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Afghanistan

Peut-on acheter la paix aux talibans?

Des combattants talibans à l'ouest de Kaboul, le 26 septembre 2008.
Des combattants talibans à l'ouest de Kaboul, le 26 septembre 2008. AFP

Le débat revient en force depuis l’élection de Barack Obama aux Etats-Unis. Comment impliquer davantage les populations et surtout comment désarmer les talibans ? Faut-il acheter la paix ? Les « pour » et les « contre » échangent leurs arguments par médias interposés.

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 Officiellement les petits arrangements entre ennemis n’existent pas en Afghanistan. Aucun responsable des forces de l’Alliance n’a encore évoqué ouvertement le sujet. Argent contre désarmement, cette pratique qui serait monnaie courante côté Pakistanais aurait pourtant fini par passer la frontière, selon l’envoyée spéciale du Nouvel Observateur. « Faute de pouvoir réduire les insurgés islamistes par la force, écrit Sara Daniel dans un article publié le 23 avril dernier, Etats-Unis et Pakistan tentent d’acheter les talibans ou au moins certains de leurs fidèles. Dans la région de Wardak, à 50 kilomètres de Kaboul, les Américains essaient de lever des milices villageoises afin d’aider une armée et une police afghane complètement dépassées. La méthode, qui a fait ses preuves en Irak, pourrait être étendue à tout le pays. »

Cette « méthode » serait la bonne, à en croire Fareed Zakaria. Dans le Washington Post du 14 septembre 2009, l’éditorialiste prône un changement global d’orientation. Il faut, dit-il, passer de la stratégie de la « construction du pays » à une politique du donnant-donnant. Le « Nation building » des Américains - « construction de l’Afghanistan » - ou la stratégie de « l’Afghanisation », voulue par les Français, repose sur un développement de la société civile qui passe, outre la construction d’écoles par des aides, notamment à la formation et à l’équipement de la police afghane. Pour l’éditorialiste américain d’origine indienne ce n’est pas suffisant : « Le problème majeur en Afghanistan, écrit Fareed Zakaria, est que les Pachtounes, qui représentent 45 % de la population et 100 % des talibans, ne se sentent pas impliqués. Nous devons commencer à parler avec eux, qu’ils s’agissent ou non de talibans. Acheter, louer les services ou soudoyer les tribus pachtounes doit être la pièce centrale de la stratégie américaine de stabilisation du pays, comme c’était le cas lorsque les Britanniques contrôlaient l’Afghanistan. »

Des combattants « achetables »

Peut-on acheter les combattants islamistes ? L’idée viendrait même au départ de certains responsables Afghans. Sur le sujet, l’ambassadeur d’Afghanistan aux Etats-Unis n’y va pas par quatre chemins. Lui qui à l’habitude de prendre des gants affirme que « certains talibans peuvent être conquis par des moyens de persuasion tels que la corruption et la coercition ». A l’occasion d’une conférence à la Harvard Kennedy School en mars dernier, Said Jawad fait alors la distinction entre trois groupes idéologiques de talibans : « Les fondamentalistes que l’on ne pourra jamais persuader d’abandonner l’action violente (…) Les jeunes (…) qui ont rejoint la cause faute de travail et d’opportunité dans la société. Les militants qui ont été recrutés par des trafiquants de drogue mécontents des opérations militaires de l’OTAN » Pour le diplomate, les deux derniers groupes peuvent être facilement convaincus au moyen d’un « dialogue ouvert » et des « pots-de-vin ». 

En 2006, Segbatullah Mojaddedi insistait déjà sur la nécessité d’intégrer les talibans au processus de paix. « Nous n’avons guère de moyens pour intégrer les talibans de haut rang au projet de la Commission indépendante de paix et réconciliation, regrettait alors le président du Sénat afghan. Il leur faut un domicile et un travail et l’Etat n’est pas en mesure de leur fournir ce dont ils ont besoin ». « La corruption a tendance à produire des résultats au moins à court terme, affirme encore Fred Kaplan sur le site de stratégie Slate.com ».  Ce spécialiste des questions de sécurité et de défense se base sur l’expérience de l’armée américaine en Irak qui aurait permis de « pacifier presque la totalité du nord du pays ».

L’expérience est-elle pour autant transposable à l’Afghanistan ? Rien n’est moins sûr, répliquent de nombreux experts. Pour Joanna Nathan, interviewée par la BBC, « acheter des alliés n’en fait pas des alliés de confiance. Se contenter de monnayer les services ou corrompre d’avantage de commandants talibans (…) entraînerait un surcroît d’instabilité (..) dans une économie de guerre », nous explique cette chercheuse à l’International Crisis Group. Sans compter la question morale. L’aide des contribuables des pays donateurs peut-elle servir à acheter des combattants talibans ? Mais ce serait là un autre débat.

 

 

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