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Alexandra Von Grote: « À un moment, on en a eu un peu marre de cette invasion »

Alexandra von Grote
Alexandra von Grote DR

Septembre 1989, poste-frontière de Bornholmer Strasse, là même où le Mur s'ouvrira en premier deux mois plus tard. Un convoi traverse d'Ouest en Est. Sur les véhicules ont peut lire « Voyage sans retour ». A bord, la réalisatrice Alexandra von Grote. 

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Alexandra von Grote vit depuis près de quinze ans à Berlin-Ouest, et se rend avec son équipe à Berlin-Est pour tourner un film sur l’euthanasie d’enfants handicapés durant le Troisième Reich. Alexandra von Grote aperçoit les passants et se demande ce qu’ils peuvent bien penser de ce convoi hors du commun.

Au même moment, des milliers d’Allemands de l’Est fuient leur pays via la Hongrie qui a ouvert ses frontières vers l’Ouest. La tension monte en RDA. Durant les jours de tournage à l’Est, des membres de l’équipe disparaissent du jour au lendemain. Ils ont choisi de passer à l’Ouest. « Nous avions peur de nous retrouver pris dans un mouvement politique d’ensemble, d’être en danger, de ne pas pouvoir finir le film, se rappelle Alexandra von Grote. En même temps, nous étions euphoriques et transportés par les évolutions rapides qui se déroulaient sous nos yeux. C’était comme un rêve matiné d’appréhension car Berlin-Ouest était à l’époque une île entourée de divisions soviétiques et de l’armée est-allemande ».

Après ces quelques jours de tournage à Berlin-Est, l’équipe du film continue à travailler dans la partie ouest. Un beau matin, deux éclairagistes est-allemands qui avaient disparu durant le tournage en RDA réapparaissent. Leur fuite a été couronnée de succès. Ils sont immédiatement embauchés. « Pourtant, à ce moment-là, je ne croyais pas que les choses pourraient évoluer aussi vite. La chute du Mur et ses conséquences n’étaient pas prévisibles », se rappelle Alexandra von Grote.

Le 9 novembre 1989, elle rentre chez elle après une journée passée en salle de montage. Devant sa télé, elle suit la fameuse conférence de presse avec le responsable du bureau politique est-allemand Günter Schabowski qui annonce que la nouvelle règlementation sur les voyages sans aucune formalité prend effet immédiatement. « Je suis allée à la porte de Brandebourg avec toute une bande d’amis. On ne croyait pas ce qu’on voyait. Une foule d’Allemands de l’Est déferlait. On les reconnaissait immédiatement à leurs jeans bon marché. On était tous euphoriques et je suis très heureuse d’avoir vécu ce moment. »

Dans les jours qui suivent, Berlin-Ouest est pris d’assaut par les Allemands de l’Est. Les Ossis, le surnom des Allemands de l’Est, obtiennent un cadeau de bienvenue octroyé par l’Ouest, d'un montant de 100 DM qui leur permet d’acheter pour la première fois des produits qu’ils ne connaissaient pour la plupart qu’à travers la télévision ouest-allemande ou les colis que leur envoyaient leurs parents de l’Ouest.

« À un moment, on en a eu un peu marre de cette invasion, se souvient Alexandra von Grote. L’exemple le plus frappant c’est les bananes qui avaient disparu des magasins. Les distributeurs automatiques étaient à court en raison des petites coupures qui étaient distribuées aux gens de l’Est. Les semaines qui ont suivi la chute du Mur étaient donc un peu pénibles. On se demandait si c’était encore notre ville ou non. Malgré l’euphorie toujours présente, on se demandait ce que l’avenir nous réservait ».

Alexandra von Grote, comme beaucoup, sera rapidement fixée. Le cours de l’Histoire va s’accélérer entre la chute du Mur et la réunification, le 3 octobre 1990. Cette étape a suscité des états d’âme à l’Ouest. Bien peu y croyait encore. À gauche, notamment dans les milieux intellectuels et culturels, le scepticisme était de rigueur. Les craintes d’une Allemagne renouant avec ses vieux démons existaient. Alexandra von Grote ne les partageaient pas : « Je n’étais pas hostile à la réunification. Je trouvais très positif que la nation allemande puisse s’unifier. C’est un sentiment que je partage jusqu’à aujourd’hui ».

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