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Affaire Clearstream

Un procès politique

Dominique de Villepin (g), sa femme et leurs deux enfants quittent la salle d'audience du palais de Justice de Paris, le 21 septembre.
Dominique de Villepin (g), sa femme et leurs deux enfants quittent la salle d'audience du palais de Justice de Paris, le 21 septembre. Gonzalo Fuentes / Reuters

Dans une vidéo de dix minutes postée sur son site internet, Dominique de Villepin a jugé ce vendredi « inacceptables » les propos de Nicolas Sarkozy évoquant les « coupables » du procès Clearstream, devant le tribunal correctionnel de Paris. Le « lapsus » de Nicolas Sarkozy a été prononcé mercredi soir lors de son interview sur TF1 et France 2 depuis New York où il assistait à l'Assemblée générale des Nations unies. Pour l'ancien Premier ministre, « C'est un excès qui n'est pas acceptable dans une démocratie », avant de repéter mot pour mot sa déclaration à son arrivée au tribunal lundi. « Je suis là par la volonté d'un homme, par l'acharnement d'un homme ». Le procès des faux listings de la société luxembourgeoise Clearstream reprend ce lundi 28 septembre. Dominique de Villepin doit être entendu mercredi.

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Lundi 21 septembre

Sur les marches du Palais de Justice, juste avant le début de l’audience, Dominique de Villepin entouré de sa femme et de ses enfants, prend la parole :

« Je suis ici par la volonté et l’acharnement d’un seul homme : Nicolas Sarkozy… »

Pour l’ex-Premier ministre, le procès Clearstream n’est pas qu’un simple rendez-vous judiciaire, il s’agit bel et bien d’un combat politique. Le duel Nicolas Sarkozy / Dominique de Villepin va avoir lieu dans le prétoire mais aussi à l’extérieur. Les propos assassins par médias interposés vont se multiplier.

Le statut pénal du chef de l’Etat en question

Au premier jour du procès, la défense de Dominique de Villepin soulève un incident de procédure : elle exige le départ du plaignant Nicolas Sarkozy du banc des parties civiles, au nom de l’égalité des armes.

L’aréopage d’avocats de Dominique de Villepin (au nombre de quatre, autant que pour Yvan Colonna, ironise la partie adverse) monte à l’assaut. Henri Leclerc mène la charge. « On ne doit pas être placé dans une situation où l’on est désavantagé vis-à-vis de son adversaire », lance-t-il. Aux yeux du vieux ténor du barreau, ce procès est loin d’être équitable :
-Le chef de l’Etat jouit d’une immunité absolue, il ne peut rien lui arriver;
-Le chef de l’Etat préside le Conseil supérieur de la magistrature, à ce titre il a autorité sur le Parquet;
-Le chef de l’Etat est au centre de l’institution.

« Or dans cette affaire », souligne Henri Leclerc, « Le président s’engage : il veut pendre le responsable de la dénonciation calomnieuse à un croc de boucher. Tous les jours on parle de sa colère froide à l’égard de Dominique de Villepin. Celui qui va être jugé nourrit de légitimes inquiétudes ».

Habile pénaliste, Thierry Herzog, l’avocat du président, contre-attaque : « Le président est une partie civile comme les autres et Dominique de Villepin un prévenu comme les autres », argue-t-il. Appuyé par le ministère public, il rappelle que d’autres présidents, en leur temps, se sont déjà portés partie civile. Légalement rien ne s’oppose donc à ce que Nicolas Sarkozy soit présent sur le banc des victimes.

Après avoir délibéré, le tribunal décide de joindre au fond et de rendre sa décision au moment du jugement.

Mardi 22 et mercredi 23 septembre

Un personnage émerge de cette première semaine d’audience : Imad Lahoud. Après avoir multiplié les versions contradictoires au cours de l’instruction, l’informaticien désormais professeur agrégé de mathématiques, livre une nouvelle « vérité » au tribunal. Oui, reconnait-il, il a bien rencontré Dominique de Villepin en avril 2005. Rongé par le remord, il voulait confier à la justice, ses secrets sur l’affaire Clearstream. Mais Dominique de Villepin lui aurait alors demandé de ne pas craquer… Pour la France.

Avec beaucoup d’aisance, l’ex-Premier ministre s’avance à la barre pour dire : « Je ne connais pas Monsieur Lahoud… »

Et la nouvelle version, servie par Imad Lahoud, réserve encore quelques surprises. Comme il l’avait déjà précisé au juge d’Huy, c’est bien lui qui a introduit les deux patronymes hongrois de Nicolas Sarkozy ( Paul de Nagy et Stéphane Bocsa ) dans les faux listings bancaires. Mais sous la dictée de Jean-Louis Gergorin.

Et il raconte : « J’ai fait ça en mars 2004 au ministère de l’Intérieur, Yves Bertrand le patron des Renseignements généraux et le général Philippe Rondot, étaient là. Jean Louis Gergorin a exercé une grande pression, moi j’étais réticent ». Mais, précise Lahoud, « je n’ai pas introduit les autres noms de personnalités». Et l’ex-informaticien termine par un extraordinaire exercice de contrition : « Je demande pardon, je regrette amèrement. Mais je n’étais qu’une petite main, j’étais la chose de Jean-Louis Gergorin ».

Avec beaucoup d’aplomb, beaucoup de naturel, Imad Lahoud use et abuse des revirements, pour minimiser son rôle. Etonnante stratégie qui peine à cacher son véritable talent : la manipulation.

A la barre, Denis Robert et Florian Bourges ( les premiers détenteurs des listings Clearstream ), racontent comment Lahoud les a manipulés pour récupérer les fichiers qu’ils détenaient. A son tour, l’industriel, Jean-Louis Gergorin, témoigne : « Cet homme a une capacité de persuasion extraordinaire, mais le soi-disant piratage du réseau informatique Clearstream par Lahoud semblait crédible, il a convaincu les spécialistes des services secrets. J’en ai été la victime, je reconnais mes erreurs, mais c’était de bonne foi ».

Le lapsus de Nicolas Sarkozy

Mercredi 23 septembre au soir, alors que l’audience s’éternise, le chef de l’Etat répond à un entretien télévisé depuis New York. Interrogé sur l’affaire Clearstream, Nicolas Sarkozy utilise le mot «coupable» et non «prévenu» comme l’exige le principe de la présomption d’innocence. La défense de Dominiqe de Villepin ne laisse pas passer l’aubaine. Avertis par SMS, les avocats organisent la riposte : « On a déjà voulu pendre Dominique de Villepin à un croc de boucher et maintenant on apprend de la bouche du président qu’il est coupable. Ce type de justice est-il acceptable ? », rugit Olivier Metzner.

Sur le fondement de l’article 9 du code civil, Dominique de Villepin décide d’assigner son rival pour atteinte à la présomption d’innocence.

Au procès Clearstream, tous les coups sont permis.

 

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