Accéder au contenu principal
Cinéma

Le Portugal qui célèbre le 7e art français : dix ans déjà !

La Festa do cinéma Francês, la fête du cinéma français au Portugal fête ses dix ans. Du 7 au 19 Octobre, l’évènement prend place à Lisbonne pour une découverte de la création cinématographique contemporaine. Des longs métrages en avant première, des « Césars » et des « premiers films, grandes œuvres » à découvrir. Sans oublier l'hommage à Agnès Varda, la rétrospective Jeanne Balibar et un concert de Jane Birkin : les femmes sont à l’honneur. La Festa qui se déroule en simultané ou en léger différé dans cinq villes de province se terminera le 10 novembre.

Publicité

(Première publication : 6 octobre 2009)

Sept films, trois séances, une salle. En 2000, pour sa première édition la Festa affichait un profil modeste. Créée à l’initiative d’Unifrance, l’organisme chargé de la promotion du cinéma français en partenariat  avec les affaires culturelles françaises, la Festa avec son nom ludique provoque un succès de curiosité. Elle est alors pionnière. Dix ans après, de nombreux pays ont emboité le pas à la France pour présenter leur cinéma : l’Espagne, le Brésil, l’Allemagne, le Japon et l’Italie entre autres. Sans oublier les festivals thématiques : Moltex (terreur), IndieLisboa (Indépendants), Monstra (animation), Doclisboa (documentaires), Queer (festival gay et lesbien).

Aujourd'hui, la Festa figure à l’agenda de l’automne. L’an dernier, elle a réuni plus de 21 000 spectateurs, contre quelques centaines l'année de son lancement. « Nous avons créé la fête du cinéma français pour associer davantage les distributeurs et les exploitants de salles à la diffusion. Montrer qu’il existe de bonnes productions françaises et qu’elles peuvent intéresser un plus large public. En clair remettre le cinéma français dans le circuit, et faire se rapprocher l’offre et la demande », explique Elsa Cornevin, attachée audiovisuel à l’ambassade de France et organisatrice de la Festa.

Le cinéma français en perte de vitesse

Car l’érosion de la part de marché des films français (environ 5%) et plus généralement des films européens s’accélère depuis 2000. « Il y a un problème d’identification avec les productions françaises. Même les films qui marchent bien en France, peinent à s’imposer ici. Par exemple, nous avions misé sur Faubourg 36 de Chistophe Barratier. Le film a fait plus de 1,3 million de spectateurs en France, et 3 500 au Portugal », indique Diogo Bivar, directeur des achats chez Castello Lopes. Ce distributeur sort entre 3 et 4 films français par an, pas plus.

A Valentim de Carvalho Multimédia, la prise de risque est également très mesurée : « Nous misons sur La Journée de la jupe, parce que c’est Adjani. Et parce que c’est un thème qui intéresse la société portugaise. Il sortira dans six salles », précise Luis Froes directeur de Valentim de Carvalho. La présence du film dans la sélection principale de la Festa sera un bon test estime le distributeur. En dessous de 20 000 spectateurs, cela s'apparenterait à une prise de risque. Atalanta filmes du producteur Paulo Branco, Midas Filmes de Pedro Borges et Lusomundo présentent à eux seuls la quasi intégralité de la production française, soit environ 30 films par an. Bon an mal an c’est environ 500 000 spectateurs chaque année.

DR

Un tropisme anglo-saxon

Le  marché est hyper concurrentiel dans un pays de 10,6 millions d’habitants. Et la stratégie est souvent celle du coup par coup. Les raisons du désenchantement restent toutefois assez floues. Au Portugal, la génération des quinquagénaires se souvient du « flambeau de liberté » que représentait dans les années 1970-1980 le cinéma français. Truffaut faisait alors salle comble. Si cette génération de cinéphiles est restée fidèle au cinéma tricolore, les plus jeunes, eux, en sont moins férus. La société a changé et les attentes aussi. 

« Le public adulte est désormais minoritaire. L’influence de la culture française longtemps dominante a perdu du terrain au profit de la culture anglo-saxonne. Le goût du public a changé, et l’industrie du cinéma doit s’adapter », note Vasco Câmara, rédacteur en chef d’ Ipsilon, supplément culture du journal Público, la revue officielle de la Festa. « Ce n’est pas devant la télé qui programme surtout des fictions, des telenovelas et des films américains que l’on éduque au cinéma. Il y a une vraie résistance face à tout ce qui n’est pas de langue anglaise », renchérit João Lopes, influent critique de cinéma.

Sortir du circuit art et essai 

Les responsables du secteur cinématographique portugais temporisent pourtant. Entre les longs métrages, les coproductions, les documentaires et les DVD, la production française tire honorablement son épingle du jeu. Certaines niches sont frappées du sceau qualité Made in France et plaisent. C’est le cas des courts métrages par exemple : « La France a toujours eu une place privilégiée dans mon émission Onda Curta. La Festa cette année me laisse une carte blanche, pour en montrer une sélection. Rien de tel pour faire connaitre un genre où les français excellent », se félicite João Garção Borges auteur et producteur du programme Onda Curta sur la chaîne de TV publique RTP2.

Cependant, les professionnels insistent sur l’absence d’une stratégie spécifique pour promouvoir un cinéma qui a toute sa place dans un contexte de prévalence des Blockbusters américains. « Les films français doivent sortir des salles d’art et essai. On doit pouvoir inviter à aller voir un film non pas parce qu’il est français ou européen, mais parce qu’il raconte une belle histoire et qu’il est bien fait. Il faut apprendre avec les américains », commente le critique João Lopes.

La Festa, une manifestation en sursis ?

La Festa do Cinéma Francês a désormais vocation de toucher un public plus large. Avec notamment des ramifications en province, dans des villes qui parfois ne disposent que d’un seul long métrage sur une année. Il faut renforcer l’offre, travailler la demande et réduire les délais de sorties en salles après les projections durant la Festa. Avec un budget annuel de 200 000 euros, provenant  pour l'essentiel du privé - la part gouvernementale s’élève à 5% - la « fête » va cette année encore inviter des dizaines de réalisateurs et d'acteurs, proposer animations et concerts. Une soixantaine de films seront projetés au cinéma municipal São Jorge, à l’institut franco-Portugais et à la cinémathèque. La fête attend des retombées à la hauteur de sa réputation. De la fréquentation des salles dépend son avenir.

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.