad (1ère partie du quatuor "le sang des promesses")
"Littoral" de Wajdi Mouawad (1ère partie du quatuor "le sang des promesses") © Thibaut Baron

Auteur, metteur en scène, comédien, Wajdi Mouawad est un Québécois pas comme les autres. D’origine libanaise, il est l’artiste associé de la 63e édition du Festival d’Avignon. Il a enthousiasmé les spectateurs de la Cour d’honneur du Palais des Papes par sa saga épique de guerre et de familles désunies qui dure toute la nuit.

Publicité

 

Le Festival d’Avignon qui a ouvert ses portes le 7 juillet, fait une large place cette année à l’œuvre de l’auteur et metteur en scène libano-québécois Wajdi Mouawad. Ce dernier est l’artiste-associé de cette 63e édition du Festival. Il est le premier artiste-associé d’origine non-européenne. C’est sur la scène prestigieuse du Palais des Papes que l’homme de théâtre basé au Québec a présenté son principal spectacle. Il s’agit de l’intégrale de sa tétralogie qui se déroule toute la nuit (spectacle de 11 heures), avec le lever de rideau à 20 heures. Avignon est coutumier de ces programmes nocturnes qui ont la faveur des festivaliers et qui se jouent devant des salles combles. L’intégrale de Mouawad n’a pas failli à la règle, avec chaque matin une standing ovation pour le metteur en scène et ses comédiens tous très talentueux.

Le spectacle que propose Mouawad aux spectateurs du Palais des Papes est en effet inoubliable. Inoubliable par la puissance de la narration, par le lyrisme de sa scénographie et par l’universalité des thèmes que l’écrivain brasse : désir, identité, quête des origines, confrontation avec l’Autre… En réalité, cette intégrale n’en est pas une car elle est composée seulement des trois premiers volets de la tétralogie : Littoral (1997), Incendies (2003) et Forêts(2006). Le dernier volet du quatuor, intitulé Ciels, sera présenté séparément dans la deuxième partie du festival (1). Ce sera une création, alors que les trois premières pièces ont déjà été jouées plusieurs fois sur des scènes françaises et canadiennes.

Autobiographiques en partie, les quatre pièces puisent leur matière et leur coloration dans l’exil que connaît l’auteur depuis l’âge de dix ans, lorsque sa famille a fui la guerre au Liban pour émigrer, en France d’abord, puis au Québec. « Je voulais écrire sur l’exil mais sans jamais parler d’exil, je voulais parler de déplacement mais sans jamais que les choses ne bougent, je voulais parler d’enfermement mais en situant l’action en plein air », a raconté Wajdi Mouawad dans un récent livre consacré au making-of de ses spectacles (2). Le Liban n’est jamais cité nommément dans les pièces, mais il est présent par la violence de la guerre ainsi que par la thématique de l’enfance perdue à jamais que l’auteur associe à son pays natal. « Littoral, Incendies, Forêts, Ciels, explique-t-il, comme l’envie de recréer les éléments pour répondre à la perte des éléments. Arraché à la mer voici Littoral, arraché au désir voiciIncendies, arraché à la montagne voiciForêts, arraché aux oiseaux voiciCiels ».

Un trop-plein d’histoires et d’actions


Rompant avec le théâtre minimaliste moderne, les pièces du Libanais se caractérisent par leur trop-plein d’histoires et d’actions. C’est en conteur oriental à la Sophocle que Mouawad aborde le théâtre, mais ses stratégies de narration sont résolument modernistes, mêlant avec brio des histoires au long cours avec l’art du fragment et de la déconstruction.
 

"Forêts" de Wajdi Mouawad (3è partie du quatuor "le sang des promesses")
"Forêts" de Wajdi Mouawad (3è partie du quatuor "le sang des promesses") © Thibaut Baron

 Ainsi, dans Incendies – qui est sans doute la pièce la plus réussie de la saga présentée à la Cour d’honneur –, le récit polyphonique de la quête identitaire des deux protagonistes dans le Montréal contemporain finit par retomber sur ses pieds, après de longs détours par la guerre civile au Moyen-Orient, par des références intertextuelles à Sophocle, à Shakespeare ou à Kafka. Avec Forêts, on est dans un polar paléontologique qui met en scène la résolution douloureuse d’un puzzle identitaire, avec pour cadre les guerres européennes de 1870, 1914 et 1939. Enfin, Littoral, pièce qui a véritablement fait connaître Mouawad en dehors des frontières canadiennes, entraîne le spectateur sur les pas du jeune Wilfrid qui transporte sur son dos, tel Sindbad le marin, le cadavre de son père afin de lui offrir une sépulture dans son pays natal. Ce retour au pays des ancêtres devient pour le jeune protagoniste l’opportunité d’explorer les fondements même de son existence et de son identité. Grâce aux rencontres qu’il fait chemin faisant, avec les autres, avec l’océan et surtout avec soi-même, il réussira à se libérer de la malédiction de l’enfance qui est, ne cesse de répéter l’auteur d’une pièce à l’autre, « un couteau planté dans la gorge ».

Se libérer des fantômes de l’enfance et de l’héritage, tel semble être l’enjeu de la dramaturgie wajdienne. Une dramaturgie qui épouse avec une éloquence éblouissante de beauté et de force les contours de la vie, celle d’un Libanais orphelin de son pays, celle aussi des spectateurs de la Cour d’honneur qui se sont identifiés aux personnages de fiction de Wajdi Mouawad et ont du mal, le matin venu, à réintégrer leurs vies accablées sous le poids de la banalité du réel.

(1) Au Parc des Expositions de Châteaublanc, les 18, 19, 21, 22, 23, 24, 26 (à 22 heures).

(2) Le sang des promesses. Puzzle, racines et rhizomes, Wajdi Mouawad, éd. Actes Sud/Leméac.

 

 

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.