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Découverte

Petite histoire sacrée du Bhoutan

"Table-autel basse" (XVIIIe siècle).
"Table-autel basse" (XVIIIe siècle). Shuzo Uemoto

Le musée Guimet à Paris fête ses 120 ans. Cette institution spécialisée dans l’art asiatique a en effet été inaugurée le 20 novembre 1889, ce qui donnera lieu à deux journées « portes ouvertes » les 21 et 22 novembre. A l’occasion de cet anniversaire, le musée a décidé d’élargir sa vocation aux civilisations d’Asie. Le musée entend également s’ouvrir à l’art contemporain pour établir « un pont », dixit son président Jacques Giès, entre les collections du passé et aujourd’hui. Première illustration avec l’exposition Au Pays du Dragon, arts sacrés du Bhoutan, à voir jusqu’au 25 janvier.

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Chacun a sans doute encore en mémoire ce documentaire tourné en 2002 au Bhoutan, ce minuscule royaume himalayen coincé entre l’Inde et la Chine, et qui s’intitulait L’autre finale, en référence à la vraie finale du Mondial, disputée elle au même moment au Pays-Bas. Récit filmé d’un match entre deux équipes de football parmi les plus faibles du monde, Montserrat et le Bhoutan, lequel s’imposa par le score sans appel de 4 à 0.

Au musée Guimet, c’est bien évidemment un autre Bhoutan qui nous est présenté, un Bhoutan ancestral et sacré, encore protégé même si, nous indique-t-on dans le couloir qui mène à l’exposition, depuis l’apparition des premiers postes télévisés en 1999, le programme préféré des Bhoutanais s’intitule aujourd’hui Desperate Housewives, du nom d’une série américaine mondialement connue et sollicitée. Loin (et foin) de la globalisation, cette plongée au cœur des arts sacrés du pays du dragon nous invite à découvrir des œuvres à la fois originales, inédites et encore vivantes. L’une des spécificités de ce royaume qui n’a jamais été colonisé et abrite donc un patrimoine artistique bouddhique sans équivalent.   
 

Récits des vies antérieures (jātaka) du Buddha (XVIIIe-XIXe siècle).
Récits des vies antérieures (jātaka) du Buddha (XVIIIe-XIXe siècle). Shuzo Uemoto

Trois salles, trois types d’œuvres parmi les 111 exposées : des sculptures en bronze, des tapisseries peintes ou brodées appelées « Thangka » et des instruments liturgiques. Sans oublier les films-documentaires qui nous présentent des danses rituelles encore pratiquées. Ce sont ces écrans qui font le lien entre ce passé exposés aux cimaises ou dans les vitrines et le présent qui, à travers la danse, exprime la quintessence du bouddhisme tantrique tel qu’il prit corps au VIIIe siècle.

Il faut savoir qu’à l’exception de 5 pièces qui étaient à Paris, toutes les autres proviennent de monastères ou de temples, ce qui confirme le caractère sacré des œuvres présentées qu’il a parfois fallu aller chercher à plus de 4 000m d’altitude. C’est d’ailleurs pour cette raison que deux moines bhoutanais resteront sur place durant toute la durée de l’exposition et passeront bénir les salles, chaque matin tandis que l’après-midi, ils honoreront les divinités présentes.

Comme l’a souligné Nathalie Bazin, la commissaire de l’exposition lors de son introduction, « l’exposition est d’autant plus précieuse qu’elle présente tour d’horizon complet de l’art sacré du Bhoutan du XVe siècle au XIXe ». Avec mêmes quelques pièces datant des « origines » soit du VIIIe siècle. Thématique, l’exposition s’intéresse d’abord aux origines du bouddhisme tantrique (qui finira par assimiler les divinités locales) marqué par diverses influences, ce qui induira une pratique et une esthétique singulières dont témoignent, par exemple, les coloris vifs et chatoyants des thangkas bhoutanais dominés par le prune, le vert et le rouge, ou encore les motifs floraux, sans égal.
 

Le Shabdrung Ngawang Namgyal (1594-1651).
Le Shabdrung Ngawang Namgyal (1594-1651). Michael Tropea

Et si au gré de ces œuvres peintes qui se présentent un peu comme des bande-dessinées, l’on retrouve les guides (Boddhisatva), les chefs religieux habituels du bouddhisme, « il se trouve toujours un indice, un élément qui montre que l’on est face à une œuvre bhoutanaise », indique Nathalie Bazin. En revanche, dans la dernière partie de l’exposition, les vies racontées correspondent aux grands maîtres qui, selon les principaux courants en vigueur dans le Royaume, ont dominé la religion au Bouthan. C’est ainsi, au long de cette galerie hagiographique, de croiser le « Rabelais » local, Drukpa Kunley (1455-1529) qui n’était pas un moine (il était même marié et père de famille) mais un homme truculent, au verbe haut et dont les prises de position l’ont rendu célèbre.

Et comme pour faire définitivement le lien avec le présent - après tout, rappelons que les pièces exposées sont toujours des objets de culte -, deux séries de photographies attendent le visiteur en divers endroits du musée, qui donnent corps et couleurs au Pays du Dragon, à ses temples, ses monastères, ses villages, ses habitants et ses trésors liturgiques inestimables.

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