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Cinéma

L'amour sans mots dire

Sandrine Kiberlain
Sandrine Kiberlain © TS Productions

Sortie sur les écrans français de Mademoiselle Chambon de Stéphane Brizé, d’après le roman d’Eric Holder. Les retrouvailles douze ans après Le Septième Ciel de Sandrine Kiberlain et Vincent Lindon dans une histoire d’amour qui ne dit mot.

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Il ne se passe presque rien dans Mademoiselle Chambon. Mais tout est dans ce « presque » qui dissimule rien moins qu’un séisme, un tremblement amoureux. De ceux qui vous tombent dessus sans crier gare. Le film s’ouvre sur une leçon de grammaire au soleil, lors d’un pique-nique que l’on suppose dominical : ensemble - et le mot n’est pas que descriptif - Jean, Anne-Marie son épouse et leur fils Jérémy. De toute évidence, Jean est heureux en famille, comme il l’est au travail avec ses collègues, maçons comme lui. Sa rencontre avec l’institutrice de son fils, Véronique Chambon, va pourtant tout remettre en cause, et lui révéler une part de lui enfouie ou occultée.

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Car c’est à travers son regard à elle qu’il prend d’abord conscience que sa vie ne se résume pas forcément à cette « carte de visite » vaguement évoquée plus haut, lors notamment d’un exposé devant une classe sur son métier. Mademoiselle Chambon l’a sollicité pour cette présentation, et dans l’admiration qu’il devine ou surprend dans son attitude, il se découvre amoureux, de l’amour qu’on lui porte puis de celle qui a su le provoquer.

Plutôt que de se carapater et de regagner, sans plus y penser, ses pénates, Jean accepte de venir changer une fenêtre dans le salon de Véronique Chambon, découvre ainsi un univers échafaudé autour des livres et de la musique, la locataire des lieux jouant elle-même du violon. Bref, un univers a priori à cent lieues du sien. Pourtant, elle se propose de lui prêter des disques, l’encourage finalement à développer cette part sensible de sa personnalité négligée par les aléas de la vie.

Et ainsi de suite, nul changement de rythme, nulle précipitation, nul emballement juste du non-dit. Si ce n’est que même muettes, on entend les interrogations des deux protagonistes ne sachant que faire ni comment ou à quel moment le faire, empêtrés dans l’inquiétude de tout amoureux rendu fragile par cet élan qui brouille les repères et balaye les certitudes.

Tout le film joue de cette pudeur, et a fortiori de ce décalage entre ce que l’on s’autorise à dire et ce que l’on ressent, quand le sentiment amoureux s’immisce entre deux personnes. Entre l’extrême pauvreté des conversations, à la fois touchante et ridicule, et le silence assourdissant des cœurs étourdis qui ne trouvent à s’épancher que dans de menus gestes pleins de retenue, des regards presque suppliants. Jamais Stéphane Brizé ne s’éloignera de ce mode délicat et mélancolique ; même le chagrin restera silencieux quand à la fin, sur le quai d'une gare, nous assisterons à un faux départ, à un renoncement.

Et si Mademoiselle Chambon évoque par instant Sur la route de Madison, cet autre mélo qui a étreint jusqu’aux larmes des millions de spectateurs, c’est aussi en raison du jeu sensible des deux acteurs principaux qui, comme dans le film de Clint Eastwood, sont remarquables. A savoir Sandrine Kiberlain et Vincent Lindon, ex-partenaires dans la vie, qui réussissent à nous déstabiliser, nous aussi.

Vincent Lindon et Aure Atika
Vincent Lindon et Aure Atika © TS Productions

 

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