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Photographie

August Sander, en toute objectivité

La boucle du Rhin près de Boppard, 1938.
La boucle du Rhin près de Boppard, 1938. © Die Photographische Sammlung/SK Stiftung Kultur-August Sander

Réunir dans un même lieu les portraits, les paysages et les études botaniques d’August Sander (1876-1964)… Une première qu’organise jusqu’au 20 décembre la Fondation Henri Cartier- Bresson à Paris. Deux étages placés sous le signe de « La nouvelle objectivité », mouvement apparu dans les années 1920 en Allemagne en réaction à l’expressionnisme. C’est l’esprit de cette démarche volontairement exhaustive qui livre une image complète de la première moitié du XXe siècle que recrée l’exposition Voir, observer et penser, les trois maîtres-mots de Sander.

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Pas de hiérarchie : les modèles, les motifs se valent tous. Le visiteur est d’emblée frappé par cette volonté à la fois de distance et d’impartialité qui se dégage des clichés d’August Sander. A l’aune de la démarche du photographe dont le travail se veut avant tout documentaire. Son ambition quand il débute ce travail visant à transmettre une image de son époque fidèle à la réalité, grâce à la photographie : « En voyant, en observant et en pensant, avec l’aide de l’appareil photographique et en ajoutant une indication de date, nous pouvons fixer l’histoire universelle, et grâce aux possibilités d’expression de la photographie en tant que langage universel, influencer l’humanité entière », déclare-t-il en 1931.

 

"Jeune fille", Westerwald, vers 1925 (épreuve moderne 1998).
"Jeune fille", Westerwald, vers 1925 (épreuve moderne 1998). © Die Photographische Sammlung/SK Stiftung Kultur-August Sander

Ce souci d’objectivité est particulièrement criant dans la galerie de portraits où se succèdent artistes et paysans, nantis et ouvriers selon le même mode opératoire. Modèles en pied, regard frontal… Il n’est probablement pas innocent que l’exposition commence sur le très beau portrait (assis, celui-là) d’un paysan, le visage profondément plissé, ridé mais d’une dignité autrement plus impressionnante que le contentement un peu ridicule, affiché par l’huissier qui, à l’étage supérieur, accueille à son tour le public.

C’est entre les années 1920 et 1930 qu’August Sander réalise ce travail « d’identification ». Facteur, pâtissier, boxeurs, gaziers, mineur, manœuvre, vendeur d’allumettes… Tous les métiers ont ainsi été systématiquement catalogués au même titre du reste que les représentants de l’élite culturelle de la ville de Cologne où il réside : pianiste, architecte, soprano, écrivain, acteurs, eux-mêmes se sont pliés à cet inventaire sociologique qui allait être réunis dans un ouvrage baptisé Hommes du XXe siècle. Même quand il entreprend de photographier les familles, dans leurs habits du dimanche, nulle afféterie, nulle empathie.

« Rien ne m’est plus odieux que la photographie saupoudrée de sucre avec des minauderies, des poses et des effets ». C’est tellement vrai que même son épouse, tenant dans ses bras, les jumeaux qu’elle vient de mettre au monde, est créditée d’une légende dénuée de toute trace d’émotion, « Mon épouse entre joie et tristesse » (1921). Pour autant, ce travail volontairement distancié ne gomme pas l’aspect artistique de l’ensemble présenté. Avec paradoxalement du rythme dans ces portraits en apparence figés, preuve qu’une mise en scène a bien été imaginée même si, comme on peut le lire dans l’exposition, « elle fut dictée par la situation ».

La part artistique de cette démarche documentaire est plus flagrante encore avec la série consacrée aux paysages, dans lesquels s’inscrivent les hommes et les femmes pris quelques années plus tôt. C’est dans les années 1930 qu’August Sander se consacre plus spécialement aux boucles du Rhin et aux régions traversées par le fleuve. Et de chacune de ses images se dégage une charge poétique voire contemplative qui accroche, aspire, hypnotise notre regard.

On comprend mieux dès lors qu’un photographe comme Walker Evans ait très tôt salué le travail de cet artiste allemand auquel on pensera bientôt, courant octobre, en découvrant le nouveau film en noir et blanc de Michael Haneke, Le ruban blanc (Palme d’or 2009 à Cannes), dont les protagonistes et l’environnement semblent tout droit sortis des albums d’August Sander, le cousin germain d’un autre adepte de la série, Eugène Atget (1857-1927), grand témoin de son temps lui aussi.

 

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