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EXPOSITION

Baselitz en force à Toulon

Georg Baselitz devant le « truc folklorique » (2008).
Georg Baselitz devant le « truc folklorique » (2008). Elisabeth Bouvet/RFI

Force est de l’admettre : les artistes allemands contemporains n’ont pas la cote en France si l’on excepte Anselm Kiefer (sollicité successivement par le Grand Palais, le Louvre et plus récemment par l’Opéra de Paris) dont le choix, il y a quinze ans, de vivre en France a très certainement contribué à sa notoriété. Que Georg Baselitz s’installe pour l’été dans un musée français relève donc de l’événement, sa dernière exposition remontant à 1996. C’était au Musée d’art moderne de la ville de Paris. L’Hôtel des arts de Toulon, dans le sud, invite donc le peintre allemand jusqu’au 27 septembre et l’escale varoise mérite le détour à la fois pour mesurer l’évolution de son travail depuis ses débuts dans les années 1960 et pour découvrir les derniers travaux d’un homme toujours sur la brèche.

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(Première publication : 10 juillet 2009)

« Devant ses toiles, on ressent une telle jouissance, une telle force, une telle énergie que sa peinture donne envie de peindre ». Cet éloge est celui d’un connaisseur puisqu’il est signé Gilles Altieri, directeur de l’Hôtel des arts et peintre par ailleurs. Et l’accrochage réservé aux œuvres de Georg Baselitz ne fait que souligner plus encore cet effet de jaillissement qui jamais, dans les espaces blancs et ouverts de l’Hôtel des arts, ne se trouve ou brisé ou restreint.

« Noir et blanc blond clair » (2006).
« Noir et blanc blond clair » (2006). Elisabeth Bouvet/RFI

Un peu à l’image de leur auteur, les peintures (et plus encore l’unique sculpture qui ponctue le parcours de l’exposition, Donna via Venezia représentant une écolière dotée d’un minuscule cartable) sont toutes des grands formats qui, en dix-huit titres, offre un aperçu assez précis de son parcours, de ses obsessions aussi. Tout ce qui a fait la renommée de « rebelle » de l’artiste allemand est réuni au long d’une déambulation qui remonte aux origines soit les années 1960 à travers notamment ses Remix qui, à partir des années 2 000, revisitent les toiles de sa première période : fragments de corps et hommes au sexe démesuré des débuts (dont l’exposition en 1963 lui vaudra un procès), série des Idoles (poètes, partisans, écrivains, rebelles qu’il admire), tableaux aux motifs à l’envers qui lui assureront dès 1969 une célébrité mondiale, vague nostalgique qui dans les années 1990 le ramène vers la sphère intime et familiale avec le recours à des couleurs moins marronnasses qu’à ses débuts et à une peinture plus fluide à la manière des aquarelles jusqu’à ses dernières œuvres… Le visiteur peut s’immerger totalement dans l’œuvre de Georg Baselitz.

S’immerger et se laisser happer par l’évidence et la force de ses compositions. Deux ou trois coups de pinceau suffisent pour rendre précisément le plié d’une botte ou, dans un registre plus ample, pour restituer une atmosphère comme celle, inquiétante, qui se dégage de ce tableau intitulé Le chien de Canaletto III (2005). De même, qu’il scinde ses toiles en deux verticalement ou horizontalement, le rendu s’impose tout naturellement. Tout simplement, serait-on tenté de dire. Mais même dans la provocation, Georg Baselitz n’en revisite pas moins ses classiques, ceux que l’on voit dans les musées ou les livres à l’instar d’Arcimboldo à qui il rend hommage dans Masque à Gaz cubiste, une œuvre de 2007, de Marcel Duchamp comme en témoignent les gravures exposées, de Bernard Dubuffet dans cette manière de lutter avec la matière voire de laisser ses empreintes sur la toile, d’Otto Dix, de Théodore Géricault ou encore d’Auguste Rodin à travers la figure du penseur, et ceux plus anonymes voire anodins, simples illustrations d’œuvres de peintres modestes qu’il se souvient avoir vues durant son enfance à l’école où il a en partie grandi - son père était professeur - ou chez un oncle.

« Un peintre moderne » (2007).
« Un peintre moderne » (2007). Elisabeth Bouvet/RFI

Une séquence mémorielle qui passe aussi - et fatalement quand comme Georg Baselitz on est né en 1938 -, par la figure d’Hitler qui lui a d’ailleurs inspiré l’un des tableaux les plus « violents » de cette rétrospective Un peintre moderne, Remix (2007). Il l’a représenté dans l’attitude, plutôt avachie, d’un primate, épaule tombante, jambes pliées (on le croirait assis) et bras démesurément longs. Reconnaissable tant à sa mèche qu’à sa moustache, il nous fait face, surgi d’un fond noir, à la fois tragique et risible. Non loin de là, sur le mur voisin, le jeu sur la croix gammée (La direction est juste vers l’étoile dorée, 2007) participe du même élan « rabelaisien », pour reprendre le qualificatif de Gilles Altieri. Rabelaisien et, depuis quatre décennies, furieusement figuratif comme pour signifier son refus d’effacer le passé. Et c’est ce face à face-là qui se révèle au gré d'un parcours heureusement aéré proprement à la fois renversant, puissant et touchant.

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